"Le chagrin des vivants" Anna Hope - éd Folio

Pour ce premier roman à l’écriture très maitrisée, Anna Hope nous emmène à Londres pendant cinq jours du mois de novembre 1920. La capitale attend le retour du soldat inconnu, rapatrié des batailles du nord de la France, pour un hommage national. Au même moment à Paris, se déroulera la cérémonie à l’Arc de Triomphe. À Londres, trois femmes vont vivre ces cinq journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué, travaille au bureau des pensions de l'armée, Ada ne cesse d'apercevoir la silhouette de son fils pourtant tombé au front tandis qu’ Hettie, danseuse de compagnie le soir pour d’anciens soldats, doit supporter le désespoir de son frère, de retour du front. Loin d’être des privilégiées, ces trois héroïnes travaillent : petit à petit, se dessine donc le portrait de la société britannique, après la Première guerre mondiale. Très documenté, ce récit n’a cependant rien d’un exposé qui serait didactique. Le talent d’Anna Hope consiste en effet à faire vivre et parler ses personnages d’une façon si subtile et si contemporaine que le lecteur est d’emblée à leurs côtés et une fois le livre refermé, il ne les oublie pas. Ce premier roman est un coup de maître et on attendra avec impatience le second d’Anna Hope. M.D.

"M Train" Patty Smith - Folio

Patti Smith poursuit l'autobiographie commencée avec Just Kids et Glaneurs de rêves, elle nous entraîne autour du monde dans ses rêves, ses cafés et les tombes de ses héros. Sur celle de Jean Genêt elle dépose des pierres ramassées à Cayenne, pour Berthold Brecht elle chante la chanson de Mère Courage. A Mexico, elle s'assoupit sur le lit de Diego Riveira, photographie les robe de Frida Kahlo, boit le meilleur café du monde. Du café elle en boit beaucoup, au café Ino au village, au café Zoo à Berlin, dans l'hôtel londonien où elle regarde en boucle des séries TV. Cette icône du rock révèle une personnalité sensible et attachante, assez fantasque pour acheter un cabanon que l'ouragan détruira mais qu'elle reconstruira. Tout au long de ce récit empreint de poésie et d'humanité, Patti Smith confie son amour pour son mari Fred Smith. Cerise sur le gâteau, l'édition est superbe : beau papier, agréable typographie et surtout les touchantes photos de l'auteure. CG

"Les furies" Lauren Groff - Points Seuil

L’intrigue pourrait paraître banale, celle d’un couple de jeunes gens qui se marient trois jours après leur rencontre coup de foudre : Lotto, riche, brillant, idolâtré par sa mère et Mathilde, pauvre, sans famille, tous les deux extrêmement beaux, des archétypes. Lauren Groff en fait un roman puissant et haletant. Elle nous fait découvrir comment se sont fondées les personnalités de ces deux jeunes gens en creusant leurs passés. Comme l’indique le titre anglais, Fates and Furies, le roman est écrit en deux parties. La première est centrée sur Lotto, sa carrière de dramaturge, dont il doit le succès à Mathilde. Malgré la pauvreté, les échecs de Lotto, ses abus d’alcool, un environnement déjanté, les tentations multiples, le couple tient bon jusqu’à la mort de celui-ci. La personnalité de Mathilde reste secrète, intrigue. La deuxième partie, dans un suspens inattendu, permet de la découvrir et en fait le personnage clé. Passionnant.MM

