"L'autre Joseph" K. Davrichewy - éd 10/18

Avec sobriété et naturel, la romancière entre de plain-pied dans l’enfance de « l’autre Joseph » : fils du préfet de Gori, il est élevé au milieu des gamins des rues, fascinés comme lui par les légendes bibliques et les bandits caucasiens. Même s'il partage avec le petit Djougachvili des rêves d’héroïsme et de grandeur, son camarade – exalté, batailleur et arrogant – l'agace. D'autant qu'on ne cesse de souligner leur ressemblance physique, frappante en effet. Des rumeurs ne circulent-elles pas sur une liaison entre le préfet Davrichewy et la mère de Sosso ? Comme autant de ponctuations rythmant les tumultueuses aventures des deux jeunes gens, des chapitres plus personnels interrogent le destin familial : qu'en aurait-il été des Davrichewy si, depuis sa tendre enfance, Joseph n'avait pas été obligé de prendre en compte son encombrant camarade – et supposé demi-frère ?

 

"Americanah" Chimamanda N. Adichie - Folio

Chimamanda Ngozi Adichie examine, avec un humour caustique la question de la race et du racisme aux Etats-Unis. Sa narratrice Ifemelu, native du Nigéria, s'installe aux Etats-Unis pour poursuivre ses études. Assez rapidement elle crée un blog afin de partager ses interrogations sur les manières de vivre, de penser et de se comporter dans ce pays. Véritable centre d'observation sociologique, ce blog s'intitule « Observations diverses sur les Noirs américains par une Noire non-américaine ». Le blog devient rapidement une référence, ce qui permet à Ifemelu d'en vivre correctement. Pourtant au bout de quinze années d'exil, elle décide de retourner au Nigéria. Avant de partir, elle se rend dans un salon de coiffure pour retrouver la femme qu'elle fut avant, une noire non américaine, avec une identité physique qu'elle a dû contraindre pour vivre aux Etats-Unis. Le livre s'ouvre sur cette séance de coiffure mémorable, et ce salon où se croisent des femmes de toutes origines. C'est par ce geste que l'héroïne quitte ce pays pour retrouver le sien et son histoire qu'elle va dérouler tout au long de ce récit passionnant et remarquable.

"L'amour et les forêts" E. Reinhardt - éd Folio Gallimard

Bénédicte Ombredanne a 35 ans, elle est agrégée de lettres et professeur, mariée et mère de 2 enfants. Elle croise le chemin de l’auteur à qui elle confie le calvaire de sa vie conjugale. On découvre avec l’avancée du roman, la personnalité de cette femme qui fantasme et idéalise sa vie mais subit dans la réalité du quotidien, l’odieux, l’insupportable harcèlement moral de son mari. Ce dernier qui en l’épousant, a conquis le droit à la normalité sociale, contraint sa femme à une vie terne et étouffante. Il profite de sa faiblesse pour la dominer et l’humilier, ce qui la rend extrêmement fragile et dépendante. On assiste sidérés et révoltés, à l’exercice répété et mortifère de cette violence morale. La force du livre réside dans la démonstration de cette brutalité qui accentue le clivage entre la vie rêvée et la cruauté de la réalité. PS. / club de lecture / Sept. 2014

 

"Joseph" Marie-Hélène Lafon - éd Folio Gallimard

Dans Joseph MH Lafon fait avec pudeur, sans pathos, sans mélancolie ni effets dramatiques mais avec empathie et une certaine tendresse le portrait d'un ouvrier agricole. Elle décrit une paysannerie actuelle qui semble appartenir au passé. L'écriture est à la fois brutale et poétique, simple, épurée, précise. Un bijou ! C.G.

 

 

"Vernon Subutex" T1 - V. Despentes - ed Livre de Poche

Vernon Subutex, c’est le personnage central du roman, un ancien disquaire, fin connaisseur de rock, dont la boutique ferme alors qu’il a une quarantaine d’années. A partir de là, sa vie sombre lentement et à 50 ans, il finit dans la rue. Le livre raconte l’histoire de cette dérive. J’ai été complètement embarquée par ce roman, par son rythme, sa férocité et l’habileté de sa construction. On découvre ainsi, au gré des errances de Vernon et de ses hébergements successifs, des personnages et des milieux tout à fait incroyables qui sont décrits de manière très vivante. L’auteur n’épargne personne, le verbe est dur et acerbe, mais les portraits restent nuancés. Je trouve à ce titre sa démarche plutôt d’ordre anthropologique avec, retranscrit dans un style vif et alerte, l’objet de ses observations. J’attends le prochain volume avec impatience. PS

