"Le démon de la colline aux loups" Dimitri Rouchon-Borie - éd Le Tripode

Un homme se retrouve en prison. Brutalisé dans sa mémoire et dans sa chair, il décide avant de mourir de nous livrer le récit de son destin. Écrit dans un élan vertigineux, porté par une langue aussi fulgurante, "Le Démon de la Colline aux Loups" raconte un être, son enfance perdue, sa vie emplie de violence, de douleur et de rage, d'amour et de passion. Pourtant, de cette vie dévastée, la lumière surgit. Non pas celle d’une rédemption ou d’une résilience convenue, mais tout simplement la lumière d’une voix. On assiste à la naissance d’une conscience, par l’écriture. Le roman, repose entièrement sur la voix du narrateur, Duke, il emporte tout sur son passage. Dimitri Rouchon-Borie parvient à rendre avec une très grande justesse son « parlement », et, quand on sait combien l’exercice peut mener aux pires ratages, comment la moindre fausse note, le moindre mot en trop ou en moins peut détruire l’harmonie de l’ensemble, on ne peut que louer cette prouesse. La langue de Duke est extraordinaire dans sa capacité à saisir le réel, les émotions qui lui sont corrélées, mais qui sont à peine effleurées, suggérées au lecteur et pourtant complètement dominantes. Le rythme de la phrase, le décalage entre ce qui se passe et la manière dont Duke l’exprime, parce qu’il prend la langue un peu en biais, nous amènent à faire de son regard entièrement le nôtre. "Le Démon de la Colline aux Loups" est un premier roman. C'est un flot ininterrompu d'images et de sensations, un texte étourdissant, une révélation littéraire.

 

"Zoomania" Abby Geni - Actes sud

A Mercy, petite ville d'Oklahoma, une tornade de catégorie 5 a dévasté le quartier et la vie de la Famille McCloud, laissant les quatre enfants orphelins, sans toit, sous la responsabilité de Darlene, l'aînée.Très vite, les médias font des trois jeunes soeurs, contre rétribution, l'image vivante, idéalement photogénique, de la tragédie. Heurté dans ses principes, Tucker, le frère rebelle, se désolidarise du clan et disparaît. Au troisième anniversaire de l'événement, Cora, la benjamine, a neuf ans. La tornade est son premier souvenir. Tucker lui manque terriblement. Le quotidien entre filles dans un mobile home a perdu de son charme. Quand une bombe explose dans l'usine de cosmétiques locale, libérant tous les animaux du laboratoire, les soeurs McCloud ne font pas tout de suite le lien. Mais c'est l'étincelle d'un tout autre cataclysme. Dans une folle cavale à travers l'Ouest américain, aux confins éperdus des jeux de l'enfance et de l'engagement militant, Zoomania met à l'épreuve les limites de l'amour et de la loyauté. Sur fond d'urgence écologique et de défense de la cause animale, entre thriller et méditation sur la nature, Abby Geni nous invite à un apprentissage de l'absolu aussi violent qu'enivrant.Une course-poursuite époustouflante de réalisme sensoriel et d’intelligence narrative. Implacable pilote de grand-huit, Abby Geni (Farallon Islands) est de retour. Accrochez-vous. 

"Un papillon, un scarabée, une rose" Aimee Bender - éd de l'Olivier

Francie a huit ans quand la dépression de sa mère, Elaine, vient bouleverser à jamais son existence. Recueillie par son oncle et sa tante, Francie grandit entourée d'affection auprès de sa cousine Vicky. Malgré tout, elle vit une jeunesse singulière, détachée du réel, habitée par la peur de la folie. Mère et fille tracent dès lors leur chemin : l'une survit, l'autre se construit en s'efforçant de " ralentir le monde " et de sonder ses souvenirs d'enfance. Mais comme toujours dans les romans d'Aimee Bender, la fantaisie règne : un insecte décorant un abat-jour prend vie puis s'échappe, une fleur brodée sur un rideau tombe au sol, bien palpable... L'imaginaire devient le lieu le plus propice à la découverte de vérités profondes.
Un papillon, un scarabée, une rose est avant tout le récit d'une transformation : du chaos au pardon, de l'incompréhension à la résilience.