"Mémoire de fille" Annie Ernaux - Folio

Que reste-t'il de la fille de 1958, celle que fut Annie Ernaux, agée de 18 ans, et qui s'appelait encore Annie Duchesne ? Les souvenirs qu'elle égrène méthodiquement semblent parfaitement intacts. L'auteur convoque les acteurs de l'époque, récréé les décors, relate les échanges et déclare cependant, que cet fin d'été 58 avait été oubliée, étouffée par le silence et enfouie dans sa mémoire. Un gouffre, une espèce de plaie mal refermée mais ignorée. Annie Ernaux convoque la fille de 1958 comme un autre elle-même, qui pourrait aussi ne pas être elle, tant elle a besoin de prendre de la distance pour mieux la cerner, la rencontrer et la connaître. C'est un récit construit sur le « elle » et le « je » qui permet au lecteur d'observer la vie en marche et de se projeter dans ce que ressent l'auteur, elle-même sujet du livre. Cette jeune fille gauche, exaltée, perdue, qui se retrouve loin de chez elle, en septembre 1958, libre de vivre hors du regard de ses proches et de se jeter à corps perdu dans la première expérience sexuelle de sa vie, n'a pas quitté la femme mûre qui écrit en 2016. Cette fille semble l'avoir obsédée toute sa vie, en apparaissant au détour de ses livres. L'auteur enquête, serre de très près son personnage, lui interdit toute fuite, lui demande des comptes et l'interroge sur ce qu'elle a vraiment vécu il y a 60 ans. Cet acharnement méticuleux cherche à toucher au plus près du vécu, sans omettre aucun état : le débordement, le ridicule, l'hystérie, le rêve amoureux, le dégoût de soi-même... et la honte dévastatrice d'être rejetée et humiliée par la collectivité dont elle souhaitait faire partie. Il s'agit de ne rien oublier, ne pas se laisser détourner par les images, de tester ces allers-retours entre passé et présent pour mesurer la portée de l'événement. Récit magistral et exigeant qui dissèque sans concession une expérience délicate.

"Le grand marin" Catherine Poulain - éd Points

Dans ce premier roman largement autobiographique, Lily, une petite femme à la voix fluette, éprise d’espace et de liberté, quitte la France pour partager la vie des pêcheurs de morue et de flétans dans les eaux glaciales au large de l’Alaska. Elle se bat quotidiennement pour se faire admettre par ces hommes au parcours chaotique et douloureux qui n’empêche pas la tendresse. Des phrases courtes, souvent poétiques, nous permettent d’être dans l’histoire. Avec Lily, on vit la tempête, le froid, l’humidité, les nuits sans sommeil et les étapes dangereuses et rudes de la pêche. On vit aussi l’inactivité au port, en attente d’un nouvel embarquement, la recherche d’un hébergement précaire et les moments partagés dans les bars avec les autres marins. Aucun pathos dans ce récit de l’extrême, mais de la tendresse et beaucoup de poésie. Un livre magnifique.SF/Club de lecture

"La cache" Christophe Boltanski - éd Folio

Que se passe-t'il quand un homme qui se pensait bien français doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un "entre-deux" comme un clandestin ? Nous sommes rue de Grenelle, durant l'occupation et le grand-père de C. Boltanski y a vécu à l'abri des regards durant de long mois. Ce qu'il reste de cette période traumatisante, c'est un appartement qui se dessine comme un plateau de cluedo, des objets anodins qui deviennent indices et ouvrent des portes dérobées, des traces, des habitudes qui perdurent. Cet appartement familial est le personnage principal de ce drôle de roman, il a façonné les êtres qui y restent attachés. C. Boltanski a eu besoin de sonder les murs et les recoins de cet appartement qui protégea sa famille mais l'emmura aussi en quelque sorte et de demander aux autres membres de la famille ce qu'il a signifié pour eux. 

"Il reste la poussière" Sandrine Colette - Livre de Poche

 

Un roman noir, très noir, sur lequel souffle un vent glacial et pénétrant. Une famille d'éleveurs, un domaine menacé en Patagonie. Une mère autoritaire dirige d'une poigne de fer l'exploitation qu'elle tente de maintenir à flot avec ses quatre fils. Le plus jeune, Raphaël, quasi mutique, écrasé par la violence de ses aînés, l'indifférence de sa mère, va desserrer l'étau qui l'enchaîne à cette famille. Récit magistralement mené, envoûtant et complètement prenant. Une grande découverte déjà partagée avec de nombreux lecteurs à la librairie.

 

"Un dernier verre au bar sans nom" Don Carpenter - éd 10/18

Fin des années 50, entre San Francisco et Portland, un groupe de jeunes écrivains rêvent d'écrire le livre de leur vie. Jaime, jeune étudiante en littérature, possède des facilités évidentes mais peine à trouver le sujet de son premier roman. Charlie, qui revient de la guerre de Corée, souhaite écrire le "Moby Dick" de la guerre, il a réuni plusieurs centaines de pages manuscrites mais n'arrive pas à trouver la forme et le style pour retranscrire son expérience. Le jeune couple, Jaime et Charlie, fait la connaissance d’autres jeunes écrivains en quête de gloire, comme le flamboyant Dick Dubonet, dont les nouvelles recueillent rapidement un vif succès ou encore Stan Winger, délinquant multirécidiviste qui fera plusieurs séjours en prison et qui va se découvrir un vrai talent pour l'écriture de romans policiers.

