"Sans alcool" Claire Touzard - éd Flammarion

En France, on s'avoue rarement alcoolique. Quand on boit on est festif, irrévérent, drôle. Français. Un jour pourtant, Claire arrête de boire. Elle prend conscience que cet alcool, prétendument bon-vivant, est en vérité en train de ronger sa vie. Il noyaute ses journées, altère sa pensée, abîme ses relations. En retraçant son passé, elle découvre à quel point l'alcool a été le pilier de sa construction et de son personnage de femme. Sans alcool est le journal de son sevrage. Un chemin tortueux, parfois rocambolesque, à travers son intimité. Une quête de libération complexe, dans un pays qui sanctifie le pinard. L'autrice affronte son passé, l'héritage familial, le jugement des autres. Son récit interroge, au-delà de son expérience. Pourquoi boire est une telle norme sociale ? Alors qu'on lui a toujours vendu la sobriété comme le choix des cons et des culs bénis, elle réalise qu'on l'a sans doute flouée. Etre sobre est bien plus subversif qu'elle ne l'imaginait.

 

"L'homme chevreuil" Geoffroy Delorme - éd Les Arènes

Amoureux de la nature, Geoffroy Delorme n'a pas vingt ans quand il aperçoit, dans la forêt de Louviers en Normandie, un chevreuil curieux et joueur. Le jeune homme et l'animal s'apprivoisent. Geoffroy lui donne un nom, Daguet, et le chevreuil lui ouvre les portes de la forêt et du monde fascinant de ses semblables. Geoffroy s'installe parmi eux et son expérience immersive va durer sept ans. Vivre seul en forêt sans tente, ni abri, ni même un sac de couchage ou une couverture, c'est surtout apprendre à survivre. Geoffroy Delorme suit l'exemple des chevreuils.
Il adopte leurs comportements, apprend à se nourrir, à dormir et à se protéger comme eux. Il acquiert une connaissance unique de ces animaux et de leur mode de vie, il les observe, les photographie et communique avec eux. Il apprend à partager leurs joies, leurs peines et leurs peurs. Aujourd'hui, il raconte.

 

"Etre un chêne. Sous l'écorce de Quercus" Laurent Tillon - Actes sud

A la suite de son premier livre "Et si on écoutait la nature ?", Laurent Tillon s’attache aujourd’hui à raconter l’histoire d’un chêne pédonculé bien particulier de la forêt de Rambouillet. Alliant une sensibilité naturaliste développée depuis l’adolescence aux découvertes scientifiques les plus récentes, l’auteur est pour la première fois en mesure de réaliser la biographie de cet arbre majestueux en pleine force de l’âge. A travers la vie pleine de suspense et de rebondissements de ce chêne, c’est l’occasion de brosser, avec tendresse et humour, les portraits étonnants de toute une galerie d’êtres qui interagissent avec lui, du champignon invisible (mais néanmoins indispensable) au cerf et au loup en passant par le capricorne, le mulot et bien d’autres encore. Bien qu’en apparence parfaitement immobile, Quercus tisse des liens indéfectibles avec tous les habitants de la forêt. Prédation bien sûr, mais surtout coopération et alliances à tous les étages, du sous-sol à la canopée. Ayant dressé ses premières feuilles quelques décennies avant la Révolution française, dans un paysage de lande arborée difficilement imaginable aujourd’hui, Quercus raconte aussi un volet de l’histoire tumultueuse des hommes à travers leurs relations complexes et ambigües aux arbres. De la forêt royale vouée au seul divertissement de la cour jusqu’au souci du végétal qui irrigue maintenant des pans entiers de la société, Laurent Tillon évoque avec empathie l’émergence et l’évolution de la sensibilité au vivant.