"La peau de l'ours" Joy Sorman - ed Folio Gallimard

Un conte qui rappelle sans détour la cruauté des hommes vis à vis du règne animal : les superstitions, l'instrumentalisation, la peur, les persécutions et parfois l'admiration et le respect quand l'animal se rapproche des divinités païennes qui survivent dans le cœur des hommes. Joy Sorman raconte la vie d'un ours, qui pense et réfléchit comme un homme parce qu'il possède en lui une part d'intelligence humaine, comme l'homme abrite aussi en lui une part de bestialité et d'ignorance qui le précipitent parfois vers les ténèbres. Ce magnifique roman est un conte philosophique qui résume, à l'échelle de la vie d'un ours, le sort qui leurs est réservé. L'ours, le plus puissant des animaux parmi les plantigrades et qui, avant d'avoir été détrôné par le lion, fut le roi des animaux. C'est un récit puissant et fortement attachant, qui non seulement nous rappelle nos crimes commis envers le règne animal mais nous montre aussi nos inconséquences et notre futilité.

"La femme d'en haut" C. Messud - ed Folio Gallimard

Nora ressemble à votre voisine du dessus, celle qui vous sourit chaleureusement dans l'escalier mais dont vous ignorez tout. Institutrice mi-teinte, tout semble harmonieux et lisse dans sa vie. Lorsqu'un jeune couple et leur fils s'installe dans l'immeuble et fait irruption dans son existence. Cette relation réveille des flots de sentiments contenus, refoulés qui feront basculés de façon inattendue le cours de l'histoire. Nous avançons à pas feutrés dans cette intrigue saisisssante. Claire Messud brise avec acidité l'image de la femme sans histoires, pour la révélant dans toute sa noirceur, grinçante, calculatrice, en colère et habitées d'espoirs fous et, inévitablement vains.

 

"Hérétiques" L. Padura - ed Points

Ce livre m’a séduite par l’intérêt et la diversité des sujets traités, tous parfaitement documentés historiquement. Le récit très vivant nous fait partager la vie de la communauté juive dans les années 30 à La Havane et de ceux d’entre eux qui partiront finir leur vie et faire souche à Miami ; la vie des cubains  (compatriotes de l’auteur), farniente, terrasses, palabres et…rhum. Toujours à Cuba, nous découvrons les bandes de jeunes marginaux qui se sont créés dans les années 2000, en particulier les « emos » dont la philosophie de vie est la dépression. Au milieu du livre nous remontons le temps pour vivre à Amsterdam  en 1640/60, surnommée la nouvelle Jérusalem tant les juifs y vivaient sereinement. Nous y sommes aux côtés de Rembrandt, le Maître, et y suivons un jeune juif qui devient son élève,  tourmenté par  les interdits de sa religion en termes de représentation humaine et qui s’opposent à sa passion pour la peinture. Une intrigue savamment construite autour d’un tableau de Rembrandt,  propriété d’une famille juive polonaise, qui disparait à Cuba en 1939 et réapparait en 2007 dans une salle de vente à Londres  relie les trois parties de ce livre qui pourraient être lues indépendamment. Ceux qui font le choix de vivre libres ne risquent-ils pas d’être rejetés comme hérétiques, telle est une des nombreuses questions philosophiques proposées à notre réflexion. MM

"Je vous écris dans le noir" Jean-Luc Seigle - J'ai lu.

« Aujourd’hui je me dis, en repensant à ce journal intime, que c’était surtout écrire qui m’intéressait. Ecrire m’obligeait à me dire la vérité…Je rêve de lumière avec toi, de grand jour, mais j’écris dans le noir. » p177. Essaouira 1963, Pauline Dubuisson rencontre Jean, il la demande en mariage. Mais Pauline a tué et a été tondue et violée après la guerre. Pauline écrit son journal intime, mais elle révélera avec quelques mots son histoire à Jean. Elle se délivrera de cette vérité si écrasante, avec la peur tenace de perdre ce nouvel amour. Comment dire ce qui nous oppresse en permanence ? Comment dire Sa vérité et enfin alléger la fatalité des événements ? Jean Luc Seigle incarne Pauline, l’emploi de la 1ère personne nous permet d’être au plus près de Pauline et de ressentir la terrible injustice d’une femme victime des hommes. Ce livre est fort, beau, dense, ce portrait remarquable reste inoubliable. VHS