"Le colibri" Sandro Veronesi - éd Grasset

Marco Carrera est le «  colibri  ». Comme l’oiseau, il emploie toute son énergie à rester au même endroit, à tenir bon malgré les drames qui ponctuent son existence. Alors que s’ouvre le roman, toutes les certitudes de cet ophtalmologue renommé, père et heureux en ménage, vont être balayées par une étrange visite au sujet de son épouse, et les événements de l’été 1981 ne cesseront d’être ravivés à sa mémoire. 
Cadet d’une fratrie de trois, Marco vit une enfance heureuse à Florence. L’été, lui et sa famille s’établissent dans leur maison de Bolgheri, nichée au sein d’une pinède de la côte Toscane. Cette propriété, qui devait symboliser le bonheur familial, est pourtant le lieu où va se jouer le drame dont aucun membre de la famille Carrera ne se relèvera tout à fait. En cet été 1981, celui de ses vingt-deux ans, se cristallisent les craintes et les espoirs de Marco qui devra affronter la perte d’un être cher et connaîtra un amour si absolu qu’il ne le quittera plus.
Grâce à une architecture romanesque remarquable qui procède de coïncidences en découvertes, Veronesi livre un roman ample et puissant qui happe le lecteur dans un monde plus vrai que nature où  la vie, toujours, triomphe.

"Un bref instant de splendeur" Ocean Vuong - éd Gallimard

Un bref instant de splendeur se présente sous la forme d'une lettre qu'un fils adresse à sa mère qui ne la lira jamais. Fille d'un soldat américain et d'une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux Etats-Unis. Elle est le pur produit d'une guerre oubliée. Son fils, dont la peau est trop claire pour un Vietnamien mais pas assez pour un Américain, entreprend de retracer leur histoire familiale : la schizophrénie de sa grand-mère traumatisée par les bombes ennemies au Vietnam, les poings durs de sa mère contre son corps d'enfant, son premier amour marqué d'un sceau funeste, sa découverte du désir, de son homosexualité et du pouvoir rédempteur de l'écriture. Ce premier roman, écrit dans une langue d'une beauté grandiose, explore avec une urgence et une grâce stupéfiantes les questions de race, de classe et de masculinité. Ocean Vuong signe une plongée dans les eaux troubles de la violence, du déracinement et de l'addiction, que la tendresse et la compassion viennent toujours adroitement contrebalancer. Un livre d'une justesse bouleversante sur la capacité des mots à panser les plaies ouvertes depuis des générations.

"Là où nous dansions" Judith Perrignon - éd Rivages

"Là où nous dansions" Judith Perrignon. Detroit, 2013. Ira, flic d’élite, contemple les ruines du Brewster Douglass Project où s’est déroulée son enfance. Tant d’espoirs et de talents avaient germé entre ces murs qu’on démolit. Tout n’est plus que silence sous un ciel où planent les rapaces. Il y a quelques jours, on y a découvert un corps, un de plus. Pour trouver les coupables, on peut traverser la rue ou remonter le cours de l’Histoire. Quand a débuté le démantèlement de la ville, l’abandon de ses habitants.

La prose puissante de Judith Perrignon croise ici les voix, les époques, les regards, l’histoire d’une ville combative, fière et musicale que le racisme et la violence économique ont brisée. 

 

 

"La maison des Hollandais" Ann Patchett - éd Actes Sud

"La maison des Hollandais" est le décor et le personnage principal du nouveau roman de l'auteure américaine Ann Patchett. La maison des VanHoebeek, nom du couple qui la fit construire et dont il reste quelques portraits sur les murs, est une demeure de conte de fées. Un père y élève ses deux enfants Maeve et Danny Conroy. Les nurses s'ocupent des petits, le père gère ses affaires jusqu'à l'arrivée d'Andréa qui devient la seconde épouse et la terrible marâtre qui n'aura de cesse d'éloigner les enfants de la demeure. Des années après la mort de leur père et la perte de la maison, Maeve et Danny rôdent toujours autour, évoquant le passé et leurs difficultés à construire leur propre vie. On retrouve dans ce roman les thèmes favoris d'Ann Pratchett, elle y interroge les infinies répercussions qu'une rencontre peut avoir dans la vie des autres et la déflagration d'un événement imprévu sur le reste de l'existence.

