"La volonté" Marc Dugain - éd Gallimard

Dans ce récit très personnel, Marc Dugain retrace le destin de son père, cet homme du XXème siècle à qui il doit beaucoup, en dépit de la difficulté de trouver sa place de fils à ses côtés, mais dont l’inépuisable volonté n’a cessé de l’inspirer. Ce récit poignant commence dans les couloirs d’un service de soins palliatifs quelques jours avant son décès, l’auteur est alors âgé d’une trentaine d’années, mais ce récit a seulement pris corps l’année dernière, sur les côtes bretonnes, à l’heure des confinements. C’est aussi en Bretagne que débute l’histoire de ce père, né entre terre et mer, sur un sol trop pauvre pour nourrir la famille et les récits de campagnes de pêche en Islande. C’est aussi vers le large que se tournent les ambitions de ce très jeune homme dans les années quarante. Il voit toutefois ses rêves s’envoler quand il contracte la poliomyélite et perd l’usage de ses deux jambes. Brillant élève et d’une puissance morale et physique hors du commun, il déjouera tous les pronostics, subira de multiples opérations et retrouvera son autonomie. Sa détermination en étonnera plus d’ un, et c’est accompagné d’une femme de la même trempe qu’il partira conduire des missions scientifiques en Nouvelle Calédonie et en Afrique. Au Sénégal notamment où naquit l’auteur. Avec l’histoire de sa famille, Marc Dugain raconte l’histoire sociale et politique des trente glorieuses, le culte du progrès, des sciences, la fin de l’empire colonial, les premiers essais nucléaires … et aussi l’essoufflement idéologique d’une nation .

"La félicité du loup" Paolo Cognetti - éd Stock

L’écrivain milanais retrouve ses territoires de prédilection, la montagne de haute altitude et ceux qui l’habitent, humains et animaux. Fausto la quarantaine, décide comme le narrateur des « Huit montagnes » de quitter Milan dans l’espoir de recommencer une nouvelle vie sur les versants qu’il découvrit enfant avec son père, les villages d’altitude et les sommets dépassant les 3000. Il devient saisonnier dans un restaurant à Fontana Fredda, petite station de ski condamnée à court terme par le faible niveau d’enneigement. Ce point de départ narratif devient le centre du récit où se croisent différents personnages qui nous parlent, en de courts chapitres, de la vie dans ces lieux demeurés très ruraux et très sauvages mais dans lesquels converge aussi tout un tourisme international amoureux d’alpinisme et de sommets. Une réflexion sur les paysages, le goût de l’aventure, les choix qui donnent un nouveau sens à l’existence. Des sujets chers à cet auteur d’une singulière sensibilité qui décrit la vie dans ces montagnes que l’on soit, éleveur, bûcheron, guide de haute montagne ou saisonnier dans un refuge d’altitude.

"Mahmoud ou la montée des eaux" Antoine Wauters - Verdier éd.

Syrie. Un vieil homme rame à bord d'une barque, seul au milieu d'une immense étendue d'eau. En dessous de lui, sa maison d'enfance, engloutie par le lac el-Assad, né de la construction du barrage de Tabqa, en 1973. Fermant les yeux sur la guerre qui gronde, muni d'un masque et d'un tuba, il plonge – et c'est sa vie entière qu'il revoit, ses enfants au temps où ils n'étaient pas encore partis se battre, Sarah, sa femme folle amoureuse de poésie russe Maïakovski, Akhmatova, la prison, son premier amour, sa soif de liberté. Cette plongée métaphorique dans son passé, ravive les souvenirs de son enfance, l'histoire de son pays meurtri et dévasté par la dynastie Assad, père et fils. Les espoirs vite réprimés par le régime du boucher de Damas, "l'ophtalmologue aux yeux fous de requin". Les trois enfants de Mahmoud Elmachi ont rejoint les rangs des premières  contestations pacifiques, avant qu'elle se transforment en rébellion armée suite à la répression brutale du régime. Mahmoud n'a pas de nouvelles depuis longtemps, lui même a connu la prison pour des écrits qui ne convenaient pas aux attentes du régime. Il erre au bord du lac, tel un fantôme désespéré de se retrouver encore là parmi quelques survivants. C'est un texte absolument magnifique, d'une délicatesse infini pour dire l'indicible. C'est  un long poème en prose qui épouse l'histoire intime d'un homme et celle de son pays. Des annotations en fin de livre permettent de préciser la chronologie de certains événements.

