"Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? " Lucie Rico - éd POL

Troisième roman de la très prometteuse Lucie Rico qui confirme avec cette enquête très particulière son style absolument inimitable et un imaginaire complètement débridé. Une jeune femme rédige chez elle des rapports d'entreprises, elle pianote sur son clavier sans grande conviction quand elle s'aperçoit que la touche point ne répond plus, c'est ensuite certaines lettres qui disparaissent, la confrontant à l'impossibilité de rendre ses dossiers en temps et en heure. Un souvenir obsessionnel se met alors à envahir ses pensées, elle n'aura de cesse de rechercher l'origine de cet angle mort et de reconstituer ce qui a bien pû se passer. La narratrice devient enquêtrice au sein de sa propre histoire, réveillant les fantômes familiaux, les questions sans réponses. On rit  beaucoup des situations cocasses et parfois loufoques qu'elle imagine pour parvenir à retrouver cette fraction de seconde quand sa mémoire s'est mise en mode "pause". 

A l'origine de cette enquête : Jennifer petite fille regardait "Autant en emporte le vent" avec son grand-père. Vivien Leigh et Clark allait s'embrasser quand quelqu'un a appuyé sur la touche pause du magnétoscope. Obsédée, totalement prisonnière de cette image, Jennifer va alors mener l'enquête pour reconstituer la scène originelle comme le ferait la police judiciaire.

Comment reconstituer une mémoire traumatique ? Lucie Rico arrive par le biais de ce faux thriller humoristique mais très troublant à lier habilement, en prenant le langage comme métaphore, l'écrit, la mémoire, le trauma et les secrets de famille.

"Paradisi gloria" Elise Lespade - éd Le cercle ouvert

Un roman choral d'une puissance et d'une ambition stupéfiantes qui nous précipite dans un tourbillon vertigineux de rebondissements inimaginables. C'est une saga familiale faite de fureur et de rage mais aussi de silences venimeux qui condannent les êtres les uns après les autres. Ce premier roman très maîtrisé nous embarquent sur 800 pages dans une succession de révélations. Une famille damnée par une sorte de malédiction transgénérationnelle minée par des rivalités fratricides et une soif de vengeance inextinguible.
 
Il faut saluer la construction de cette saga et le mode narratif original qui permet d'accèder à tous les personnages sans se perdre et en trouvant en chacun substance et matière à réflexion sur la puisssance du mensonge et la fascination pour le mal. 
 

"De l'autre côté du lac" Sylvain Prudhomme - éd Minuit

Aux abords d'un lac de haute montagne, à la lisière d'une réserve naturelle interdite aux humains, un groupe de chercheurs s'affaire. Parmi eux, une photographe Paola qui aime les expéditions extrêmes, les lieux hostiles et les espaces sauvages. En quête de l'image parfaite, elle aperçoit sur un des versants quelque chose qui échappe au regard de tous les autres.

Les signes étranges s'accumulent, un corps est retrouvé. La photographe décide de rester là-haut, seule. Quelques mois plus tard, c'est elle qui, à son tour, disparaît.


Le narrateur de ce roman, tout en tension, n'a rencontré qu'une seule fois Paola, son récit se nourrit de celui des autres et de son désir d'intensité. 

 

"A voix haute" Polina Panassenko - éd de L'Olivier

Après le très remarqué "Tenir sa langue" qui évoquait ses premières années en France, Polina Panassenko, dans dans ce nouveau récit, raconte son retour en Russie. Elle à vingt ans et veut intégrer la très prestigieuse école du Théâtre National de Moscou. Elle y passe des auditions et commence ses premiers cours tout en résidant chez son grand-père. Vladimir Poutine vient d'être réélu, des manifestations se déroulent sous ses fenêtres mais toujours une forme de silence demeure autour de cette agitation. Il ne faut pas parler à "voix haute", les murs ont toujours des oreilles et ce sentiment ne passe pas et se transmet de génération en génération. 

A partir de très peu de documents, une photo, quelques objets, Polina Panssenko se lance dans un voyage au bout de la mémoire qui la plonge dans l'héritage de son pays, mettant au jour des vies brisées par le Goulag et la peur qui se transmet de génération en génération. Elle partira pour la Kolima, refaisant ainsi le chemin de son ancêtre déporté en Sibérie.

"Nous aussi" Anne Godard - éd Actes sud

Unis par un "On" fusionnel, tous les membres de cette famille très bourgeoise du 5ème arrondissement de Paris connaissent l'aisance et la réussite. Mais la façade se fissure et derrière l'illusion de la lignée parfaite et de la perfection sociale va se dévoiler un trauma enfoui.
 
La très grande force de ce roman c'est son style, son écriture, son rythme qui fait passer le roman d'une chronique familiale à l'universalité. Par ce "On" indéfini, qui étouffe et empêche l'individu de prendre sa place, puis grâce au "Nous aussi" quand le puzzle se reconstruit enfin, Anne Godard nous renvoie alors à notre propre histoire personnelle en abordant le thème de la reconstruction de la parole individuelle. "JE" peux alors respirer.
 

