Focus sur l'écrivain Henry Bauchau

Henry Bauchau

Henry bauchau

C’est à l’issue d’une psychanalyse conduite avec Blanche Reverchon, une des premières traductrices de Freud et épouse du poète Pierre-Jean Jouve qu’Henry Bauchau comprendra que l’écriture est sa vraie voie. C’est une vocation tardive. Son premier livre est un recueil de poésie Géologie qui parait chez Gallimard en 1958. Né en 1913, il a 45 ans. Dès lors il écrira de nombreux ouvrages, récits, romans, poèmes, pièces de théâtre, livrets d’opéras, publications variées. Il a 98 ans lorsque parait son dernier récit L’enfant rieur en 2011, un an avant sa mort.

Devenu lui-même thérapeute, c’est inspiré par la psychanalyse qu’il va construire son oeuvre littéraire orientée vers la vie intérieure et les voix de l’inconscient. Il y mêle le mysticisme et la philosophie, sans s’éloigner de la foi chrétienne dans laquelle il a été élevé. Son style est caractéristique, simple, fluide, très descriptif, toujours empreint de poésie. Les arts, danse, chant, peinture, sculpture y tiennent toujours une place prépondérante.

Œdipe sur la route et Antigone

                               oedipe sur la route                              antigone sur la route

Dans ces deux romans, Henry BAUCHAU a procédé à une réécriture des mythes de l’antiquité grecque autour de l’histoire de Thèbes. Il ne faut certes pas s’étonner que le psychanalyste se soit intéressé à Œdipe.

Dans Œdipe sur la route, écrit entre août 84 et septembre 89, le récit débute lorsque le lien filial unissant Œdipe à Jocaste son épouse a été révélé. Elle s’est déjà suicidée et lui s’est crevé les yeux. Ses deux fils sont engagés dans une terrible bataille fratricide pour sa succession. Œdipe décide alors de quitter Thèbes et entreprend un long voyage à la fois expiatoire et initiatique. Antigone, sa très jeune fille l’accompagne. Le roman raconte, non sans connotation contemporaine, l’errance difficile, les rejets dont Œdipe est l’objet lorsqu’il est reconnu, la misère et l’absence de ressources obligeant Antigone à mendier. Le récit est à la fois poétique et haletant et le lecteur est envouté par l’histoire comme si il n’en connaissait pas la trame. Les descriptions sont délicates et lyriques. Les plus belles pages sont d’inspiration artistique : la sculpture réalisée par Œdipe sur la falaise face aux vagues, les danses et les chants qu’échangent Clios et Alcyon dans un élan d’amour impossible, le rouge flamboyant de la peinture de Clios, toujours la couleur, la lumière…

Antigone, écrit entre août 92 et juin 97, raconte l’histoire de celle-ci lorsque revenue à Thèbes après la mort d’Œdipe elle découvre l’horrible réalité de la rivalité fratricide et implacable qui oppose ses deux frères, les jumeaux Polynice et Etéocle entre lesquels elle ne veut pas prendre parti. L’Antigone de BAUCHAU est lumineuse, intrépide. Elle est aussi un personnage profondément humain qui soigne les pauvres, est à nouveau obligée de mendier, comme lorsqu’elle était sur la route avec Œdipe. La mendicité devient une activité noble, faite d’abnégation. La féminité d’Antigone est extrêmement présente dans le récit, opposée aux folies meurtrières des hommes. Elle crie non à la guerre : «.. c’est le non de toutes les femmes que je prononce, que je hurle…ce non vient de plus loin que moi, c’est la plainte ou l’appel qui vient des ténèbres et des plus audacieuses lumières de l’histoire des femmes.. .» Le non doit être hurlé : « … pas assez de sang, d’enfants tués de destructions et de folies sur la terre. Il faut que la chose grandisse encore, montre enfin au grand jour sa tête hideuse…il ne suffit pas que la chose soit vue il faut qu’elle soit parlée, plus haut, beaucoup plus haut, il faut qu’elle soit criée… ». Les descriptions artistiques permettent au lecteur de respirer entre deux épisodes dramatiques, en particulier les sculptures d’Antigone et de Main d’Or, la description de la grotte peinte par Clios, la beauté des chevaux d’Etéocle et Polynice.

La déchirure, Boulevard périphérique, L’enfant rieur

                  La dchirure Bauchau                               BD priphrique Bauchau                                lenfant rieur Bauchau

Ces trois ouvrages ont une importante base autobiographique. On y retrouve les événements, les lieux et les personnes qui ont marqué la vie d’Henry BAUCHAU. Il est intéressant de noter que plus de quarante se sont écoulés entre l’écriture du premier, La déchirure parue en 1966 et les deux autres Boulevard périphérique (2008) et L’enfant rieur (2011).

Au plan des événements, le plus important, bien qu’Henry BAUCHAU ne soit alors âgé que de 18 mois, est le souvenir des violents combats et incendies qui ont ravagé la ville de Louvain le 25 août 1914. Eloigné de sa mère, il doit fuir avec ses grands- parents dans des conditions dramatiques. Cette catastrophe laissera des séquelles chez l’enfant qui conjuguées à l’intransigeance du père et au conformisme de la famille constitueront ce qu’il appellera « la déchirure originaire ».

