"Les guerres de mon père" Colombe Schneck - éd Stock

 

Mort en 1990, à 58 ans, Gilbert Schneck a laissé derrière lui une fille qui a longtemps cru que son père reviendrait, que jamais personne ne pourrait l’aimer autant que lui. Cette jeune femme est devenue écrivain, désobéissant à l’injonction paternelle de ne pas parler de ce qui fâche. 25 ans après son décès, Colombe veut comprendre qui était cet homme. Les guerres de ce père, ce sont celles qu’il a connues dès l’enfance, il fut un enfant juif, caché en Dordogne, il fut jeune médecin en Algérie, témoin de tortures et de viols commis dans les rangs de l'armée française. Gilbert est encore adolescent quand son père Max Schneck est assassiné, un crime crapuleux qui fait la une des quotidiens à scandale, et jette l'opprobe sur la famille (c'est aussi le sujet d'un précédent livre de l'auteur en 2006 « L'increvable Mr Schneck »). Toute sa vie fut une perpétuelle tension pour que le passé ne refasse pas surface, il offrait à son entourage, un sourire radieux, il voulait que ses enfants se construisent de beaux souvenirs.

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"Le Figurant" Didier Blonde - éd Gallimard

Amoureux de Paris et du cinéma des années 60, ce livre est pour vous.

A 19 ans, le narrateur croise Truffaut, rue Caulaincourt, sur le tournage de « Baisers volés », il se mêle à la troupe des figurants et rencontre Judith. Il découvre avec elle ce métier et ceux qui le pratiquent occasionnellement ou assidûment. 45 ans après, le narrateur retourne à la cinémathèque assister à un hommage rendu à Truffaut. Il se replonge dans les images du film, tente d'identifier les silhouettes et se lance dans une enquête qui se recentre sur Judith, disparue soudainement et sur ceux qu'il avait rencontrés à l'époque. C'est à la fois une enquête sur la géographie des lieux, Paris 18ème, le cimetière Montmartre....le souvenir que l'on a conservé et ce qu'il est advenu des années après. C'est une traque obstinée à travers les images, les rushs et les fameux « photogrammes » qu'il scrute, relit, dissèque, et qui lui permettent de reconstituer les scènes du film et ce qu'il imagine avoir vécu.

 

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"L'amour après" Marceline Loridan-Ivens - éd Grasset

Comment aimer, s'abandonner, désirer, quand on a été déporté à quinze ans ? Comment regarder son corps quand il a été mis à nu sous l'autorité d'un capo ? Comment se construire au retour des camps ? Marceline Loridan-Ivens est une personnalité hors du commun, débordante de vie, d'énergie, elle fut pour les hommes qui la croisèrent une étoile filante, indomptable. Mais qu'en est-il réellement au delà des apparences ? Marceline Loridan-Ivens juxtapose le passé et le présent, elle invite d'anciens compagnons de vie à se joindre à son récit afin que ne figure pas seulement sa version de ce qui fut. « Je suis une fille de Birkenau et vous ne m'aurez pas ». Elle n'a pas échappé à la mort pour vivre à demi. Le temps perdu, elle veut en saisir chaque seconde, étudier, lire, se jeter dans les bras des hommes, les aimer, les laisser quand ils deviennent trop pesants. Elle n'est pas revenu pour que l'on décide pour elle. Cette liberté retrouvée, elle veut en jouir pleinement et sans conditions.

 

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"Les loyautés" Delphine De Vigan - éd Lattès

Les loyautés, ce sont : « Ces liens invisibles qui nous attachent aux autres ... ». « Ce sont les lois de l'enfance qui sommeillent à l'intérieur de nos corps ». C'est un bien commun que nous partageons tous. Ces quelques lignes figurent en préambule avant le début de l'histoire. Théo et Mathis se sont rencontrés au collège, ils ont uni leur solitude et forment un duo impénétrable. Rien ne semble échapper à la vigilance de Théo qui a appris à cacher la réalité de son quotidien familial, parents séparés et père à la dérive. Il n'a que 12 ans et consomme en cachette de fortes doses d'alcools, il teste ses limites, découvre l'ivresse et des états qui le soulagent de ses angoisses. C'est un adolescent en fuite, au bord de l'abîme et qui appelle au secours. Hélène, professeur de SVT perçoit, sans l'identifier, la détresse de Théo, elle sait sans savoir, elle possède la prescience de ceux qui ont connu des situations similaires. Delphine De Vigan décrit avec précision les mécanismes de reconnaissance qui se mettent en action quand le présent entre en résonance avec le passé : «  ce quelque chose dans sa silhouette, sa façon de se tenir, de se soustraire au regard des autres... ».

