Club de lecture 2017 : sélection n.4

monautopsie"Mon autopsie" Jean-Louis Fournier - éd Stock . « Mes livres, je les ai écrits pour faire durer ce qui ne dure pas ». Avec son Autopsie, Jean-Louis Fournier prend-il de l’avance sur l’inévitable ?  Toute ma vie j’ai voulu faire rire, pour un bon mot j’étais prêt à tout ». Après avoir fait rire de la grammaire, de l’alcoolisme de son père, de ses enfants handicapés, de sa vieillesse, Jean-Louis Fournier nous fait rire de sa mort. La charmante légiste qui le découpe, l’oblige à avouer, à mettre a nu toutes ses vérités soigneusement dissimulées : souffrances, hontes, peurs, faiblesses, vantardises, égocentrismes, amours, regrets. Sous prétexte d’autopsie, toute sa vie est épluchée. Cette écriture au scalpel retrace sans pitié son itinéraire. Chapitres courts, économie de mots, humour assassin. Une confession où le lecteur, à la place du prêtre, lui donnera finalement l’absolution On commence le livre et on ne peut plus le quitter. Sa sincérité nous prend à la gorge. « Est-ce -qu’il y aura du monde à mon enterrement ? Pas sûr. J’ai toujours eu peur de jouer devant une salle vide. Il n’y aura pas de rappel »  FG

 vera "Vera" Karl Geary - éd Rivages. Voici un premier roman dont la beauté de l’écriture et son originalité, si bien traduites par Céline Leroy, captivent d’emblée. L’histoire de Sunny est entièrement contée à la deuxième personne du singulier. Il s’ensuit une très grande proximité avec le lecteur qui s’identifie à ce jeune adolescent irlandais, le suit jusque dans ses pensées, ses motivations. Sunny tombe éperdument amoureux de Véra. Il semble impossible que cet amour puisse se concrétiser, encore moins devenir réciproque. Sunny est issu d’une famille très pauvre où la culture est absente. Victime de discriminations au collège, il a arrêté ses études. Véra, nettement plus âgée, ,est anglaise, aisée sinon riche, cultivée, mais malade.  Cependant, affectivement, chacun d’eux est seul.  L’amour transforme Sunny. Il se met à lire, va voir des expositions. Et Véra ? Sunny, pourra-t-il échapper au ghetto social dont il est issu ?  L’intrigue est savamment construite et chaque lecteur trouvera sa réponse personnelle à la fin du livre. MM

parleventpleuré"Par le vent pleuré" Ron Rash - éd du Seuil. Ce roman noir se déroule en 1969 dans une petite ville reculée des Appalaches. Deux frères orphelins de père sont élevés isolés du monde par un grand père médecin tyrannique et qui a décidé de leur avenir. Surgit alors une jeune femme qui apporte avec elle le vent de liberté qui souffle sur l'Amérique depuis 2 ans. Elle séduit les deux frères puis repart à la fin de l’été sans donner de nouvelles. La découverte de ses restes 49 ans plus tard va amener les frères que tout sépare, l’un est un éminent neurochirurgien et l’autre un alcoolique invétéré qui a raté sa vie, à se parler et à faire la vérité sur ce qui s’est passé cet été-là. L’intrigue, la construction du roman, la peinture de l’Amérique profonde et la qualité des portraits des différents personnages contribuent toutes à rendre cette histoire captivante. SF

lartdeperdre

"L'art de perdre" Alice Zenniter - éd Flammarion. Par une écriture narrative et précise, le récit Alice Zeniter s’installe en succession de périodes. Epopée d’une famille algérienne-française et harki. Ali, le père, agriculteur en Kabylie, fuit avec femme et enfants en 1962 les crêtes et leurs oliviers. Suite au débordement de paroles livrées au commandant français, le sort est jeté. Supplétif de l'armée, Ali sera rejeté ici et là-bas. Jamais il ne retrouvera sa vaillance passée. Hamid le fils, spectateur de l’humiliation familiale, occultera passé et origines, y opposera l’excellence pour une intégration inconditionnelle. Naïma, petite fille et fille, libre sans préjugé, évolue en milieu artistique, mais les attentats de Charlie seront le révélateur des origines du père restées inaudibles. Saga familiale entremêlée d’ événements franco-algériens, la seconde guerre mondiale et l’indépendance de l’Algérie, communisme, années noires, sidération, silence. Naima décide le voyage en Kabylie, et fera le constat d’un héritage familial inscrit dans sa mémoire inconsciente, se juxtaposant à son identité européenne, favorisant la richesse des origines plurielles. Magnifique récit d’un passé sur les deux rives d’une même mer, la perte pour atteindre l’art ! ML

undergroundrailroad"Underground railroad" Colson Whitehead - éd Albin Michel. L’Underground railroad symbolisait la chaîne logistique secrète mise en place par les abolitionnistes pour permettre aux esclaves du sud des Etats-Unis de s’enfuir vers le nord. Le livre transforme le symbole en un chemin de fer clandestin qui permet à Cora,  son héroïne, de quitter la plantation de Géorgie où elle vit sous le joug d’un maître débauché et cruel. Au travers de son incroyable périple, c’est tout le mécanisme de l’esclavage qui est mis au jour dans sa dimension politique, sociale et économique. Le positionnement du roman sur un registre à la fois intime et historique lui confère sa force et son intérêt. Ainsi le lecteur éprouve pour Cora et plus généralement, pour tous les esclaves toute une palette d’émotions mais en même temps, le livre lui fait prendre de la hauteur en menant une vaste réflexion sur les fondements de l’Amérique. PS

Prochainement

Rencontre avec J.B. Andrea.

Un premier roman bouleversant.

Mardi 17 octobre à 20 h.

mareine

Ce roman magnifique, singulier et inclassable, est une des plus belles découvertes de la rentrée littéraire.

Jean-Baptiste Andrea, célèbre l'enfance à travers la voix et la pensée d'un garçon de 12 ans qui souffre de troubles psychiques qui l'isolent et brouillent parfois sa perception de la réalité.

Depuis que son père lui a offert un blouson publicitaire de la marque Shell, il se fait appeler Shell. Il vit dans la vallée de l'Asse avec ses parents qui tiennent une station service. Quand il comprend qu'il sera bientôt placé dans un institut spécialisé, il fugue dans la montagne et va vivre tout un été, livré à lui-même.

Pour Shell, ce n'est pas une fuite, c'est le chemin qu'il doit prendre pour s'émanciper et devenir un homme. Il rencontre Viviane, elle apparaît comme un enchantement sur son chemin. Intrépide, effrontée, Viviane devient une compagne de jeu qui impose ses règles avec détermination. Elle sera sa "Reine". A ce titre, Shell ne pourra rien lui refuser et elle pourra tout lui demander.

Ces jeux innocents, fondés sur des défis enfantins, prennent parfois des tournures inquiètantes. Mais l'histoire appartient à Shell. C'est lui qui raconte, avec sa manière si singulière de considérer ce qui lui arrive.

 

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