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"Miniaturiste" Jessie Burton - éd Folio

"Nella Oortman a dix-huit ans quand elle rejoint Amsterdam pour retrouver l'homme qui l'a épousée : Johannes Brandt. Riche marchand qui vit dans une opulente demeure au bord du canal. En guise de cadeau de mariage, Johannes offre à son épouse une maison de poupée, représentant leur propre intérieur. La jeune fille entreprend de la meubler grâce aux talents d’un miniaturiste. Les fascinantes créations de l’artisan permettent à Nella de lever peu à peu le voile sur les mystères de la maison Brandt avant de prendre en main son destin et de donner une tournure très romanesque au récit. Une lecture haletante, entrainée par une succession de rebondissements, et enrichissante dans sa description de cette « ville monde » principal carrefour commercial au 17 ème siècle. Un roman d’aventures et de suspens brillamment mené par un jeune écrivain britannique.

 

"Titus n'aimait pas Bérénice" Nathalie Azoulai - éd Folio

Titus n’aimait pas Bérénice alors que Bérénice pensait qu’il l’aimait. Titus est empereur de Rome, Bérénice, reine de Palestine. Ils vivent et s’aiment au Iᵉʳ siècle après Jésus-Christ. Racine, entre autres, raconte leur histoire au XVIIᵉ siècle. Mais cette histoire est actuelle : Titus quitte Bérénice dans un café. Dans les jours qui suivent, Bérénice décide de revenir à la source, de lire tout Racine, de chercher à comprendre ce qu’il a été, un janséniste, un bourgeois, un courtisan. Comment un homme comme lui a-t-il pu écrire une histoire comme ça ? Entre Port-Royal et Versailles, Racine devient le partenaire d’une convalescence où affleure la seule vérité qui vaille : si Titus la quitte, c’est qu’il ne l’aime pas comme elle l’aime. Mais c’est très long et très compliqué d’en arriver à une conclusion aussi simple.Titus n’aimait pas Bérénice alors que Bérénice pensait qu’il l’aimait. Ils vivent et s’aiment au Iᵉʳ siècle après Jésus-Christ. Racine, entre autres, raconte leur histoire au XVIIᵉ siècle. Mais cette histoire est actuelle : Titus quitte Bérénice dans un café. Prix Médicis 2015.

 

"Pas exactement l'amour" Arnaud Cathrine - éd Folio

«Il n’aimait pas dormir, contrairement à elle. Dormir signifiait : quitter l’autre. Même enlacés au lit, cela revenait quand même bien à quitter l’autre. Qui s’endormirait (s’éloignerait de l’autre) le premier ? Qui céderait le premier à l’insignifiante et ordinaire trahison ?» Passant de l’humour à la gravité, de la confidence à l’outrage, de la pudeur à la sensualité résolue, Arnaud Cathrine revisite, au fil de dix nouvelles, un motif universel, fluctuant et insaisissable. 

 

 

 

Prochainement

Entre ciel et mer. Exposition photographique, dimanche 7 avril.

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Le photographe Xavier Desmier porte son regard de la mer vers la côte. Le corps immergé, il sillonne et photographie cet entre-deux, mi-aérien, mi-marin où cohabitent une faune et une flore aquatiques.

Un travail original et fascinant qui nous dévoile ce que nous pourrions voir si nous avions des nageoires et si nous habitions cet entre deux mondes.

Nous vous invitons à découvrir, en quelques tirages et grâce à un somptueux album, cette expérience visuelle et sensorielle. Un voyage poétique aux confins d'un monde si proche et si méconnu. Toutes les photographies ont été prises près des côtes bretonnes.

Les tirages seront accrochés dès l'ouverture de la librairie. Xavier Desmier sera présent toute la journée. Vous pourrez le rencontrer et l'interroger sur cette surprenante démarche artistique.

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