"Par une espèce de miracle" Justine Augier - éd Actes sud

C’est dans un documentaire sur Yassin al-Haj Saleh que Justine Augier avait découvert Razan Zaitouneh, à qui elle a consacré son livre précédent, "De l’ardeur". Près de cinq ans plus tard, elle rejoint l’intellectuel syrien dont l’épouse a été enlevée en même temps que Razan, désormais exilé à Berlin, à l’heure où des tribunaux français, suédois et allemand, au nom de la compétence universelle, s’apprêtent à juger certains responsables des crimes contre l’humanité commis en Syrie depuis 2011. Au cours d’une conversation qui se prolonge sur une année, ensemble ils tentent d’apprivoiser l’inconfort de la survie et de l’exil, les refuges et les ressources de la pensée, d’explorer les points de résonance entre la tragédie syrienne et le passé européen, avec la volonté urgente de croire que la justice pourrait rendre au peuple syrien la dignité que sa révolution écrasée a tenté d’arracher, et dessiner une alternative au désespoir.

 

"Le magasin du monde" P. Singaravélou et S. Venayre - éd Fayard

Saviez-vous que le hamac, d’origine amérindienne, avait été mis au service de la conquête de l’espace  ? Que le surf fut d’abord une pratique politique et religieuse  ? Que le shampoing adopté par les Britanniques provient du sous-continent indien  ? Que la boîte de conserve a initié le développement spectaculaire de Kuala Lumpur  ? Que la passion du piano a accéléré l’extermination des éléphants des savanes africaines  ? Que de petits coquillages des Maldives permettaient d’acheter des captifs destinés aux plantations outre-Atlantique  ? À l’invitation de Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre, près de quatre-vingt-dix historiennes et historiens ont accepté de relever le défi, savant et ludique, d’une histoire du monde par les objets. De la tong au sari, du gilet jaune à la bouteille en plastique, en passant par le sex-toy et la chicotte, ces objets tour à tour triviaux et extraordinaires éclairent nos pratiques les plus intimes tout en nous invitant à comprendre autrement la mondialisation et ses limites. Un voyage insolite et passionnant dans le grand magasin du monde.

  

"Change ton monde" Cédric Herrou - éd Les Liens qui libèrent

Un simple citoyen peut changer le cours de l'histoire et du droit. La trajectoire de Cédric Herrou en est le plus bel exemple. Pourtant rien ne l’y prédestinait. Cet ouvrage est le témoignage exceptionnel et bouleversant d’un homme qui s’est révolté contre le cynisme des autorités et d’un État qui bafoue quotidiennement le droit. Il aurait pu, comme beaucoup, garder « porte close », mais a choisi d’aider, au nom de la dignité humaine, ces migrants expulsés et maltraités. Aujourd’hui, Cédric Herrou est devenu une icône dont le nom a largement dépassé nos frontières.

 

 

 

 

 

 

 

"Mémoires d'un juge trop indépendant" Renaud Van Ruyumbeke - éd Tallandier

Boulin, Urba, Elf, les frégates de Taïwan, Clearstream, Kerviel, Cahuzac, Karachi, Balkany... Le juge Van Ruymbeke a instruit pendant plus de quarante ans les grandes affaires financières qui ont secoué notre République. Tenace et libre, il est la figure emblématique de la lutte anticorruption. Dans ces mémoires vibrantes, animé par sa si chère indépendance, il raconte la manière dont il s'est attaqué aux sphères du pouvoir et au financement illégal des partis politiques. Engagé dans la lutte contre les paradis fiscaux, Renaud Van Ruymbeke fait des propositions pour traquer l'argent sale et réformer durablement la justice française. Voici le parcours d'un homme déterminé à se battre pour une justice égale pour tous.

 

 

 

 

 