Au premier rang des personnes qui ont marqué la vie d’Henry BAUCHAU, il y a sa mère. Il n’est pas sûr d’en être profondément aimé tout. Il se culpabilise et croit ne pas s’être comporté vis-à-vis d’elle comme il aurait fallu. En effet c’est son frère aîné, qu’il dénomme Olivier qui savait toujours comment répondre aux aspirations non seulement de sa mère mais aussi du reste de la famille. Il est jaloux d’Olivier mais recherche en permanence sa compagnie et sa complicité dans les jeux. Il parle aussi d’une petite sœur dénommée Poupée. En fait il est bien le deuxième fils d’une famille de six enfants mais ne parle pas de ses autres frères et sœurs dans ses romans. La servante qui a toujours été présente et affectueuse pendant toute son enfance est un personnage si important dans la mémoire de BAUCHAU qu’on la retrouvera dans la plupart de ses romans et récits, sous le nom de Mérence, qui serait une contraction de Mère et Absence. Autre personnage structurant tous les récits et toutes les poésies, sa thérapeute, Blanche, surnommée La Sybille, une forme assise, silencieuse.

Les lieux de l’enfance toujours minutieusement décrits ont un côté magique : la maison chaude, celle de la famille maternelle, la maison froide, celle de la famille paternelle, l’escalier bleu qui sera le titre d’un de ses ouvrages de poésie. Le contexte est celui de l’occupation allemande, du chômage du père, de la pauvreté.

La déchirure décrit le face à face entre Henry BAUCHAU et sa mère moribonde pendant les sept jours d‘agonie de celle-ci. Le roman alterne le récit du présent et les souvenirs du passé. Au présent, ce face à face avec sa mère moribonde, le lien qu’il essaye de reconstruire bien qu’il n’ait jamais vraiment existé avec sa mère « présente comme jamais avant d’être absente comme jamais ». Les souvenirs sont pour la plupart d’ordre relationnel. Certains sont liés à l’enfance, l’incendie de la maison maternelle bien sûr, l’occupation allemande, le père et les grands-pères paternels, la tendresse de Mérence. La question se pose : a-t-elle vraiment existé ou est-elle inventée pour combler l’absence de sa mère ? C’est dans ce livre qu’il décrit la psychanalyse qu’il a conduite avec « La Sybille », la relation avec sa psychothérapeute, souvent difficile car elle est silencieuse. Elle ne formule pas l’aide dont il sent le besoin et à laquelle il estime qu’il aurait droit, parce qu’il paye… Réussit-il au moment de la mort de sa mère ce que l’analyse ne lui a pas permis ? La comprendre enfin et capter son amour? La déchirure, celle de l’enfance est cependant indélébile. Dès ce premier roman Henry BAUCHAU a trouvé son style, simple et précis dans ses descriptions, sachant captiver et susciter l’émotion.

L’enfant rieur est un récit, mais qui se lit comme un roman. Henry BAUCHAU y raconte les premières années de sa vie entre 1913 et 1940. C’est probablement parce qu’il était très âgé lorsqu’il l’a écrit (l’ouvrage est paru en 2011) qu’il a pu lui donner son titre, L’enfant rieur, alors qu’il a plutôt été un enfant timide, inquiet et insatisfait. On retrouve le jeune enfant toujours envieux d’Olivier l’ainé, la relation des enfants avec leur père, celui qui leur lit des histoires, alors que la mère est absente ou presque du récit. On découvre l’adolescent et l’homme jeune, ses études dans des établissements et une université catholique, les études de droit, les premières relations amoureuses, la paternité précoce, les difficultés matérielles qui en résultent, puis le coup de foudre, le grand amour, le tout inscrit dans le contexte très présent du récit de la guerre puisqu’il est mobilisé dans l’armée royale belge, envoyé au front puis obligé de capituler, lors de la campagne des dix-huit jours, ce qui le trouble profondément. « L’enfant rieur a vu son rire constamment troublé par la dure réalité de la guerre.. ». La sensibilité artistique de BAUCHAU lui inspire de très belles descriptions des lieux de son enfance: « Je pense à la glycine de Blémont, à ses larmes entre le bleu et le mauve et le mauve que faisait ressortir le crépi beige des écuries. »

Boulevard périphérique, signé à Louveciennes en juillet 2007, a obtenu le prix du livre Inter en 2008. . C’est encore un roman où se mêlent une description du présent et des réminiscences du passé, le lien étant des situations souvent dramatiques anxiogènes. Le présent, c’est l’hospitalisation de sa belle-fille atteinte d’un cancer, à laquelle il rend visite tous les jours, ce qui implique un long trajet en RER ou en voiture, en empruntant le boulevard périphérique, sur lequel il égrène les portes, comme les stations du chemin de croix. C’est l’hôpital, les soignants, les relations avec son fils . C’est aussi le sentiment qu’il vieillit. Le passé c’est le souvenir de Stéphane, son ami de jeunesse qui l’a initié à l’escalade, Stéphane qui est entré dans la résistance, capturé par le colonel Shadow, un officier nazi, que BAUCHAU retrouvera quelques années plus tard, dans un face à face d’une grande violence psychologique. Il cherche à comprendre comment son ami est mort. L’admiration pour son ami est teintée d’amertume par rapport à ce qui lui semble son manque chronique de courage, d’initiative, subissant continuellement le poids des contraintes matérielles, toujours à court d’argent hier et encore aujourd’hui, à 94 ans.