"On était des poissons" Nathalie Kuperman - éd Flammarion

"On était des poissons" de Nathalie Kuperman est un récit solaire et terrible. Il raconte une semaine de vacances au Lavandou, la mère a décidé de partir avant la fin de l'année scolaire avec sa fille. Cette dernière ne partage pas vraiment son enthousiasme. Agathe se laisse cependant emportée par sa joie, elle a onze ans, elle admire cette femme fantasque et elle est prête à la suivre partout même quand celle-ci se dérobe, fuit et parfois l'oublie sur une plage jusqu'à la nuit tombée. Cet amour sans condition devra évoluer et se transformer pour que l'enfant résiste aux dérives maternelles. Un récit puissant, troublant et magnifique où l'on se retrouve à hauteur d'enfant à partager peurs, colères, frustrations et amour débordant.  

 

 

"La vengeance m'appartient" Marie NDiaye - éd Gallimard

Quand un client survient pour lui confier une affaire dont rêveraient tous ses confrères de Bordeaux, Maître Suzanne vacille. Elle croit reconnaître cet homme qui vient la solliciter pour la défense de son épouse. Le réel du quotidien apparemment maîtrisé se dérobe, son regard change. Ses parents si aimants le sont-il réellement ? Que cache la femme qu'elle emploie chez elle ? Tout déraille sans grand fracas  vers une lente épouvante où toutes les peurs tapies dans l'ombre de l'histoire familiale et collective se réveillent. Marie NDiaye consolide ici son territoire romanesque. Ce roman s'impose comme l'un des plus intéressants de la rentrée. 

 

 

"Serge" Yasmina Reza - éd Flammarion

Yasmina Reza signe avec "Serge" une chronique familiale aigre douce, dans laquelle elle scrute les liens qui unissent les êtres à l'âge adulte. Au décès de leur mère, Jean (le narrateur), Serge et Anne décident de se rendre à Auschwitz. Voyage mémoriel, effectué sans grande conviction, déambulations entre perches de selfies, pavillons bondés, effets spéciaux douteux. La crise éclate, les personnages dérapent se renvoyant, dans une scène mémorable, leurs ressentiments réciproques. Une fois encore, la clairvoyance sans concession de Yasmina Reza fait mouche.

 

 

 

"Thésée, sa vie nouvelle" Camille de Toledo - éd Verdier

En 2012, Thésée quitte "la ville de l'Ouest" et part vers une vie nouvelle pour fuir le souvenir des siens. Il emporte trois cartons d'archives, laisse tout en vrac et s'embarque dans le dernier train de nuit vers l'Est avec ses enfants. Il va, croit-il, vers la lumière, vers une réinvention. Mais très vite, le passé le rattrape. Thésée s'effondre psychiquement et physiquement dès son arrivée à Berlin. Il n'arrive plus à contraindre son corps à le porter, et c'est son corps qui le contraint à l'immobilisme. Thésée s'obstine. Il refuse, en moderne (celui qui maîtrise sa vie et ses émotions), l'enquête à laquelle son corps le confronte. Il s'invective, se reproche de se laisser aller à des solutions faciles ou à des idées préconçues. Il répète qu'il est issu d'une famille où les hommes meurent, plus précisément se donnent la mort. C'est un chant de douleur qui s'impose et revient comme le fil conducteur de cette enigme familiale qu'il lui faudra résoudre pour envisager l'avenir. Cette enquête passionnante dans l'histoire familiale est agrémentée de photos dans lesquelles le narrateur traque les mensonges ou une éventuelle révélation. Au delà des qualités littéraires de ce texte rare, la composition ciselée et exigeante de cette recherche, met en lumière les mécanismes psychiques qui président au pouvoir occultant de ce que l'on appel le déni mais aussi et surtout, il explique toute la difficulté à voir clair dans les histoires qui nous ont précédés et qui entravent parfois encore le présent.

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