"Le coeur du pélican" Cécile Coulon - éd Viviane Hamy

 

Dans le poème de Musset "La nuit de mai" le pélican, qui a fouillé les océans en vain pour nourrir sa nichée, se déchire la poitrine avec son bec et le donne à manger à ses petits, il se sacrifie pour que d'autres survivent. Ce n'est pas exactement le cas d'Anthime, le jeune héros du dernier roman de Cécile Coulon. Comme le pélican, l'animal emblématique qui orne ses vêtements de sport, il ressent le besoin de "s'arracher le coeur" pour l'offrir à son public quand il court sur les stades de sa ville. Il court à s'arracher le coeur pour exister aux yeux des autres et en particulier devant Béatrice dont il est amoureux. Sa notoriété grandit et il devient champion régional et national jusqu'au jour de la chute qui l'éloigne à jamais des podiums et annule tous ses projets. Vingt ans après on le retrouve dans le même village, il végète dans une vie de couple qui ne le satisfait pas, il a pris 20 kilos, il rumine ses rêves d'antan quand la mort de son ancien coach le réveille et le ramène à la vie : il décide de reprendre l'entraînement pour traverser le pays en courant. Roman de la chute et du retour, Anthime le pélican est un héros de tragédie. Cette errance pesante traduite par un style asphyxiant en fait aussi un contemporain proche, écrasé par la vie mais qui tentera de remettre en jeu son destin.

 

"Une fille" Juliette Kahane - éd de l'Olivier

 

« Une fille », enfant elle grandit entre sa mère et sa grand-mère, entre désordre et mélancolie, dans un véritable capharnaüm : « le monde dingue, le monde enfermé de la maison des femmes ». Quand surgit le père, un Don Juan anarchiste et flambeur, tout est possible et complètement terrifiant. Elle sait du haut ses treize ans, ce qui plaira ou déplaira à son père et elle s'évertue à lui faire honneur. Il l'attend certains soirs dans la rue, au volant d'une voiture de sport, et l'emmène rue Saint-Séverin, dans une boite qu'il a achetée « La grande Séverine ». Ce père se nomme Maurice Girodias, il est le fondateur des éditions du Chêne (1941) et des éditions Olympia Press (1955). Il a publié Lolita de Vladimir Nabokov, les oeuvres de Henry Miller, Samuel Beckett, Georges Bataille, Jean Genet, et des romans pornographiques qui lui ont valu plusieurs procès. Pour certains, il représente un héros de la lutte contre la censure, pour d'autres, un aventurier sans scrupules.

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"Americanah" Chimamanda Ngozi Adichie - éd Gallimard

Chimamanda Ngozi Adichie examine, avec un humour caustique la question de la race et du racisme aux Etats-Unis. Sa narratrice Ifemelu, native du Nigéria, s'installe aux Etats-Unis pour poursuivre ses études. Assez rapidement elle crée un blog afin de partager ses interrogations sur les manières de vivre, de penser et de se comporter dans ce pays. Véritable centre d'observation sociologique, ce blog s'intitule « Observations diverses sur les Noirs américains par une Noire non-américaine ». Le blog devient rapidement une référence, ce qui permet à Ifemelu d'en vivre très correctement.

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"Joseph" Marie-Hélène Lafon - éd Buchet Chastel

 Dans Joseph MH Lafon fait avec pudeur, sans pathos, sans mélancolie ni effets dramatiques mais avec empathie et une certaine tendresse le portrait d'un ouvrier agricole. Elle décrit une paysannerie actuelle qui semble appartenir au passé. L'écriture est à la fois brutale et poétique, simple, épurée, précise. Un bijou !

Catherine G. / club de lecture/ sept. 2014

 

"Meursault contre-enquête" Kamel Daoud - éd Actes Sud

 

Pirouette littéraire de grande envergure, ce roman inclassable et déjà très remarqué, depuis sa sortie en juin, s'impose de toute sa force et son audace. Haroun est le frère de « l'Arabe » tué par Meursault dans « L'étranger » de A. Camus. Kamel Daoud, invente une suite à ce roman qui prit le parti d'ignorer l'identité de la victime abattue par Meursault. De ce meurtre qui servit amplement le propos de Camus ne demeure qu'un cadavre sans nom, abandonné sur une plage trop ensoleillée. K. Daoud imagine un avant et un après le décès de ce jeune algérien qu'il nomme Moussa, il lui invente une famille qui aura dû composer avec le destin tragique de ce héros. L'auteur nous plonge dans un vertige littéraire où des personnages de pure fiction s'incarnent de nouveau avec une dimension résolument humaine et contemporaine. Le sort réservé à « l'Arabe » par Camus, résumait la vision du monde colonial qui ne reconnaît pas les hommes de la terre conquise. Nous sommes dans une tragédie de l'absurde, un personnage de chair né d'une filiation avec un héros de fiction tente d'échapper à sa condition. Il devient comme le personnage de Camus, un homme qui n'arrive pas à se déterminer, qui ne réagit pas comme on le supposerait, et qui ressasse des années durant, une animosité silencieuse envers le destin qui s'est écrit pour lui, soixante dix ans auparavant.