L’enfant bleu est écrit entre 1999 et 2004

                            lionel et lenfant bleu Bauchau                                         lenfant bleu bauchau

La narratrice est une femme psychothérapeute, Véronique, qui en arrivant travailler dans un hôpital de jour est conduite à prendre en charge Orion, adolescent psychotique sujet à de très fortes crises de violence au cours desquelles, il casse meuble, matériel, vitres et même la mord. Dans ce roman, elle raconte la relation, les échanges, les aventures qu’elle va avoir avec Orion pendant une quinzaine d’année. Au plan psychanalytique le livre permet de voir comment s’est effectué, de façon souvent douloureuse, mais avec d’immenses joies, le transfert, et même le contre-transfert car, si Orion a besoin de Véronique, celle-ci a besoin d’Orion, marquée par la mort in utero lors d’un accident de voiture de l’enfant qu’elle portait et aussi par l’idée qu’elle-même a peut- être été à sa naissance la cause de la mort de sa mère à sa naissance. Le style est rapide, direct, le langage attribué à Orion est imagé. Orion ne parle jamais de lui à la première personne. Il dit « On ne sait pas…On peut pas faire ça…On aime beaucoup…On doit partir… » Il invente des mots «… bouillonnise et bazardifie dans la tête…devenir un débilancolique… » Il raconte le démon de paris qui le persécute de ses terribles rayons qui viennent « bouleversifier » sa pensée. Dans dix-sept « dictées d’angoisses » Orion exprime ses sentiments. Mais surtout le livre raconte comment Véronique a décelé chez Orion des dons artistiques, lui a permis de devenir un véritable artiste peintre sculpteur, reconnu dans diverses expositions et primé, dans une démarche d’art-thérapie qui évolue tout au long du livre. Le handicap persiste mais Orion arrive à la maîtriser la plupart du temps et il existe en tant que personne.

Dans ce livre il est évident que BAUCHAU s’appuie sur sa propre expérience de psychothérapeute en 1973 au centre de la Grange-Batelière où il prenait en charge des enfants en difficulté. En réalité Orion s’appelait Lionel qui, encouragé par Henri BAUCHAU, exprime, comme Orion, ses peurs par le dessin, labyrinthes, monstres, iles de paradis, minotaure. Les œuvres de Lionel ont été exposées en 2012 à l’Université catholique de Lille, 80 œuvres et aussi des sculptures et des labyrinthes au musée de Villeneuve d’Asq dans la section art brut. Un livre catalogue signé Anouck Cape et Christophe Boulanger, intitulé Lionel L‘enfant bleu est paru aux éditions Actes sud beaux-arts en 2012. On y trouve la reproduction des transcriptions manuscrites par Henry BAUCHAU des dictées d’angoisse et beaucoup d’autres textes signés par Lionel.

La librairie d'Odessa remercie M. Mézard, grande lectrice de H. Bauchau, pour la rédaction de cet article. 

Focus sur l'écrivain : Valentine Goby

Voilà quelques années que Valentine Goby se consacre à des sujets difficiles, souvent vus et revus par les historiens, mais pour lesquels elle trouve toujours un angle d'attaque très personnel qui permet d'approcher ce que ses personnages ressentent au plus profond d'eux mêmes. C'est une écriture incarnée, précise, dérangeante car elle nous fait toucher à des blessures profondes et inaltérables.

                                          celui qui touche                        Lchappe

Dans « L'échappée », qui se déroule aussi durant la seconde guerre mondiale, Valentine Goby décrit l'humiliation des femmes pourchassées à la libération pour leurs amours interdites.
« Qui touche à mon corps, je le tue » est un roman sur l'avortement dans les années 40. «Banquises » aborde le thème du deuil impossible quand disparaît, sans laisser de trace, un proche. Valentine Goby s'engage toujours à rechercher dans le vécu intime où se nichent réellement les coups portés par l'adversaire.
Depuis 2002, Valentine Goby compose simultanément une oeuvre importante pour la jeunesse. 

 

                                                                             kinderzimmer

« Kinderzimmer » est un grand roman d'apprentissage et d'éveil à la condition humaine. Valentine Goby dit dans un entretien :« ces femmes entreprennent le travail de la vie pour ne pas mourir avant la mort ».