"La vie très privée de Mr Sim" - J. Coe - Folio Gallimard

Sa femme l'a quitté, il n'a pas d'amis : déprimé, accablé de solitude, Maxwell Sim en vient à accepter une proposition professionnelle saugrenue : la promotion d'une brosse à dents écologique. Au volant d'une voiture hybride, le voici qui file sur les routes d'Angleterre, et ce voyage de plus en plus aléatoire devient prétexte à revisiter son passé, soutenu par la voix angélique de son GPS, dont il tombe amoureux. Divinement caustique, ce roman de Jonathan Coe est l'odyssée d'un perdant, désespérément drôle jusqu'à la dernière page, où l'auteur se révèle un subtil manipulateur. Tout est magistralement orchestré pour nous faire saisir la complexité des choses simples, et l'étrangeté au coeur de l'ordinaire. La personnalité de Mr Sim, bien plus riche qu'il n'y paraît de prime abord, devient de plus en plus dense au fur et à mesure de notre voyage en compagnie de cet homme ordinaire, exerçant un métier ordinaire, dans une ville ordinaire. Surprenant, comme l'est le dernier chapitre de ce roman. Ce roman est le plus drôle et le plus désespéré de l'écrivain anglais Jonathan Coe. C'est une vaste réflexion sur l'imposture, les mensonges que l'on raconte et dont on se nourrit soi-même. Pour illustrer ce propos, l'histoire foisonne d'autres personnages qui tissent leurs illusions, que ce soient à des fins personnelles ou économiques. Le récit convoque l'histoire vraie de Donald Crowshurt, homme d'affaire passionné par la voile et qui s'engagea dans une course en solitaire à la fin des années soixante. Très vite, il dû renoncer, mais préféra mentir au monde entier, en laissant entendre qu'il était toujours dans la course. Fou de solitude et confronté à ce gigantesque mensonge, il ne survécu pas à son imposture. Maxwell Sim tourne autour de l'histoire de cet aventurier, il en devient l'incarnation des années 2010. Prostré chez lui entre deux assauts dépressifs, il égrène ce qui ne va pas dans sa vie, ses douloureuses relations avec son père, l'indifférence moqueuse de son ex-épouse, ses pâles ambitions professionnelles... Le ton est résolument sarcastique et très original. Il permet de décrire les ressorts d'une défaite personnelle très emblématique de notre époque.

"Le ravissement des innocents" T. Selasi - Folio-Gallimard

 

Dans une fureur poétique, Taiye Selasi relate les espoirs puis les désillusions d'une famille africaine du Ghana et de Guinée, installée au États-Unis. Niveau social aisé, réussite professionnelle, amour, famille, jusqu'au jour où, suite à une injustice professionnelle, le père, avocat, contesté dans son intégrité, abandonnera femme et enfants, entraînant la famille dans le malheur en projettant une ombre définitive sur leurs vies. Analyse psychologique ciselée avec justesse sur les drames éprouvés par la famille éclatée, particulièrement par les jumeaux, frère et la sœur, malmenés dans une épreuve qui les tiendra séparés de longues années, chacun dans un profond mal être. 

Le décès du Père revenu au Ghana, reformera la famille au pays et resserrera leurs liens distendus par les événements survenus lors de l’abandon du Père. Ce retour au Ghana favorisera le rapprochement dans leurs culture, la compréhension des différences d’ici et là bas. Très beau texte, abrupte et poétique, belles descriptions sur la violence des sentiments, confrontation des cultures. Les paysages sont décrits avec réalisme, noir et blanc pour les Etats Unis. Technicolors pour le Ghana. Bouleversant, plein d’espoir d’un futur à construire. Michèle L. / club de lecture/ sept. 2014

 

Prochainement

Conférence jeudi 24 janvier à 20h :

 

artnouveauartdecomontparnasse

"Montparnasse 1900-1930. Art Nouveau, Art Déco".

Quelques semaines avant Noël paraissait un livre très attendu par celles et ceux qui se passionnent pour l'architecture de notre quartier. Co-auteurs : Maurice Culot, spécialiste des courants Art Nouveau et Art Déco et Patrice Maire président de l'association Monts 14.

 

Haut lieu de la bohème entre 1900 et 1914, Montparnasse devient après la première guerre mondiale le carrefour du monde artistique où se croisent les artistes du monde entier dans des lieux devenus mythiques : La Coupole, La Closerie des Lilas, Le select, Le Dôme...

 

L'Art Nouveau puis l'Art Déco ont accompagné l'effervescence culturelle de Montparnasse. Nous vous proposons de découvrir avec Maurice Culot et Patrice Maire les origines de ces courants artistiques, d'en déchiffrer les différentes tendances, les matériaux ou les influences en nous référant à ces édifices qui composent notre environnement.  

 

Pour assister à cette soirée, n'oubliez pas de vous inscrire par mail ou téléphone à la librairie. La conférence sera suivie d'une séance de dédicaces avec les deux co-auteurs.

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