"Propriété privée" Julia Deck - éd Minuit double

"Il était temps de devenir propriétaires. Soucieux de notre empreinte environnementale, nous voulions une construction peu énergivore, bâtie en beaux matériaux durables. Aux confins de la ville se tramaient des écoquartiers. Notre choix s'est porté sur une petite commune en pleine essor. Nous étions sûrs de réaliser un bon investissement. Plusieurs mois avant de déménager, nous avons mesuré nos meubles, découpé des bouts de papier pour les représenter à l'échelle. Sur la table de la cuisine, nous déroulions les plans des architectes, et nous jouions à déplacer la bibliothèque, le canapé, à la recherche des emplacements les plus astucieux. Nous étions impatients de vivre enfin chez nous. Et peut-être aurions-nous réalisé notre rêve si, une semaine après notre installation, les Lecoq n'avaient emménagé de l'autre côté du mur mitoyen". Une satire sociale un rien décalée, délicieusement fantasque. 

"Il est des hommes qui se perdront toujours" Rebecca Lighieri - éd Folio

C'est un roman noir, au sens où il ambitionne de dire quelque chose du monde social, de sa dureté, de sa folie, de sa barbarie. Un roman qui se confronte aux forces du mal, qui raconte l’enfance dévastée, l’injustice, la drogue, la violence dans une cité de Marseille entre les années 80 et 2000. Le narrateur, Karel, est un garçon des quartiers Nord. Il grandit dans la cité Antonin Artaud, cité fictive adossée au massif de l’Etoile et flanquée d’un bidonville, « le passage 50 », habité par des gitans sédentarisés. Karel vit avec sa sœur Hendricka et son petit frère Mohand, infirme. Ils essaient de survivre à leur enfance, entre maltraitance, toxicomanie, pauvreté des parents, et indifférence des institutions. Le roman s’ouvre sur l’assassinat de leur père. Les trois enfants vont s’inventer chacun un destin. Karel s’interroge : « Qui a tué mon père ? » Et fantasme sur la vie qu’il aurait pu mener s’il était né sous une bonne étoile, s’il avait eu des parents moins déviants et moins maltraitants. Il se demande s’il n’a pas été contaminé par la violence, s’il n’est pas dépositaire d’un héritage à la fois tragique et minable, qui l’amènerait à abîmer les gens comme son père l’a fait. Il veille sur son petit frère et voit sa sœur réussir une carrière au cinéma. C’est aussi le roman de Marseille, d’avant le MUCEM et d’avant la disparition du marché de la Plaine, qui constitue la géographie sentimentale du livre. Et c’est une plongée romanesque dans toute une culture populaire dont l’auteure saisit l’énergie et les émotions à travers les chansons de l’époque, de Céline Dion à Michael Jackson, en passant par IAM , Cheb Hasni, Richard Cocciante ou Elton John. Un récit puissant, intelligent, sans compromis qui vous aspire littéralement. Exceptionnel, dans la compréhension et la mise en mots, de ce que peut-être la terreur enfantine soumise à la violence parentale physique et verbale, cette recherche éperdue d'un ailleurs y compris celui qui ne sauve pas forcément.

"Alpinistes de Staline" Cédric Gras - éd Points

Si Cédric Gras s'est décidé à raconter la vie des frères Abalakov, deux alpinistes russes des plus héroïques de leur génération, c'est après avoir découvert qu'ils avaient été victimes des purges staliniennes. Comment Staline a-t-il pu faire arrêter ces figures glorieuses, chargées de porter le marxisme au plus haut des sommets ? Orphelins sibériens, ils pratiquent l'escalade avant de devenir des alpinistes aguerris. Entre Caucase et Asie centrale, ils multiplient les expéditions jusqu'à gravir, dans les années 1930, les vertigineux pic Staline et pic Lénine, au nom du pouvoir. Dans ce monde où l'alpinisme était dicté par l'idéologie d'un monde nouveau, la conquête de territoires et la guerre, Vitali Abalakov sera pourtant victime de la Grande Terreur et des purges en 1938. Libéré et amputé de nombreuses phalanges suite à une tempête en altitude, il reprendra le chemin des cimes et reviendra au plus haut niveau. Son frère Evgueni sera lui retrouvé mort en 1948. Il préparait une ascension à l'Everest. Russophone et familier de l'Eurasie, Cédric Gras a enquêté, des archives du KGB au pic Lénine, pour reconstituer le destin exceptionnel et dramatique de ces deux frères indissociables puis désunis, mais qui ont traversé le siècle rouge en rêvant de conquérir l'Everest au nom de l'URSS.