Depuis plus de trente ans, Suzanne Langlois, se rend dans les lycées et raconte son histoire, les faits, les dates en commençant toujours son récit par « nous marchons jusqu'au camp de Ravensbrück ».
Un jour une élève l'interpelle et lui demande comment elle savait que le camp était celui de Ravensbrück. Le trouble la saisit et elle réalise qu'elle ne savait rien, car l'histoire alors n'avait pas été écrite. C'est de cette totale ignorance que Valentine Goby s'empare pour raconter l'histoire de Suzanne Langlois, renommée Mila, et qui arriva enceinte, au printemps 1944, dans un camp de travail pour déportées politiques. En toute fin du roman, il y a cette phrase qui cerne la mission dont s'est investie Valentine Goby : « Il faut des historiens, pour rendre compte des événements, des témoins imparfaits qui déclinent l'expérience singulière, des romanciers pour réinventer ce qui a disparu à jamais, l'instant présent ».

Valentine Goby s'applique à rendre présent le passé, elle revient au point de départ, l'arrestation, le camp de transit et l'arrivée en Allemagne où tout commence mais où rien n'est reconnaissable parce qu' il n'y a plus de repères possibles et que tout doit être réinventé pour survivre : apprendre à se blottir auprès de l'autre sur la paillasse pour se réchauffer, éviter de respirer dehors quand il fait trop froid... elle re-part de zéro, à une époque d'avant le langage car il faut apprendre la langue du camp et elle doit interroger en permanence son corps pour survivre.
Le récit est au présent afin de ne pas devancer son personnage qui avance dans le tunnel de la mort mais qui grâce à un pari fou « Le chien n'a pas mordu » ne succombera pas à la tentation d'en finir plus tôt comme d'autres prisonnières. Et c'est aussi là, la grande maîtrise de ce roman qui ne tombe jamais dans « l'angélisme » ou le « pathos » mais où s'incarnent, de façon très subtile, ce que certains appelleraient des signes du destin ou d'autres une énergie vitale, des événements qui auraient pu mal tournés mais qui permettent de survivre pour alimenter cette résistance au jour le jour.
Comment expliquer cet élan de vie alors que ces femmes traversent les ténèbres et s'acheminent en toute conscience vers la mort. Elles semblent prendre la vie comme un devoir ou un don qu'il faut honorer et elles retissent chaque jour le fil de leurs très faibles existences par petites touches en se donnant des missions héroïques : trouver les moyens d'alimenter les nourrissons en leur trouvant des mères de substitution quand le lait se tarit... alors que l'âge moyen de survie dans la kinderzimmer n'excède pas trois mois. Ces quelques heures de plus ravies à la mort leur redonnent cette dignité perdue et anéantie par la loi du camp, c'est aussi une résistance à l'ennemi alors que même au plus proche de la fin du conflit, elles ne pensent pas survivre.

Valentine Goby a rencontré les descendants de quelques survivantes de Ravensbrück, ce livre s'inspire d'histoires vécues. Elle ne met pas de côté l'après. La sortie du camp et le long chemin du retour durant lequel il faudra continuer à tenir la mort à distance, la vie qui reprend à Paris pour Suzanne Langlois, la confrontation avec sa famille qui s'interroge sur les origines de l'enfant qu'elle ramène avec elle. Elle taira comme tant d'autres l'inénarrable et l'indicible. Elle portera comme l'héroïne de « L'échappée » les stigmates de cette expérience humaine du rien et de la chute.

 

Focus sur Marguerite Audoux

Lire et relire Marguerite Audoux : " Marie Claire " et  "l'atelier de Marie-Claire"


Ces deux romans retracent l'itinéraire d'une femme d'exception, écrivain et couturière, qui vécut entre le boulevard Raspail et le Boulevard du Montparnasse, rue Léopold Robert, entre 1910 et 1937

Elle reçut en 1910, pour son premier roman « Marie-Claire », le prix Femina.

« L'atelier de Marie-Claire », publié en 1920, raconte la vie d'une ouvrière Marie-Claire dans le quartier Montparnasse au début du XXème siècle. C'est un témoignage exceptionnel sur la vie des ouvrières dans les ateliers de couture à Paris et dans notre quartier en particulier.

« Certains textes ont le pouvoir de vivre et de toucher bien au delà de leur époque » ceux de Marguerite Audoux sont de ceux là.

 

                                                                                                livre MA

 

La vie de Marguerite Audoux se confond avec son oeuvre :


Marguerite Audoux naît à Sancoins dans le Berry en 1863. Après le décès de sa mère et le départ de son père, elle est placée dans un orphelinat religieux à Bourges jusqu'à l'âge de 13 ans.