"L'inconnue du quai de Javel" Philippe Jaenada - éd Flammarion

 

 

Elle s'appelait Louise Cantot, elle avait 29 ans quand elle a été retrouvée morte assassinée dans la nuit du 6 au 7 octobre 1949. Son corps avait été trouvé quai de Javel. Le dossier d'enquête fut rapîdement refermé  sans que le crime soit élucidé. Plus de huit décennies plus tard, notre auteur enquêteur Philippe Jaenada reconstitue l'histoire de cette jeune bretonne, modèle de peintres à Montparnasse, femme indépendante, mère célibataire assez éloignée du profil de la victime idéale. C'est à ses côtés que Jaenada choisit de se tenir pour remonter le fil de cette affaire avec le souci de retracer les conditions de vie des femmes de l'époque. Une immersion dans les années noires de l'après guerre dans un Paris sombre et menaçant.  

 

 

"Vivre sans bonheur mais n'en point dépérir" Véronique Ovaldé - éd Flammarion

 

 

 

Pour la première fois, Véronique Ovaldé s'aventure dans sa biographie pour faire le portrait de sa mère, mais elle le fait à sa façon, avec le recours revendiqué, exquis et inventif à la fiction, se plaisant à rêver pour sa mère à d'intempestives bifurcations et d'improbables autres vies. Ce faisant, elle découvre une femme à la bonté rare et dont l'admirable renoncement n'a pas, malgré tout, éteint la joie. 

 

 

 

 

  

"La dernière des Wilberforce" Julia Kerninon - éd L'iconoclaste

L'histoire suit Waldo qui retourne pour la première fois depuis dix ans sur la presqu'île bretonne de son enfance à l'occasion d'une fête "importante" qu'organise sa mère. Là, nous allons remonter le temps et découvrir ce qu'il s'est réellement passé entre les deux familles les Schnabel et les Wilberforce. Suspense, amours, vengeance, secrets, tous les ingrédients sont réunis, l'autrice nous plonge au cœur des sensibilités de chaque personnage et nous offre une belle intensité émotionnelle tout le long de la lecture. 

Julia Kerninon nous tient en haleine, rythmant cette histoire à travers les voix des différents personnages et le croisement de différentes temporalités grâce à une écriture fluide et une construction habile.

 

"La requine" Sigolène Vinson - Ed Le Tripode

Assise, seule sur un rocher de l'étang de Berre, là où elle s'est installée après avoir survécu à l'attentat contre Charlie Hebdo, Sigolène Vinson trouve des dents de requin fossilisées. D'où viennent-elles ? A qui appartenaient-elles ?
A travers cette recherche, Sigolène Vinson nous livre un récit pudique où se mêle sa jeunesse à Djibouti, sa vie actuelle sur les rives de l'étang de Berre appauvri par la pollution et le dérèglement climatique, et le moment de bascule de sa vie, cette minute 49 secondes  survenue le 7 janvier 2015.
Avec sincérité et sensibilité, elle nous livre son travail de reconstruction, ses recherches et ses rencontres. Rencontres avec des scientifiques mais aussi  et surtout ses rencontres avec les animaux et sa passion pour les requins. Elle nous démontre d'une manière imparable à quel point tout est relié et tout est vivant : faune, flore, insectes et humains...
Elle met en mots, très poétiquement, son appel à la vie :  l'héritage le plus beau que ses amis perdus lui ont légué.
Un livre très dense et très émouvant.

"Dans la jungle" Adeline Dieudonné - éd L'iconoclaste Ic

Une jolie villa dans le Brabant wallon, l'été à la mer, l'hiver au ski, deux enfants : Aurélie et Arnaud se sont construit une vie qui leur ressemble. Pourtant, un soir d'été, Arnaud prend une arme et assassine les siens avant de se suicider.
Adeline Dieudonné rembobine le film de l'histoire de ce couple, du premier regard à la mise en place d'un quotidien bourgeois. À chaque étape, la mécanique prend forme sous nos yeux, insidieuse, inéluctable.
Chronique d'une mise à mort annoncée, ce roman haletant nous entraîne au cœur de la bourgeoisie belge, où il est courant de tutoyer son banquier et où la violence se dissimule derrière les façades de briques blanches.

 

"La bagarre" Loren Groff - éd l'Olivier

« En tout être humain il y a à la fois un animal et un dieu qui se livrent une lutte à mort. »

La vie est un combat souvent invisible. La famille, l’amour ou l’amitié sont des lieux de joie autant que d’adversité, où tout peut basculer dans un cercle infernal. Les neuf nouvelles de La Bagarre sont traversées de personnages tiraillés entre leurs bonnes intentions et ce qui vient les parasiter.

Comment conquérir une place à soi quand le monde entier vous enjoint d’attendre et de contenter les autres ? Des années 1950 à nos jours, de la Nouvelle-Angleterre à la Floride, Lauren Groff explore les chemins accidentés de l’existence, en particulier celle des femmes.

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