"Retour à Martha's Vineyard" Richard Russo - éd 10/18

Le 1er décembre 1969, Teddy, Lincoln et Mickey, étudiants boursiers dans une fac huppée de la côte Est, voient leur destin se jouer en direct à la télévision alors qu'ils assistent, comme des millions d'Américains, au tirage au sort qui déterminera l'ordre d'appel au service militaire de la guerre du Vietnam. Un an et demi plus tard, diplôme en poche, ils passent un dernier week-end ensemble à Martha's Vineyard, dans la maison de vacances de Lincoln, en compagnie de Jacy, le quatrième mousquetaire, l'amie dont ils sont tous les trois fous amoureux. Septembre 2015. Lincoln s'apprête à vendre la maison, et les trois amis se retrouvent à nouveau sur l'île. A bord du ferry déjà, les souvenirs affluent dans la mémoire de Lincoln, le "beau gosse" devenu agent immobilier et père de famille, dans celle de Teddy, éditeur universitaire toujours en proie à ses crises d'angoisse, et dans celle de Mickey, la forte tête, rockeur invétéré qui débarque sur sa Harley. Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue après leur week-end de 1971. Qu'est-il advenu d'elle ? Qui était-elle réellement ? Lequel d'entre eux avait sa préférence ? Les trois sexagénaires, sirotant des bloody-mary sur la terrasse où, à l'époque, ils buvaient de la bière en écoutant Creedence, rouvrent l'enquête qui n'avait pas abouti alors, faute d'éléments. Et ne peuvent s'empêcher de se demander si tout n'était pas joué d'avance.

"Le pays des autres" Leïla Slimani - éd Folio

En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s'éprend d'Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l'armée française. Après la Libération, elle quitte son pays pour suivre au Maroc celui qui va devenir son mari. Le couple s'installe à Meknès, ville de garnison et de colons, où le système de ségrégation coloniale s'applique avec rigueur. Amine récupère ses terres, rocailleuses ingrates et commence alors une période très dure pour la famille. Mathilde accouche de deux enfants : Aïcha et Sélim. Au prix de nombreux sacrifices et vexations, Amine parvient à organiser son domaine, en s'alliant avec un médecin hongrois, Dragan Palosi, qui va devenir un ami très proche. Mathilde se sent étouffée par le climat rigoriste du Maroc, par sa solitude à la ferme, par la méfiance qu'elle inspire en tant qu'étrangère et par le manque d'argent. Les relations entre les colons et les indigènes sont très tendues, et Amine se trouve pris entre deux feux : marié à une Française, propriétaire terrien employant des ouvriers marocains, il est assimilé aux colons par les autochtones, et méprisé et humilié par les Français parce qu'il est marocain. Il est fier de sa femme, de son courage, de sa beauté particulière, de son fort tempérament, mais il en a honte aussi car elle ne fait pas preuve de la modestie ni de la soumission convenables. Aïcha grandit dans ce climat de violence, suivant l'éducation que lui prodiguent les Soeurs à Meknès, où elle fréquente des fillettes françaises issues de familles riches qui l'humilient. Selma, la soeur d'Amine, nourrit des rêves de liberté sans cesse brimés par les hommes qui l'entourent. Alors qu'Amine commence à récolter les fruits de son travail harassant, des émeutes éclatent, les plantations sont incendiées : le roman se clôt sur des scènes de violence inaugurant l'accès du pays à l'indépendance en 1956. Premier volet d'une trilogie qui s'inspire de l'histoire de la famille de l'auteure. On retrouve le ton sec, très direct mais aussi très poétique de Leïla Slimani qui recherche dans l'histoire de ses deux pays d'origine, le Maroc et la France, à comprendre ces êtres dont elle est issue, dans leurs attirances, leurs contradictions et leur volonté farouche de ne renoncer à rien. Récit qui raconte ce qu'était le Maroc rural au temps du protectorat français.