"La tête, la main et le coeur" David Goodhart - éd Les Arènes

« Les super-intelligents devraient être nos serviteurs, pas nos maîtres. »
Le coronavirus a cruellement mis à nu l’aberrante hiérarchie des métiers : au sommet, les superdiplômés qui occupent des postes prestigieux et bien rémunérés ; à la base, les métiers vitaux mais en réalité méprisés et mal payés. Alors même que ce sont ceux-là, les infirmiers, les livreurs, les manutentionnaires… qui, pendant le confinement, ont fait tourner la société, quand les cadres sont restés chez eux, en télétravail. L’intelligence cognitive est devenue l’unique critère de sélection méritocratique – la Tête a pris le pouvoir, au détriment de la Main et du Coeur, et façonné la société en fonction de ses intérêts. Dans les années 1970, la plupart des élèves quittaient l’école sans qualification ; aujourd’hui 40 % des postes sont réservés aux diplômés du supérieur. L’inflation artificielle d’une « classe cognitive » sélectionnée sur ses diplômes universitaires a suscité une désillusion massive parmi la jeunesse diplômée et une frustration chez celle qui ne l’est pas. Pourtant, une société démocratique doit pouvoir reconnaître et rétribuer justement tous ses membres, y compris ceux qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas, passer par de grandes études et des postes de cadre pour réussir dans la vie. David Goodhart prône un rééquilibrage en faveur des métiers qui privilégient des qualités humaines sous-estimées et par conséquent sous-payées, comme la sensibilité, l’empathie, la générosité, l’habileté manuelle. La Tête, la Main et le Coeur est l’histoire de cette nouvelle lutte sociale du XXIe siècle. Ancien journaliste au Financial Times et fondateur du magazine d’idées Prospect, David Goodhart est aujourd’hui un essayiste très écouté outre-Manche, notamment pour avoir prévu le Brexit dans Les Deux Clans.

"La rencontre" Charles Pépin - éd Allary

Dans la lignée de "Les Vertus de l'échec" et "La Confiance en soi", un nouvel essai de philosophie pratique, où Charles Pépin montre que toute vraie rencontre est en même temps une découverte de soi et une redécouverte du monde. Une philosophie salutaire en ces temps de repli sur soi. Pourquoi certaines rencontres nous donnent-elles l'impression de renaître ? Comment se rendre disponibles à celles qui vont intensifier nos vies, nous révéler à nous-mêmes ? La rencontre – amoureuse, amicale, professionnelle – n'est pas un " plus " dans nos vies. Au cœur de notre existence, dont l'étymologie latine ex-sistere signifie " sortir de soi ", il y a ce mouvement vers l'extérieur, ce besoin d'aller vers les autres. Cette aventure de la rencontre n'est pas sans risque, mais elle a le goût de la " vraie vie ". De Platon à Christian Bobin en passant par Belle du Seigneur d'Albert Cohen ou Sur la route de Madison de Clint Eastwood, Charles Pépin convoque philosophes, romanciers et cinéastes pour nous révéler la puissance, la grâce de la rencontre. En analysant quelques amours ou amitiés fertiles – Picasso et Éluard, David Bowie et Lou Reed, Voltaire et Émilie du Châtelet... – il montre que toute vraie rencontre est en même temps une découverte de soi et une redécouverte du monde.

"Putzi" Thomas Snégaroff - éd Gallimard

Il mesurait deux mètres, mais on le surnommait Putzi, "petit bonhomme". Marchand d'art dans le New York bohème des années 1910, musicien à ses heures, Ernst Hanfstaengl devint dix ans plus tard le confident et le pianiste d'Hitler. Cet excentrique, jalousé par les nazis, était fasciné par leur chef, à qui il offrit de l'argent, une famille, et des airs de Wagner à toute heure du jour et de la nuit. Il rêvait d'honneurs et d'une alliance entre l'Allemagne et les Etats-Unis, ses deux patries. Nommé responsable de la presse étrangère du Reich en 1933, il crut en son destin. Il n'obtint que la disgrâce. Son incroyable exil le conduisit jusqu'à Roosevelt, qui pendant la Seconde Guerre mondiale fit de lui son principal informateur sur le Führer. Pour les uns il fut un traître ou un bouffon sans conséquence, pour les autres, l'un des artisans du mal. Son histoire tragique, burlesque, nimbée de mystère, est celle d'un héros de roman. Le roman d'un siècle de splendeur et de désastre, où l'on croise Goebbels, Göring et les soeurs Mitford, mais aussi Thomas Mann, Carl Jung ou encore Romy Schneider.