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"Tiens ferme ta couronne" Yannick Haenel - éd Gallimard

Le roman commence par la phrase «A cette époque j'étais fou». Le narrateur donne le ton, il vit depuis plusieurs mois reclus dans un studio parisien, relit Mobydick et se passe en boucle «Voyage au bout de l'enfer» et « Apocalypse now». Il flirte avec des états limites qui le laissent parfois sans prise sur les événements.  Auteur de plusieurs romans, il a écrit un scenario de 700 pages sur l'écrivain Herman Melville. Aucun producteur ne veut financer ce projet qui a l'ambition de nous dévoiler l'esprit du créateur de «Mobydick». Un seul cinéaste serait à ses yeux capable de réaliser ce projet, Michael Cimino. Ce dernier a disparu des radars depuis l'échec commercial de « La porte du paradis». Qu'à cela ne  tienne, notre narrateur part à sa recherche et obtient une entrevue avec lui à New York. Il passera aussi une soirée chez Bofinger, avec Isabelle Huppert, qui travailla avec M. Cimino pour ce dernier film maudit. Le roman enchaîne des scènes aussi improbables que burlesques et le narrateur ne s'économise pas une seconde dans ses multiples aventures. C'est un récit fascinant qui se permet des écarts insensés sans pour autant perdre le fil d'une quête obsessionnelle: retrouver la trace de la beauté et de la pureté même dans des contextes d'extrême violence, comme ses maîtres, le narrateur se demande comment  «rester disponible aux manifestations fragiles de la beauté pour se sauver de l'horreur ». Yannick Haenel nous offre un roman exceptionnel, très ambitieux et particulièrement réussi.

"L'homme de l'hiver" Peter Geye - éd Actes Sud

Gunflint années 90 dans le Minnesota. Une petite ville dans une nature sauvage où les rivières deviennent des lacs, et l'Amérique le Canada. Le vieux Harry Eide déserte son lit de mort et fugue. On ne le retrouvera pas. Les deux êtres qui l'ont le plus aimé, Gus son fils et Berit sa dernière compagne se racontent cet homme qui gouverna leur monde tout en lui échappant. Deux coeurs en hiver terrassés par le deuil mais désireux de savoir qui était cet homme. Regard du fils et regard de l'amante. Depuis que Harry a disparu, il se retrouve souvent autour d'un café, circonspects émus, inquiets, leurs conversations convergent toujours vers l'escapade de l'année 1963 où Harry embarqua son fils, alors  âgé de 17 ans, dans une excursion en canoë qu'il voulait digne des anciens pionniers. Une folie, un besoin absolu de transmission qui faillit leur coûter la vie. Pour le fils Gus, devenu père à son tour, cet hivernage forcé est demeuré une énigme. Ce roman est aussi le roman d'une famille, des Eide. Un roman d'aventure intérieure, placé sous le règne implacable de la nature, souple, silencieux, comme la trace du Kayak sur l'eau.

"L'ombre sur la lune" Agnès Mathieu-Daudé - éd Gallimard

Un conte de brutes, de manipulations, de meurtres, d'hystéries, de rencontres et d'amour. Du burlesque, de l'ubuesque dans ce récit échevelé et complètement loufoque. Un ravissement. Attilio est un un Sicilien, fils d'une grande famille de la mafia, réfugié depuis 20 ans en Espagne après avoir assassiné sa femme le jour de leurs noces. Un crime d'honneur que les familles n'ont pas pardonné. Blanche travaille dans un musée français et accompagne à l'occasion les œuvres prêtées pour des expositions à l'étranger. Elle part pour Madrid, superviser l'accrochage d'un tableau deGoya. La mafia chinoise, tout le monde le sait, s'infiltre désormais partout. Elle se cache ici sous les trait de la Giganta qui va demander à Attilio de reprendre du service et de récupérer un tableau en séduisant la candide conservatrice française dans les tribunes d'un stade de foot. Scenario ambitieux mais parfaitement maîtrisé. Agnès Mathieu-Daudé nous avait déjà offert avec «Un marin chilien   » un roman épique et audacieux. Elle nous embarque de nouveau, sans craindre les écarts dans une aventure tout autant fabuleuse que délicieuse. Quel talent de conteuse et quelle imagination !