"Nino dans la nuit" Capucine et Simon Johannin - éd Points

Opéra urbain d'une sidérante beauté, ce récit raconte la vie chaotique de deux très jeunes gens qui vivent à la marge dans un squat, dans une cité périphérique. Ils cumulent les petits boulots sous payés et cherchent l'oubli dans les bruits de la fête, les trafics, les alcools forts et les drogues. Jours difficiles, souvent incertains, que seules éclairent les mots, que Nino enfile comme des perles noires et incandescentes. Nino met en mots, comme d'autres mettraient en musique, cette vie où l'espoir d'une existence meilleure résiste et tarde à se manifester. Et c'est avec les mots, les rythmes, les images qu'il transforme la peur, le précaire, l'indésirable en un sublime poème qu'il adresse à sa compagne. Un texte d'une intense beauté portée par une langue qui s'invente à chaque page.

 

 

 

 

 

"D'un cheval l'autre" Bartabas Folio

"C’est ce soir-là, après avoir copieusement arrosé l’arrivée du nouveau venu, que nous avons décidé dans l’euphorie et à l’unanimité de le baptiser Zingaro. Il endosserait le nom de notre théâtre équestre et musical, premier nommé il donnerait à la troupe sa descendance. Plus tard, tandis que la fête se répandait dans la nuit et que s’épanchaient les cœurs imbibés, je me suis surpris, comme souvent, à ne plus trouver ma place. J’éprouve dans ces moments le besoin de me retirer ; de m’évaporer sans au revoir ni salut. Je suis allé le rejoindre dans son box, je n’ai pas allumé, je me suis glissé dans son antre comme on se glisse sous les draps de l’amante endormie. Il était couché sur le flanc gauche, je me suis assis près de lui, il a tourné la tête vers moi sans se relever, un peu étonné de me voir, comme sorti d’un songe.
Cette nuit-là, nous avons fait un pacte : j’allais contaminer son animalité et il allait me permettre d’exister parmi les hommes. Aux humains de mon espèce, nous allions nous révéler. Pour la vie." Magnifique galerie de portraits équins, qui racontent avec poésie et délicatesse, les liens singuliers qui se sont tissés entre l'homme et ses chevaux. A lire, même si l'univers du cheval ne vous est pas familier, vous serez emporté par la magie de ces rencontres. Une grande leçon d'amour et de respect.

"Dans les geôles de Sibérie" Yoann Barbereau - éd Folio

Irkoutsk, Sibérie orientale. Yoann Barbereau dirige une Alliance française depuis plusieurs années. Près du lac Baïkal, il cultive passion littéraire et amour de la Russie. Mais un matin de févier, sa vie devient un roman, ou un film noir ! Il est arrêté sous les yeux de sa fille, toruré puis jeté en prison. Dans l'ombre, des hommes ont enclenché une mécanique de destruction, grossière et implacable, elle porte un nom inventé par le KGB : kompromat. Il risque quinze années de camp pour un crime qu'il n'a pas commis. L'heure de l'évasion a sonné...

 

 

 

 

"Ville émeraude" Jennifer Egan - éd 10/18

En 1993, Jennifer Egan, l'une des plus grandes écrivaines américaines, couronnée du prix Pulitzer pour "Qu'avons-nous fait de nos rêves ?", faisait une entrée remarquée en littérature avec ce recueil de nouvelles. La solitude, les regrets mais surtout le désir, sous toutes ses formes – désir de changer, de se racheter, d'échapper à son quotidien –, sont au coeur de ces onze nouvelles magistrales. Depuis des lieux exotiques, comme la Chine ou Bora-Bora, cosmopolites, comme Manhattan, ou plus banals, comme une banlieue de l'Illinois, les personnages de Jennifer Egan – des mannequins, des femmes au foyer, des banquiers, des écolières... – sont en quête d'une nouvelle vie, cherchent à dépasser les frontières. Près de trente ans après leur publication, voici enfin traduites les élégantes et poignantes nouvelles qui composent Ville émeraude. Un événement.

