"En finir avec Eddie Bellegueule" Edouard Louis - éd du Seuil

 

« En finir avec Eddie Bellegueule » Edouard Louis – éd Seuil

Eddie Bellegueule c'est lui, Edouard Louis, ou c'était lui durant l'enfance et l'adolescence. Aujourd'hui le romancier a 21 ans, il est étudiant et vit à Paris. De son enfance en Picardie il dit « De mon enfance, je n'ai aucun souvenir heureux. » il fut un enfant différent, harcelé au collège, moqué pour ses allures efféminées, sa voix haut perchée. Il reçoit insultes, crachats et humiliations. Le livre est écrit en deux langues, celle de l'auteur et celle de la rue par laquelle transite la violence reçue. Mais au delà du récit d'enfance, c'est tous les mécanismes de résistance dont parle le narrateur et l'explication d'un milieu social dans lequel le langage n'existe pratiquement plus, la haine l'a emporté. Il raconte ici la rupture et la métamorphose, il a réussi l'exploit de se ré-inventer lui-même. C'est un récit admirable qui se lit aussi pour sa valeur sociologique

 

"Jours noctures" Myriam Anissimov - éd du Seuil

 

« Jours nocturnes » Myriam Anissimov – éd Seuil

Avant de devenir la biographe de Primo Levi, Romain Gary et Vassili Grossman, Myriam Anissimov fut tour à tour photographe, actrice, fripière au puces... loin des espérances maternelles qui aurait souhaité qu'elle fut médecin ou avocat. L'auteur raconte ces parcours sinueux et incertains.

Elle  raconte aussi la relation mortifère avec sa mère « ma mère m'a aimée en me haïssant, je l'ai haïe en l'aimant » mais ce roman ne se focalise pas sur ce personnage central, il évoque les amis, les amants, les rencontres P. Modiano, L. Cohen et tant d'autres, dans un tableau, à multiples entrées, émouvant et drôle.

 

"L'année des volcans" F.G. Lorrain - éd Flammarion

 

« L'année des volcans» François-Guillaume Lorrain – éd Flammarion

C'est l'histoire de trois monstres du cinéma Anna Magnani, Ingrid Bergman et Roberto Rossellini.

Bergman vient de quitter Magnani pour Bergman, les deux femmes tournent sur deux îles voisines en Italie, Stromboli et Vulcano. Elles s'invectivent et souffrent à distance, Bergman manipule et ils font tous trois les choux gras de la presse à scandale. Le romancier recompose le puzzle de ses vies enchaînées par la passion. Ce récit se dévore comme une chronique émouvante d'une époque.

 

"Le dernier mot" Anif Kureishi - éd Bourgois

 

« Le dernier mot » Hanif Kureishi – éd C. Bourgois

Ce récit raconte la rencontre entre un écrivain et son biographe. Deux hommes s'affrontent sur un cours de tennis à coups de livres, de souvenirs de femmes dans un huis clos campagnard. C'est subtile, drôle et intelligent, une grande partie du texte tire son rythme des conversations tendues et parfois violentes entre l'auteur et son biographes qui se disputent les mots, les chutes et rivalisent surtout comme deux mâles dominants, tour à tour, manipulateur, soupçonneux et orgueilleux. Une joute oratoire jubilatoire et un grand exercice d'analyse psychologique qui n'épargne personne.

 

"Le peintre d'éventail" Hubert Haddad - éd Zulma

C'est au fin fond de la contrée d'Atôra que Matabei se retire pour échapper à la fureur du monde. Dans cet endroit perdu entre montagnes et Pacifique, il prend pension dans une auberge tenue par une femme et il apprend peu à peu à connaître ses habitués, tous singuliers et fantasques. Attenant à l'auberge se déploie un jardin hors du temps. Le nouvel arrivant s'attache au vieux jardinier qui consacre sa vie au déploiement de cet espace végétal. Il découvre en lui un extraordinaire peintre d'éventails et décide de devenir son disciple. C'est un magnifique roman initiatique qui laisse le lecteur médusé par tant de beauté. Le plaisir de lecture est immense et rare.

 

Lire la suite : "Le peintre d'éventail" Hubert Haddad - éd Zulma

"Crime d'Honneur" Elif Shafack - éd Phébus

Elif Shafack confronte l'intransigeance des croyances religieuses et culturelles du monde musulman quand celui-ci fraye avec les valeurs du monde occidental. Le sujet, maintes fois abordé au cinéma, en littérature ou lors de débats, n'était pas facile à maîtriser sans risquer de tomber dans une analyse sociologique complaisante. 

Il meurt en Europe des milliers de femmes, tuées parce qu'elles ont déshonoré la famille en transgressant le code de l'honneur, même si elles vivent depuis des années en Europe, et même si leurs époux ne respectent plus les traditions. Pembe est une de ces femmes, victime de la violence familiale, Elif Shafack raconte son histoire.