"Devenir Beauvoir" Kate Kirkpatrick - éd Flammarion

Un jour de 1927, Simone de Beauvoir eut avec son père une vive discussion sur ce qu'"aimer" voulait dire. A une époque où les femmes étaient censées n'avoir d'autre aspiration que le mariage et la maternité, la jeune Simone, à 19 ans, s'abreuvait de philosophie. Par "aimer", son père entendait "services rendus, affection, reconnaissance". Simone soutenait de son côté que l'amour ne saurait se réduire à de la gratitude, à quelque chose que l'on doit à quelqu'un en échange de ce qu'il a fait pour nous. "Que de gens, nota-telle le lendemain dans son journal, n'ont jamais connu l'amour." De fait, Simone de Beauvoir allait incarner, pour elle et pour les générations futures, une nouvelle conception de l'amour et une nouvelle approche de l'existence des femmes. Le couple mythique qu'elle forma avec Jean-Paul Sartre, "l'ami incomparable de sa pensée", devait pourtant éclipser sa propre carrière de philosophe. Considérée comme sa disciple, on ignora longtemps le travail à quatre mains qu'elle mena avec lui, le caractère original de sa pensée et de ses positions. Or, il est difficile de comprendre la révolution du Deuxième Sexe en ne leur rendant pas justice. Certes, Beauvoir eut une vie épique : elle croisa la route de Picasso et Giacometti, Joséphine Baker, Louis Armstrong et Miles Davis, ainsi que d'un nombre exceptionnel de personnalités littéraires, philosophiques et féministes du XXe siècle. Mais sans la philosophie, Simone de Beauvoir ne serait pas devenue "Simone de Beauvoir", ce qui est notable pour deux raisons très importantes : parce qu'il est temps d'en finir avec le mythe de Beauvoir disciple de Sartre ; et parce que leurs désaccords et leurs discussions constituent l'un des vecteurs essentiels qui lui permirent de devenir elle-même. D'après Virginia Woolf, "il y a certaines histoires que chaque génération doit raconter à nouveau". Ce que révèlent les journaux et la correspondance de Beauvoir redessine les contours de sa biographie.

Prochainement

Hommage à Joseph Ponthus

alaligne

Ceux qui, comme nous, ont eu la chance de découvrir en 2019 « A la ligne. Feuillets d'usine » et ont assisté ébahis à ce prodige, avoir sous les yeux un grand texte et en avoir la certitude, sont en état de sidération depuis l'annonce du décès de Joseph Ponthus, le 27 février à l'âge de 42 ans.

Nous souhaitons que toutes celles et ceux qui liront cet article se précipitent chez leur libraire afin de découvrir celui, qui en 250 pages, aura démontré ce que l'écriture peut faire passer de vie et d'émotion quand elle est juste, sans gras, rythmée et touche à l'essentiel. Quand, par la grâce d'un regard singulier, elle invente une langue qui parle à tout le monde. Nous avons assisté à ce miracle et nous souhaitons le partager avec vous. Ce texte composé de feuillets, écrits au jour le jour, en dit plus long sur la condition ouvrière au XXIème siècle en France que tous les essais de sociologie réunis. Parce que Joseph Ponthus ne trouvait pas de travail, en Bretagne où il avait rejoint sa compagne, il s'est inscrit en intérim et a immédiatement été engagé par des usines du secteur agroalimentaire, poissonneries industrielles et abattoirs, où il embaucha à toute heure du jour et de la nuit pendant deux ans et demi. La chaîne a été renommée « ligne de production », les contremaîtres sont devenus des « personnes ressources » et les ouvriers des « opérateurs de production » mais la pénibilité, les cadences, la souffrance physique n'en ont pas été atténuées pour autant. Alors pour supporter la répétition de ces rituels épuisants, l'ouvrier intérimaire Joseph Ponthus écrit tous les soirs, les mots, les images qui lui ont traversé l'esprit durant la journée. Ces feuillets d'usine deviennent un long poème en prose de 250 pages sans ponctuation qui raconte ce réel et le transforme en un texte qui a le pouvoir de faire surgir une émotion communicative qui plonge le lecteur dans cette autre réalité, la vie à la ligne sur les lignes de production.  Tout y est, au fil des pages du manuscrit, on découvre cet homme singulier, l'amoureux, le fils, le poète habité par les images, les mots des autres (Trenet, Cendrars, Dumas, Appolinaire, Aragon....) qui le sauvent de son quotidien et qu'il convoque sur la chaîne pour ne pas devenir fou. 

« Au fil des heures et des jours le besoin d'écrire s'incruste tenace comme une arête de poisson dans la gorge

Non le glauque de l'usine

Mais sa paradoxale beauté »

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