M. Audoux évoque dans « Marie-Claire » ses années d'internat, où elle est exposée à la mesquinerie, la jalousie mais aussi à la bienveillance des soeurs. A 14 ans, elle est louée à un fermier du Cher pour garder ses troupeaux. Elle raconte ses débuts à la campagne, ses peurs d'enfant qui ignore tout de la vie rurale dans une ferme complètement isolée sans aucune distraction, hormis un vieil almanach qui deviendra son principal livre de chevet. Elle vit dans un dénuement total mais développe une sensibilité rare pour la nature, dont elle saura, plus tard, en écrivant sur ses cahiers, restituer la beauté. Elle possède aussi une forte intuition des êtres qu'elle croise et qu'elle sait décrire dans toute leur complexité. Ces talents d'observatrice conjugués au travail acharné et laborieux d'écriture qu'elle entreprend seule, malgré très peu de lectures, lui permettent de rédiger ces souvenirs d'enfance, de cette manière si personnelle. Certains auteurs citerons, Marcel Proust notamment, le cas Marguerite Audoux. Car on ne cesse de s'interroger sur le mystère de cet(te) écrivain qui construisit une oeuvre si riche et si originale.
Au début du siècle, elle a une quarantaine d'années, elle vit à Montparnasse. Elle rencontre un jeune employé des postes Michel Yell et son ami Charles-Louis Philippe (futur auteur du « Bubu de Montparnasse »). Ils veulent devenir écrivains et fréquentent des cercles littéraires où ils croisent Léon-Paul Fargues, Valéry Larbaud, Alain Fournier... Ce petit groupe accueille Marguerite Audoux. Quand ces jeunes auteurs découvrent les carnets qu'elle tient depuis de nombreuses années et qu'elle rédigeait « pour tromper l'ennui » dit-elle, ils pensent être en présence d'une oeuvre majeure qui ne demande qu'à être retravailler. Ce travail de réécriture et d'ajustement lui prendra quelques années, elle continue son métier de couturière et souffre d'une cécité partielle. Mais en 1910 le roman « Marie Claire » est lu par Octave Mirbeau, il l'impose en feuilleton à « La grande revue » et c'est Jean Giraudoux qui en écrira la préface pour la revue. Octave Mirbeau fait publié le texte intégral chez Fasquelle. Il se bat pour lui faire obtenir le prix Goncourt. Elle obtiendra le prix « Fémina vie heureuse ». 75 000 exemplaires seront vendus cette même année et les droits de traduction acquis par 7 pays.
Elle met dix ans à écrire son second roman « L'atelier de Marie-Claire » qui paraît en 1920. Le récit s'ouvre sur l'atelier où Marie-Claire / Marguerite Audoux travaille, avenue du Maine. Elle y décrit la vie d'un groupe d'une dizaine de couturières qui vivent dans le quartier. Elles logent au 6 ème étage dans des chambres sans chauffage, ni cuisine, ni sanitaire. Quand l'atelier de couture ne peut plus leur procurer suffisamment de travail durant la morte saison, elles vont à l'usine. Certaines sont emportées très jeunes par des maladies mal soignées. Cependant la force vitale qui anime ces jeunes femmes transforme parfois cette vie de labeur en une existence parfois joyeuse et lumineuse où la danse et le chant tiennent une grande place. On voit émerger dans ce roman toute une époque avec l'avènement du travail à façon, les modes changeantes, le goût du luxe qui touche toute la bourgeoisie parisienne.
C'est un témoignage exceptionnel sur la vie du quartier Montparnasse, dans les milieux ouvriers au tout début du Xxème siècle.
Ces ouvrières, qui habillent toutes ces femmes du monde ont de l'or au bout de leurs doigts. Certaines scènes de travail à l'atelier font penser à d'autres qui pourraient avoir lieu aujourd'hui dans des maisons de haute couture. Serge Lagerfeld contribua activement à la pose de la plaque perpétuant le souvenir de Marguerite Audoux au 10 rue de la rue Léopold Robert en 1998. Il rendit ainsi l'hommage de la profession à la couturière Marguerite Audoux.

 

Marguerite Audoux et ses contemporains

Octave Mirbeau préfaça le roman « Marie-Claire » lors de sa parution aux éditions Fasquelle en 1910. Voici quelques extraits tirés de l'éloge qu'il rend à l'auteur et qui révèlent plus encore les qualités de cette oeuvre.

« Marie-Claire est une oeuvre d'un grand goût. Sa simplicité, sa vérité, son élégance d'esprit, sa profondeur, sa nouveauté sont impressionnantes. Tout y est à sa place, les choses, les paysages, les gens. Ils sont marqués, dessinés d'un trait, du trait qu'il faut pour les rendre vivants et inoubliables...et l'on sent bien passer la phrase des grands écrivains : un son que nous n'entendons plus, presque jamais plus, et où notre esprit s'émerveille. »
« Pas de sordide comme chez Zola ou d'hyper-réalisme. C'est la vie qui est décrite, une vie vécue et non imaginée par les écrivains bourgeois qui s'étaient au 19ème siècle penchés sur le sort des petites gens des villes et des campagnes. »
« Chez l'auteur de Marie-Claire, le goût de la littérature n'est pas distinct de la curiosité supérieure de la vie, et ce qu'elle s'amusa à noter, ce fut, tout simplement, le spectacle de la vie quotidienne, mais encore plus ce qu'elle imaginait, ce qu'elle imaginait de l'existence des gens rencontrés. Déjà, ses dons d'intuition égalaient ses facultés d'observation. »
« C'est ce sens inné de la langue qui lui permet non pas d'écrire comme une somnambule, mais de travailler sa phrase, de l'équilibrer, de la simplifier, en vue d'un rythme dont elle n'a pas appris à connaître les lois mais dont elle a dans son sûr génie, une merveilleuse et mystérieuse conscience »
« Elle est douée d'imagination, mais entendons-nous, d'une imagination noble, ardente et magnifique, qui n'est pas celle des jeunes femmes qui rêvent et des romanciers qui combinent. Elle n'est ni à côté ni au delà de la vie ; elle semble seulement prolonger les faits observés, et les rendre plus clairs. Si j'étais critique, ou, Dieu ne plaise, psychologue, j'appellerais cette imagination une imagination déductive. »
« Lisez Marie-Claire... et quand vous l'aurez le, sans vouloir blesser personne, vous vous demanderez quel est parmi nos écrivains.... celui qui eût pu écrire un tel livre, avec cette mesure impeccable, cette pureté et cette grandeur rayonnantes »