 

"L'amour et les forêts" Eric Reinhardt - éd Gallimard

 

Bénédicte Ombredanne a 35 ans, elle est agrégée de lettres et professeur, mariée et mère de 2 enfants. Elle croise le chemin de l’auteur à qui elle confie le calvaire de sa vie conjugale. On découvre avec l’avancée du roman, la personnalité de cette femme qui fantasme et idéalise sa vie mais subit dans la réalité du quotidien, l’odieux, l’insupportable harcèlement moral de son mari. Ce dernier qui en l’épousant, a conquis le droit à la normalité sociale, contraint sa femme à une vie terne et étouffante. Il profite de sa faiblesse pour la dominer et l’humilier, ce qui la rend extrêmement fragile et dépendante. On assiste sidérés et révoltés, à l’exercice répété et mortifère de cette violence morale. La force du livre réside dans la démonstration de cette brutalité qui accentue le clivage entre la vie rêvée et la cruauté de la réalité. PS. / club de lecture / Sept. 2014

 

"La peau de l'ours" Joy Sorman - éd Gallimard

 

Un conte qui rappelle sans détour la cruauté des hommes vis à vis du règne animal : les superstitions, l'instrumentalisation, la peur, les persécutions et parfois l'admiration et le respect quand l'animal se rapproche des divinités païennes qui survivent dans le cœur des hommes. Joy Sorman raconte la vie d'un ours, qui pense et réfléchit comme un homme parce qu'il possède en lui une part d'intelligence humaine, comme l'homme abrite aussi en lui une part de bestialité et d'ignorance qui le précipitent parfois vers les ténèbres. Ce magnifique roman est un conte philosophique qui résume à l'échelle de la vie d'un ours, tout le sort réservé aux ours, le plus puissant des animaux parmi les plantigrades et qui avant d'avoir été détrôné par le lion fut le roi des animaux. C'est un récit puissant et fortement attachant qui non seulement nous rappelle nos crimes commis envers l'humanité animale mais nous montre nos inconséquences et notre futilité.

 

"Et rien d'autre" James Salter - éd de L'Olivier

 

C'est un des grands romans de la rentrée. Son auteur, James Salter est un écrivain à part que l'on définit volontiers comme une légende vivante de la littérature américaine. Ce dernier livre, d'un raffinement et d'une élégance rare est une sorte de roman testament sur le temps qui passe. Quarante années (1945 / 1990) de la vie d'un homme qui a fait carrière dans l'édition aux Etats Unis et qui a beaucoup aimé les femmes. La vie et rien d'autre, tout ce qui la compose, les désirs, l'amour, les amitiés, les dérives, les deuils … les intermittences du cœur, les mouvements de la vie... tout ce qui est si difficile à exprimer sans emphases et nostalgie. Comme souvent chez J. Salter, ce récit ne comporte pas de ressort dramatique, l'histoire semble très simple mais ce qui en est dit nous emporte parce qu'elle révèle les mystères de la vie sans chercher à les expliquer.

Voici ce que Salter dit de l'écriture : « faire du grand amoncellement des jours quelques chose qui reste » ou encore «  Il arrive un moment où tout n'est qu'un rêve, que seules les choses qu'a su préserver l'écriture ont des chances d'être vraies ».  

 

"Price" Steve Tesich - éd Monsieur Toussaint Louverture

 

Le roman se déroule durant un été. Dans les années  60, Daniel Price a 18 ans, il vient de passer son Bac et songe, sans grande conviction, à sa vie d'adulte. Il vit à East Chicago, ville industrielle dominée par la  Oil Companie. La vie familiale de Daniel est  conditionnée par un père dépressif qui se pose en perpétuelle victime. Ses sarcasmes envahissent la vie familiale et altèrent  la confiance difficile que Daniel tente de trouver en lui. L'adolescent se cogne régulièrement à la défaite paternelle qui retentit dès les premières pages. L'arrivée d'une adolescente fantasque, Rachel Temerson, transforme la vie de Daniel : émois, espoirs, désirs, premiers rêves d'amour mais Rachel se dérobe sans cesse tout en provocant Daniel. Le récit aborde un tournant plus dramatique quand Daniel décide de prendre sa vie en main. C’est un grand roman sur la fin de l’adolescence dont Steve Tesich évoque avec  beaucoup de subtilité et de justesse tout ce mélange de violence, de démesure,  de naïveté et de romantisme.

 

"L'homme de la montagne" Joyce Maynard - éd P. Rey

 

Ce livre est un hymne magnifique à l'adolescence, ses outrances et ses rêves. Durant l'été 1979, en Californie, deux sœurs se préparent à passer leurs deux mois de vacances à vagabonder dans la montagne toute proche, sous le regard un peu distant d'une mère dépressive et d'un père fantasque. Ce dernier, inspecteur de police, va devenir pour quelques mois un héros, car on lui confie la direction de l'enquête sur des meurtres en série commis dans la région. Le nouveau statut de leur père, donne aux deux jeunes filles une autorité nouvelle auprès de leurs camarades.

Trente ans plus tard, devenue écrivain, Rachel raconte l'été qui a bouleversé la vie des deux sœurs. Conduit comme un thriller, ce roman passionnant décrit une très belle relation père – filles.

 

"Un monde Flamboyant" Siri Hustvedt - éd Actes sud

 

Harriet Burden artiste plasticienne New Yorkaise, épouse d'un célèbre galeriste, a vécu jusqu'au décès de ce dernier, une existence relativement effacée. Elle n'a pourtant jamais cessé de nourrir son univers artistique et de le faire progresser. Elle ne s'est jamais décidée à exposer, redoutant que son double statut de femme et d'épouse d'un galeriste reconnu, brouille les cartes. A la mort de ce dernier, H. Burden est une femme en colère qui souhaite en découdre avec ce monde du marché de l'art dominé par un sexisme revendiqué et un snobisme exacerbé.

 

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