  

"Ce qu'il faut de nuit" Laurent Petitmangin - éd La manufacture de livres

C'est l'histoire d'un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent, et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l'importance à leurs yeux, ceux qu'ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C'est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes. Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d'hommes en devenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

"Chant des plaines" Wright Morris - éd Bourgois

Les terres ingrates du Nebraska, glacées en hiver, caniculaires en été, soumises à de violentes tempêtes. Des voix féminines y résonnent et s'entremêlent, défiant le temps perdu tout autant que l'avenir. Il y a Cora, qui épouse un fermier au début du XXe siècle. Il y a Madge, leur fille, et Sharon Rose, élevées comme des sœurs. Madge qui devient une femme de la campagne dure à la tâche, désireuse de se marier. Et Sharon Rose qui part étudier à Chicago, observant de loin la vie de la famille et de la ferme qui continue sans elle. C'est l'époque où arrivent le téléphone, le réfrigérateur et la télévision, la modernité. C'est l'époque où le monde, leur monde, change. Paru en 1980, Chant des plaines n'avait jamais été traduit dans notre langue. Les lecteurs français pourront dorénavant découvrir l'écriture éblouissante de Wright Morris, capable d'embrasser l'immensité des paysages comme l'intimité sensible de ces femmes fortes.

 

 

 

"Aux éternels perdants" Andrew Szepessy - éd Rivage

Il y a quelques années, le romancier Ian McEwan entend parler d'un homme aussi mystérieux que fascinant, Andrew Szepessy, vivant en ermite près de la frontière transsylvanienne. Ancien journaliste et scénariste en Angleterre puis en Norvège, il a fait un an de prison en Hongrie dans les années 60, sans connaître la raison de son incarcération. De cette expérience , il a tiré un roman en partie autobiographique. Après enquête, McEwan parvient à mettre la main sur le texte, Aux éternels perdants. Ebloui par sa puissance littéraire et par sa résonnance avec notre époque, il décide de le proposer à un éditeur anglais, Penguin, qui le fera paraître à l'automne 2020. Ce texte immerge le lecteur dans l'expérience carcérale, mêlant réalisme et onirisme à la manière de Bernard Malamud dans L'Homme de Kiev.  

 

 

 

"La parade" Dave Eggers - éd Gallimard

Un pays non nommé se relève avec peine d'une sombre décennie de guerre civile. Afin de commémorer l'armistice tant attendu, le gouvernement ordonne la construction d'une route reliant le Sud dévasté à la capitale du Nord victorieux. Deux entrepreneurs étrangers ont pour mission de goudronner en quelques jours ce chemin long de plusieurs kilomètres, après quoi sera organisée une grande parade où les gens du Sud se rendront au Nord en empruntant cette nouvelle voie. Mais la cohabitation entre ces deux hommes que tout oppose ne sera pas simple, et la nouvelle alliance entre les deux parties de la nation semble trop belle pour être vraie. Avec La parade, Dave Eggers questionne brillamment la valeur des tentatives de reconstruction par ceux-là mêmes qui sont à l'origine du carnage, et nous tient en haleine jusqu'à la dernière page.

 

 

 

"Le roman de Jim" Pierric Bailly - éd POL

À vingt-cinq ans, après une séparation non souhaitée et un séjour en prison, Aymeric, le narrateur, essaie de reprendre contact avec le monde extérieur. À l'occasion d'un concert, il retrouve Florence avec qui il a travaillé quelques années plus tôt. Florence est plus âgée, elle a maintenant quarante ans. Elle est enceinte de six mois et célibataire. Jim va naître. Aymeric assiste à la naissance de l'enfant, et durant les premières années de sa vie, il s'investit auprès de lui comme s'il était son père. D'ailleurs, Jim lui-même pense être le fils d'Aymeric. Ils vivent tous les trois dans un climat harmonieux, en pleine nature, entre vastes combes et forêts d'épicéas. Jusqu'au jour où Christophe, le père biologique du garçon, réapparaît.

 

  

"Hamnet" Maggie O'Farrell - éd Belfond

Un jour d'été 1596, dans la campagne anglaise, une petite fille tombe gravement malade. Son frère jumeau, Hamnet, part chercher de l'aide car aucun de leurs parents n'est à la maison... Agnes, leur mère, n'est pourtant pas loin, en train de cueillir des herbes médicinales dans les champs alentour ; leur père est à Londres pour son travail ; tous deux inconscients de cette maladie, de cette ombre qui plane sur leur famille et menace de tout engloutir. Porté par une écriture d'une beauté inouïe, ce nouveau roman de Maggie O'Farrell est la bouleversante histoire d'un frère et d'une sœur unis par un lien indéfectible, celle d'un couple atypique marqué par un deuil impossible. C'est aussi l'histoire d'une maladie " pestilentielle " qui se diffuse sur tout le continent. Mais c'est avant tout une magnifique histoire d'amour et le tendre portrait d'un petit garçon oublié par l'Histoire, qui inspira pourtant à son père, William Shakespeare, sa pièce la plus célèbre.