Focus sur l'écrivain : Raymond Carver

"Ciseaux", troisième roman de Stéphane Michaka, paru au mois d'octobre 2012 chez Fayard, est une mise en scène épistolaire unissant les destins et les états d'âme de Raymond, écrivain rongé par l'alcool et par une vie écrasante, de sa femme Maryann, d'un certain Douglas, éditeur intéressé par le travail du premier, et de Joanne, une poétesse en devenir.


Ce récit ne se révèlerait que « passionnant » si on ne s'en tenait qu'à sa dimension littéraire, mais le fait qu'il soit inspiré en partie par la vie de Raymond Carver et de personnes ayant gravités autour du novelliste donne également une dimension documentaire à ce livre, ce qui est l'occasion pour nous de nous (ré)intéresser aux écrits de celui qui fut nommé par certains journalistes, à la fin de sa vie, le « Tchékhov » américain.


Raymond Carver, né en 1938, ne fut, jusqu'à la fin des années 1970, qu'un écrivain au succès confidentiel, surtout connu pour la publication de nouvelles dans la revue Esquire, ainsi que pour celle d'un recueil, intitulé "Tais-toi, je t'en prie". Pourtant, la parution en 1981 de "Parlez-moi d'amour" aux États-Unis va radicalement changer la donne : il va ainsi passer, en l'espace de quelques mois, du statut de quasi-anonyme à celui de superstar des lettres américaines. Il est recouvert de prix, occupe des postes honorifiques à la faculté, et exercera une grande influence sur une génération entière d'écrivains ( Richard Ford et Jay Mcinerney par exemple). La « victoire » a pourtant un goût amer pour Carver : les nouvelles qui lui ont apporté la reconnaissance ne sont pas tout à fait les siennes. Le novelliste a certes officié à l'écriture, mais c'est Gordon Lish (le fameux « Ciseaux » du roman de Michaka), éditeur de son état qui, voyant en cet écrivain de l'ombre un diamant littéraire « brut », va se charger de donner à ses histoires des contours qui en font presque tout autant son œuvre que celle de Carver. Le travail éditorial de L'olivier, via la parution de "Débutants", manuscrit original - inédit à ce jour - de "Parlez-moi d'amour", permet de rendre compte au lecteur des différences notoires entre le Carver « brut » et le Carver « sous contrôle Gordon Lish ». Ainsi, des nouvelles se sont vues amputer jusqu'aux trois-quarts,des titres ont été modifiés, ainsi que certaines chutes. L'éditeur Lish coupait dans les phrases de Carver, y chassant toute trace de sentimentalisme, recherchant une écriture plus sobre, moins ronde, comme désaffectée. Si le procédé se discute ( à ce propos, lire la lettre de protestation qu'adressa l'écrivain à son éditeur dans le recueil Débutants), force est de reconnaître que le travail de Gordon Lish a contribué à donner cette justesse si particulière au nouveau maître de la nouvelle américaine.
Dans les années qui suivirent, l'écrivain, grâce à la reconnaissance dont il jouit, possèdera le final cut sur ses parutions, notamment pour "Les Vitamines du bonheur", son chef d'œuvre paru en 1983. Une véritable ode à la nouvelle en même temps qu'un jallon l'emmenant vers d'autre cieux, ou l'art et la manière façon Carver de vous bouleverser avec une somme de détails et de vies apparemment sans histoires.
A signaler que les éditions de L'olivier ont entrepris, depuis 2010, l'édition ou la réédition en français de l'œuvre de Raymond Carver. agrémentée de documents inédits.


Parution en collection Points, aux éditions du Seuil, à partir de fin Février 2013.

 

Focus sur l'écrivain : Marie-Hélène Lafon

En septembre et octobre 2012, nous découvrions deux nouveaux écrits de Marie Hélène Lafon : « Les pays » et « Album » publiés, comme l'ensemble de son œuvre, par les éditions Buchet-Chastel.

"Ecrire des livres... ça sépare, ça échappe. Je suis dans cette échappée, cette séparation du lieu d'origine sociale et culturelle. Par ce fait même, je suis à distance, je reste à distance aussi du milieu d'accueil, dirais-je, celui dans lequel je passe ma vie, ici et maintenant ; c'est l'apanage des transfuges sociaux, d'où qu'ils viennent. C'est ce que j'appelle être à la lisière, entre deux mondes, en tension entre deux pôles, tension féconde et constitutive, je le crois, de l'écriture"propos recueillis dans une interview donnée par Marie-Hélène Lafon.