 

 

 

 

"Elmet" Fiona Mozley - éd Folio

John Smythe est revenu s'installer avec ses enfants, Cathy et Daniel, dans la région d'origine de leur mère, le Yorkshire rural. Ils y mènent une vie ascétique mais profondément ancrée dans la matérialité poétique de la nature. Ils vivent en marge des lois en chassant pour se nourrir et en cultivant un petit lopin de terre. Menacé d'expulsion par un des gros propriétaires terriens de la région qui essaie de le faire chanter, John organise une résistance populaire avec celles et ceux que Price a spolié au fil du temps et qui vivent sous la menace de ses milices. Dans cette société hors contrôle où tout le monde est hors la loi, la barbarie n'est pas loin. Ce récit d'une profonde humanité nous emporte, dans la première partie du récit, vers une sorte d'Eden auquel on aimerait croire, si on pouvait tenir à distance la menace qui plane et qui va s'incarner dans un déchaînement de violence insoutenable à la fin de l'histoire. Ce livre n'est pas une fable, ni une dystopie. Ce livre nous parle de notre époque, où les plus faibles sont soumis aux lois des plus forts, sans pouvoir faire appel à un pouvoir régulateur parce que celui-ci s'est désengagé, en privatisant l'espace public et en donnant un pouvoir plus fort au privé. La violence qui sévit dans certains territoires ruraux s'apparentent de plus en plus à ce que l'on observe dans les zones urbaines classées à risque. Un récit puissant, émouvant et extrêmement dérangeant.

"Un soir au paradis" Lucia Berlin - éd du Livre de Poche

En 2017, la publication de Manuel à l’usage des femmes de ménage a permis au public de découvrir en Lucia Berlin une grande auteur injustement tombée dans l’oubli. Un deuxième recueil de textes courts confirme aujourd’hui la place qu’elle occupe désormais dans le panthéon des lettres américaines, à l’égal d’un Raymond Carver ou d’une Alice Munroe. 
Les vingt-deux nouvelles rassemblées dans Un soir au paradis nous emmènent à nouveau sur les lieux où a vécu Lucia Berlin. Que ce soit au Texas, au Chili, à New York ou encore dans la célèbre station balnéaire mexicaine Puerto Vallarta – fréquentée par les stars de hollywoodiennes –, elle traque partout la solitude des êtres, débusque  la beauté derrière la laideur et découvre de l’espoir là où nous ne voyons que noirceur. Ses thèmes sont aussi variés que les lieux qu’elle décrit. Certains de ses personnages se débattent avec la célébrité, d’autres avec la monotonie d’un quotidien parfaitement réglé et l’ennui dans le couple, d’autres encore sont aux prises avec les privations de la vie de bohème. Berlin puise son imagination dans une existence marquée par de nombreux déménagements autant que par des déboires sentimentaux et existentiels à répétition. Son humour subtil lui permet de transcender ces épreuves pour y débusquer les petits miracles qui accompagnent toute existence, et sa plume élégante de les transformer en des bijoux littéraires.

Prochainement

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"Paris 14, Territoire de cinéma" organise son 4ème festival, du 1er au 13 octobre 2021.

L'association "Paris 14, Territoire de cinéma" réunit les cinq cinéclubs et cinémas de quartier du quatorzième arrondissement. Elle propose, pour la quatrième édition de son festival d'automne, une sélection de films autour de la thématique "Quand le cinéma imagine demain". Le programme est à votre disposition à la librairie, n'hésitez pas à nous le demander ou à consulter https://www.paris14cinema.fr/le-cinema-imagine-demain-2021

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