 

 

"Le dernier été en ville" Gianfranco Calligarich éd Gallimard

Rome, fi n des années 1960. Leo Gazzarra, milanais d'origine, est depuis quelques années installé dans la capitale. Il vit de petits boulots pour des revues et des journaux. Viscéralement inadapté, dans un monde où il ne parvient pas à trouver sa place, il se laisse aller à des journées qui se ressemblent et à des nuits souvent alcoolisées. Leo n'en veut à personne et ne revendique rien. Le soir de ses trente ans, il rencontre Arianna, une jeune femme exubérante à la fois fragile et séductrice. Sûre de sa beauté mais incapable d'exprimer ses véritables sentiments, Arianna est évanescente. Elle apparaît et disparaît, bouleversant le quotidien mélancolique d'un homme qu'elle aurait peut-être pu sauver de sa dérive existentielle. Dans ce premier roman, paru pour la première fois en Italie en 1973, Gianfranco Calligarich évoque les cercles intellectuels et mondains de l'époque tout en dressant le portrait d'un homme qui cherche un sens à sa vie. Une histoire d'amour et de solitude, récit d'un renoncement tranquille, qui nous plonge dans une Rome solaire, magnétique.

"Paris fantasme" Lydia Flem - éd Seuil

Fascinée par une ruelle, née il y a cinq cents ans entre la place Saint-Sulpice et le jardin du Luxembourg, l'auteure a cherché à découvrir celles et ceux qui y ont vécu de siècle en siècle, de numéro en numéro, d'étage en étage, depuis 1518. La rue Férou est devenue le lieu d'une question existentielle : qu'est-ce qui donne le sentiment d'être chez soi quelque part ? D'habiter tout à la fois son corps, sa maison et le monde ?
Lydia Flem s'est glissée dans la peau d'un photographe du xixe siècle et d'une comédienne de la Comédie-Française au xviiie, elle a accompagné Man Ray dans son atelier, Mme de La Fayette dans sa maison d'enfance ou des religieuses dans leur couvent. Comme une psychanalyste prête à tout entendre, à tout écouter, sans choisir ni trier, elle a ouvert sa porte aux voix du passé. Sous la rue Férou, elle a découvert sa rue Férou, hantée par le cortège de celles et ceux qui n'ont pas d'autres traces pour dire leur passage sur cette terre que des listes de noms.
Singulière ruelle qui s'absente à ses deux bouts. Ses pierres recèlent des trésors d'histoires, de légendes, de questions sans réponses et de réponses sans questions.
Une rue, dix maisons, cent romans.
Paris Fantasme.

Prochainement

Mercredi 28 février 

manouchian

Missak et Mélinée Manouchian, deux étrangers, arméniens et communistes, entrent au Panthéon le 21 février 2024. La valeur symbolique de cet événement est majeure. Deux orphelins du génocide des Arméniens devenus héros de la Résistance française. Denis Peschanski, historien et co-auteur du livre retracera avec vous ce parcours documentaire nourri d’archives dont de nombreux inédits.

Lieu : 19h, Bibliothèque Benoîte Groult. Réservation conseillée

Mardi 12 mars 

Droits des femmes. Où en sommes-nous ?

tortureblanche

Une table ronde pour débattre et échanger avec Sophia Aram, Laure Daussy et Iris Farkhondeh. "Femmes, Vie, Liberté" sera l’étendard de cette soirée consacrée aux femmes et à leurs droits dans le monde. "Torture blanche" de Narges Mohammadi, prix nobel de la paix 2023, parait le 6 mars.

Lieu : 19h, Bibliothèque Benoîte Groult. Réservation conseillée

Jeudi 25 avril 

 leconvoi

Rencontre avec Beata Umubyeyi Mairesse

Le 18 juin 1994, quelques semaines avant la fin du génocide des Tutsi au Rwanda, Beata Umubyeyi Mairesse, alors adolescente, a eu la vie sauve grâce à un convoi humanitaire suisse.Treize ans après, elle entre en contact avec l'équipe de la BBC qui a filmé et photographié ce convoi. Commence alors une enquête acharnée (entre le Rwanda, le Royaume-Uni, la Suisse, la France, l'Italie et l'Afrique du Sud) pour recomposer les événements auprès des témoins encore vivants : rescapés, humanitaires, journalistes. Nourri de réflexions sur l'acte de témoigner et la valeur des traces, "Le convoi" offre une contribution essentielle à la réappropriation et à la transmission de cette mémoire collective.

Lieu : 19h, Bibliothèque Benoîte Groult. Réservation conseillée

 

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