Les pays Album

"Les Pays" : Fille de paysans du Massif Central, Claire sait depuis toujours qu'elle ne suivra pas le chemin de ses parents. Enfant studieuse, appliquée et opiniâtre, elle rentre à la Sorbonne en lettres classiques et s'engage dans des études difficiles en étudiant le latin et le grec dans l'espoir de devenir professeur. Ce récit, écrit dans une langue rare, retrace la vie d'une jeune femme qui vient s'installer à Paris où, pour elle, tout est découverte : manière de voir, manière de penser et de se comporter. Ses origines se rappelleront parfois à elle,par un parfum au détour d'un square... elle n'éprouvera ni nostalgie, ni embarras, ce « pays » lointain, cet autre monde est sa force et sa liberté.

On emploie peu ou pas cette expression « les pays » ou « le pays » à Paris. C'est un signe de reconnaissance entre citoyens d'une même contrée. Il dit l'origine et évoque sans beaucoup de mots un patrimoine et une culture communes. Il suppose aussi la force de l'ancrage et la distance avec ceux qui ne connaissent pas ce « pays », telle une terre étrangère hors des frontières hexagonales. Marie-Hélène Lafon dit, dans une langue magnifique, comment se portent et s'assument, avec plus ou moins de bonheur selon les individus, les origines. Pour Claire, le choix du départ s'est fait très tôt. Ses goûts littéraires l'ont portée loin du « pays », elle le sert divinement en le racontant. 

"Album" est un abécédaire à ma façon qui commence par "Arbre" et fini par "Vaches". Vingt-six textes qui constituent un inventaire de ce qui évoquent "les pays" : la brume, les bottes, les chiens... "Né dans la grange, sous les engins remisés, choisi ou noyé, miraculé, survivant, le chien rural est philosophe cynique impertinent tendance dissimulé". Un pêle-mêle hétéroclite drôle et sensible, servi par une écriture très personnelle, lyrique, crue et surprenante.  

les derniers indiens lannonce le soir du chien

Chroniqueuse infatigable des « Pays », Marie-Hélène Lafon raconte, dans ses récits précédents, « Les derniers indiens » - « L'annonce » - « Le soir du chien », toute l'âpreté de ce monde. Dans ce pays montagneux où l'habitat est dispersé, la circulation difficile durant le long hiver, les traditions font loi et il n'est pas facile de résister au climat et au tempérament ombrageux de ses habitants. Dans ces contrées le corps est sans cesse sollicité, les gestes précis, les paroles rares et toujours utiles. Les nouvelles générations se heurtent aux regards réprobateurs des anciens, certains désertent ou lâchent prise. Marie-Hélène Lafon donne corps à une galerie de personnages qui illustre avec une précision et une subtilité remarquables la difficulté de vivre et de se réaliser au « pays ». Dans cette œuvre construite à plusieurs voix, les récits se croisent, les personnages se racontent, regardés les uns par les autres. C'est une oeuvre romanesque exceptionnelle que nous vous invitons à découvrir sans plus tarder.

Édités initialement chez Buchet-Chastel, ces romans sont aujourd'hui en format de poche.
« Le soir du chien » publié en 2001 a été couronné par le prix « Renaudot des lycéens ». 

 

Dans « Les derniers indiens » paru en 2008, Jean et Marie Santoire, le frère et la sœur, sont les derniers descendants d'une famille qui a refusé de sortir de la tradition. Agés, célibataires, taiseux, ils contemplent de leur fenêtre, comme sur un écran de cinéma, la vie qui se construit sans eux et qu'incarne la famille qui a élu domicile de l'autre côté de la route. Ils respecteront jusqu'à la fin de leur vie, les valeurs transmises par leurs parents, ils n'adhéreront jamais au nouveau monde même s'ils savent que ce renoncement les condamne à une forme de non-existence et à l'extinction de leur nom. Beaucoup de choses se lisent entre les lignes, la peur de vivre autrement, le poids de l'autorité familiale, l'isolement, le refus du mélange social et culturel qui condamnent les peuples des « pays »à l'asphyxie.

« L'annonce » Paul a rendez-vous avec Annette à Nevers, ils ne se connaissent pas encore, ils ont décidé de faire la moitié de la route entre Fidières, en Auvergne et Bailleul, dans le nord de la France. Paul a quarante-six ans et vit avec sa soeur et ses oncles dans la ferme familiale. Il a décidé qu'il ne resterait pas célibataire. Il sait que la tribu n'accueillera pas sa future épouse. De son côté Annette est mère d'un garçon de 10 ans. Après un mariage douloureux, elle espère recommencer une autre vie, loin du chaos. Annette ne sera pas épargnée par les sarcasmes et les mesquineries de la soeur aînée, elle devra apprendre. Elle découvrira aussi une autre communauté de femmes, les épouses des agriculteurs qui se sont, elles aussi, mises au travail, loin de chez elles et qui portent un regard très intéressant sur la condition de vie des femmes dans ces familles.