"Nos vies" Marie-Hélène Lafon - éd Buchet Chastel

Une fois n'est pas coutume, Marie-Hélène Lafon quitte les hauts plateaux du centre de la France pour s'intéresser au théâtre du quotidien dans le super-marché que fréquente sa narratrice. La caisse 4 est occupée tous les jours de la semaine par une jeune femme prénommée Gordana, sans doute originaire des Balkans. La jeune femme travaille en silence, elle prend garde à ne pas croiser le regard des clients ou à susciter le moindre échange afin de ne pas être trahie par son accent. Tous les vendredi, la narratrice a repéré  un homme brun et mutique qui passe toujours par la caisse 4. C'est le début d'une histoire à écrire, la narratrice leur invente un passé, un présent et un avenir qu'elle enrichit au fil des informations saisies : un nom, une photo d'enfant tombée du portefeuille... Sous sa plume sensible, le temps et les mots glissent avec pudeur d'une vie à l'autre en passant par celle de la narratrice, qui se raconte à travers ces deux personnages.

"La serpe" Philippe Jaenada - éd Julliard

Un matin d’octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n’est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l’unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l’arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d’un procès retentissant, il est acquitté et l’enquête abandonnée. Alors que l’opinion publique reste convaincue de sa culpabilité, Henri s’exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du "Salaire de la peur", écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud. Jamais le mystère du triple assassinat du château d’Escoire ne sera élucidé, laissant planer autour d’Henri Girard, jusqu’à la fin de sa vie, un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu’à ce qu’un écrivain têtu et minutieux s’en mêle... Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu’Henri Girard ne pouvaient laisser Philippe Jaenada indifférent. Enfilant le costume de l’inspecteur amateur (complètement loufoque, mais plus sagace qu’il n’y paraît), il s’est plongé dans les archives, a reconstitué l’enquête et déniché les indices les plus ténus pour nous livrer ce récit haletant dont l’issue pourrait bien résoudre une énigme vieille de soixante-quinze ans..

« Les amnésiques » Géraldine Schwarz – éd Flammarion

Le grand-père de l'auteur, originaire de Mannheim, avait acheté en 1938, à bas prix l'entreprise de la famille Löbmann qui périt à Auschwitz. Après la guerre, un héritier réclame réparation et Karl Schwarz plonge dans le déni de ses responsabilités de Mitläufer (ceux qui ont marché avec le courant). C'est le point de départ d'une enquête passionnante, au fil de trois générations, sur les traces du travail de mémoire qui permit aux Allemands de passer d'une dictature à une démocratie. La rencontre de son père avec sa mère, fille d'un gendarme sous Vichy, est l'occasion pour l'auteure d'aborder les failles mémorielles en France. En élargissant son enquête à d'autres pays, Géraldine Schwarz montre que cette amnésie menace le consensus moral en Europe.

 

"Paysage perdu" Joyce Carol Oates - éd Rey

Ce volume se compose d'une trentaine de textes, souvent parus dans des revues américaines. Ce n'est pas une autobiographie au sens classique du terme, c'est un choix de textes qui permettent une immersion dans une enfance américaine dans les années 1940. Au lieu de privilégier le principe de reconstitution, Joyce Carol Oates se remémore ses souvenirs et les reconstruit avec le recul forcé des années passées. Le lecteur en saura ainsi un peu plus sur les années fondatrices de cette grande romancière américaine. Le Cahier de l'Herne, paru simultanément, apporte aussi d'autres éclairages et comblera les passionnés de son œuvre.  

 

 

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