 

Lire la suite : "Crime d'Honneur" Elif Shafack - éd Phébus

"Ladivine" Marie Ndiaye - éd Gallimard

L'auteur de « Trois femmes puissantes » raconte le destin de trois femmes victimes d'une malédiction familiale. L'héroïne première « Ladivine Sylla », femme de ménage, a élevé seule sa fille. Cette dernière la rejette et éprouve une honte avouée mais non assumée envers sa mère. Ce sentiment primitif qui n'exclut pas le réel amour qu'elle éprouve pour sa mère, empoisonne sa vie et empoisonnera la vie de sa descendance. Ce sentiment devient cette malédiction car il conduit à des pensées inavouables, enfouies et irrépressibles qui tracent le chemin vers le crime.

 

Lire la suite : "Ladivine" Marie Ndiaye - éd Gallimard

"Entre amis" Amos Oz - éd Gallimard

C'est un recueil de huit nouvelles dans lesquelles on retrouve les mêmes lieux et les mêmes personnages. Elles illustrent la vie au kibboutz, Yikhat, dans les années 50. Ce village construit par les colons et édifié dans un idéal de partage souffre des maux de toutes les congrégations humaines repliées sur elles-mêmes : trahisons, jalousies, mesquineries, adultères et scandales. Ces histoires légères, de prime abord, sont inoubliables car elles disent le poids de la vie que n'allège aucunement la proximité d'autres vivants car l'individu demeure dans « une solitude incurable ». Au delà d'un constat passablement amer, ces récits renseignent sur la vie quotidienne au kibboutz et révèlent aussi la suprématie des aspirations individuelles contre la communauté et ses normes.

 

Lire la suite : "Entre amis" Amos Oz - éd Gallimard

"Le roman d'un mariage" J. Eugenides - éd de L'Olivier

Madeleine, Léonard et Mitchell achèvent leur cursus universitaire. Ils ont été nourris de littérature, de philosophie et de théologie. Initiés aux nouvelles théories des penseurs français, Deleuze, Derrida ou Barthes dont raffolent les fac américaines dans les années 80, ils cherchent dans les livres des réponses à leurs questions existentielles. Tout au long d'une histoire touffue, à rebondissements multiples, ce trio amoureux essaie d'apprendre à vivre et grandir à travers leurs lectures.

 

Lire la suite : "Le roman d'un mariage" J. Eugenides - éd de L'Olivier

"Heureux les heureux" Yasmina Réza - éd Flammarion

Yasmina Reza raconte quelques instants dans la vie de gens d'aujourd'hui. Hommes et femmes, entre quarante et soixante ans, plutôt aisés, plutôt gagnants que perdants... Ils se débattent comme ils peuvent avec un réel qui leur échappe, couple en crise, rêves en vrac, désirs au point mort.... Ces dix huit monologues tournent souvent à l'hystérie avec un sentiment fort de frustration et de résignation. Yasmina Réza orchestre toute cette comédie humaine avec une intelligence et une ironie implacables.

 

Lire la suite : "Heureux les heureux" Yasmina Réza - éd Flammarion

"Un notaire peu ordinaire" Y. Ravey éd de Minuit

En une centaine de pages très maîtrisées écrites dans un style très dépouillé, Yves Ravey distille un climat inquiétant dans lequel évoluent des personnages ambigus dans une intrigue faussement simple. Martha Rebernack vit seule avec ses deux enfants depuis le décès de son mari. Son cousin fait irruption chez elle, il sort de prison, après avoir purgé une peine de 15 années pour viol. Elle panique et partage ses inquiétudes avec le notaire de la ville.

 

Lire la suite : "Un notaire peu ordinaire" Y. Ravey éd de Minuit

Prochainement

Rencontre avec J.B. Andrea.

Un premier roman bouleversant.

Mardi 17 octobre à 20 h.

mareine

Ce roman magnifique, singulier et inclassable, est une des plus belles découvertes de la rentrée littéraire.

Jean-Baptiste Andrea, célèbre l'enfance à travers la voix et la pensée d'un garçon de 12 ans qui souffre de troubles psychiques qui l'isolent et brouillent parfois sa perception de la réalité.

Depuis que son père lui a offert un blouson publicitaire de la marque Shell, il se fait appeler Shell. Il vit dans la vallée de l'Asse avec ses parents qui tiennent une station service. Quand il comprend qu'il sera bientôt placé dans un institut spécialisé, il fugue dans la montagne et va vivre tout un été, livré à lui-même.

Pour Shell, ce n'est pas une fuite, c'est le chemin qu'il doit prendre pour s'émanciper et devenir un homme. Il rencontre Viviane, elle apparaît comme un enchantement sur son chemin. Intrépide, effrontée, Viviane devient une compagne de jeu qui impose ses règles avec détermination. Elle sera sa "Reine". A ce titre, Shell ne pourra rien lui refuser et elle pourra tout lui demander.

Ces jeux innocents, fondés sur des défis enfantins, prennent parfois des tournures inquiètantes. Mais l'histoire appartient à Shell. C'est lui qui raconte, avec sa manière si singulière de considérer ce qui lui arrive.

 

Lire la suite...

Connexion