« Le soir du chien » Marlène a dix-huit ans, elle a grandi en Normandie dans le commerce de ses grands-parents. Elle a rejoint Laurent en Auvergne. Le couple fait sensation, leur union est parfaite. Ils habitent une maison isolée. Marlène se promène et lit. Deux activités parfaitement incongrues dans un pays de labeur où les hommes et les femmes ne connaissent pas l'oisiveté. Laurent accompagne Marlène au bibliobus, scène tout à fait inédite dans le village car les hommes n'accompagnent pas les femmes, les hommes ne partagent pas les plaisirs des femmes. Les personnes malveillantes attendent l'accroc, le drame, sans trop pouvoir imaginer, ce qui pourrait apporter de l'ombre à ce tableau. Un soir tout bascule, c'est le soir du chien... Marie-Hélène Lafon raconte avec une incroyable habileté l'installation de ce couple regardé par tout le canton, leur liberté indifférente et gaie dans ce paysage figé. Et puis elle parle aussi de désirs irrépressibles, de la perte et de l'abandon, qui ramènent à l'état primitif. Rappelons que ce roman a été couronné en 2001 par le prix Renaudot des lycéens.

 

Focus sur l'écrivain : Pascal Garnier

Son dernier roman, "Cartons", paraissait en février 2012 chez son éditeur Zulma. Pascal Garnier, écrivain de romans sombres, courts et cisélés, est décédé le 5 mars 2010, à l'âge de 61 ans. Il disait : « la poésie : ce sont deux mots qui se rencontrent pour la première fois. J'aime le choc de deux mots qui créent une image, un sentiment, une sensation physique... ». Il laisse derrière lui une oeuvre considérable que nous aimons énormément et que nous vous invitons à découvrir.

                       

Nouvelles L'année sabbatique -1986, P.O.L. / Surclassement 1987, P.O.L. / Cas de figures 1990, Syros
 / T'avais qu'à pas vieillir 1997, Le Verger

 Romans / Le pain de la veille 1989, L'Entreligne / La solution esquimau 1996, Fleuve Noir / La place du mort 1997, Fleuve Noir / Les insulaires 1998, Fleuve Noir / Trop près du bord 1999, Fleuve Noir / 
L'A 26 1999, Zulma / Nul n'est à l'abri du succès 2000, Zulma / Chambre12 2000, Flammarion / 
Vue imprenable sur l'autre 2002, Zulma / Nuisibles 2002, Flammarion / Les Hauts du Bas 2003, Zulma
 /Parenthèse 2004, Plon /Flux 2005, Zulma / Comment va la douleur ? 2006, Zulma / La Théorie du panda 2008, Zulma / Lune captive dans un œil mort 2009, Zulma / Le Grand Loin 2010 Zulma / Cartons 2012 Zulma


Pascal Garnier aime les personnages modestes, ceux qu'on croise au café du coin. Ses héros sont plutôt des cabossés de l'existence, basculant parfois dans le crime ou dérapant dans la folie.


En 1986, il écrivait son premier livre, « L'Année sabbatique », un recueil de nouvelles paru chez P.O.L. Il se lançait parallèlement dans le roman pour la jeunesse et continua longtemps à aller de l'un à l'autre, selon ses envies, ses inspirations. En janvier 2010 paraissait Le Grand Loin, chez Zulma : le road movie d'un père retraité et de sa fille un peu braque, qui s'achevait du côté d'Agen au fond d'un camping-car miteux. Dans « Lune captive dans un œil mort », paru en 2009, Pascal Garnier mettait le cap au sud, dans une résidence ultra-surveillée pour retraités bien propres. Ce paradis des seniors tournait vite à l'enfer, celui de l'ennui et de la solitude. 


Obsédé par l'enfermement, écorché vif, passant de l'ironie à l'émotion, Pascal Garnier est un grand styliste. En mai 2010, son éditeur Zulma, a réédité trois romans sous le titre « Les Insulaires et autres romans noirs ». Trois textes courts, serrés, imaginés par cet écrivain des âmes perdues.


Nous vous invitons à lire un entretien réalisé par Serge Cabrol disponible sur le site "Encres vagabondes".

Prochainement

Mercredi 20 septembre, Valentine Goby nous présentera : 

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Valentine Goby est romancière. Passionnée d'histoire contemporaine, elle sait redonner vie à celles et ceux qui ont vécu dans leur chair ces heures sombres. Elle a su parler de Ravensbruck, dans "Kinderzimmer", comme si elle avait vécu le martyre réservé à ces prisonnières. Aujourd'hui c'est de Charlotte Delbo dont il s'agit. Amoureuse, déportée, résistante, poète, elle invente une écriture radicale, puissante, suggestive pour continuer à vivre après Auschwitz, envers et contre tout. Lorsque Valentine Goby la découvre éblouie et plonge dans son oeuvre, elle décide de comprendre qui fut cette femme et de nous faire partager la puissance de ses textes.

Ce livre est un manifeste vibrant qui rend hommage au pouvoir des mots et de la langue. Valentine Goby nous parlera de tout ce qui l'attache à Charlotte Delbo en lisant des passages de son livre. Les oeuvres de Charlotte Delbo seront très présentes lors de cette soirée.

 Si vous souhaitez participer à cette rencontre, laissez-nous un message sur la boîte mail de la librairie ou appeler le 01 43 20 31 96.

 

 

 

 

 

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