"Toutes les histoires d'amour ont été racontées, sauf une" Tonino Benacquista - éd Gallimard

Où donc est passé Léo ? Son entourage s’interroge sur le mystère de sa disparition. Qui était-il vraiment ? Que fuyait-il ? S’il vit toujours, où est-il allé se perdre ? Nul ne se doute qu'il vit désormais dans un autre monde, celui des séries télévisées, où tout fait écho, à sa mémoire comme à ses rêveries. Vingt ans après le succès de "Saga", Tonino Benacquista nous rappelle que seule la fiction a le pouvoir de réparer le réel. Tonino Benacquista nous entraîne sur la piste d'un homme qui a choisi de fuir le réel, il surf d'une série à l'autre, emprunte une réplique, ou la situation d'une série et la réutilise dans le contexte d'une autre, tout en y mêlant ses souvenirs. C'est un individu ordinaire dépassé par son époque, celle de la connexion immédiate ou de l'info en continu, pris de vertige, il s'enferme chez lui pour chercher les réponses à ses questions en passant de l'autre côté du miroir, et en se laissant complètement absorbé par l'univers de la fiction. Il ne vit pas par procuration l'histoire des personnages, il utilise les sujets ou les situations pour essayer de comprendre ce qui le hante, il est perpétuellement dans un monologue intérieur. D'autres personnages traversent ce roman, Richard/Rich milliardaire le jour, SDF la nuit, l'écrivain Harold qui représente le monde d'avant... Une quête effrénée d'identités morcelées qui prend, comme toujours chez T. Benacquista, des chemins de traverses inédits.

Prochainement

Hommage à Joseph Ponthus

alaligne

Ceux qui, comme nous, ont eu la chance de découvrir en 2019 « A la ligne. Feuillets d'usine » et ont assisté ébahis à ce prodige, avoir sous les yeux un grand texte et en avoir la certitude, sont en état de sidération depuis l'annonce du décès de Joseph Ponthus, le 27 février à l'âge de 42 ans.

Nous souhaitons que toutes celles et ceux qui liront cet article se précipitent chez leur libraire afin de découvrir celui, qui en 250 pages, aura démontré ce que l'écriture peut faire passer de vie et d'émotion quand elle est juste, sans gras, rythmée et touche à l'essentiel. Quand, par la grâce d'un regard singulier, elle invente une langue qui parle à tout le monde. Nous avons assisté à ce miracle et nous souhaitons le partager avec vous. Ce texte composé de feuillets, écrits au jour le jour, en dit plus long sur la condition ouvrière au XXIème siècle en France que tous les essais de sociologie réunis. Parce que Joseph Ponthus ne trouvait pas de travail, en Bretagne où il avait rejoint sa compagne, il s'est inscrit en intérim et a immédiatement été engagé par des usines du secteur agroalimentaire, poissonneries industrielles et abattoirs, où il embaucha à toute heure du jour et de la nuit pendant deux ans et demi. La chaîne a été renommée « ligne de production », les contremaîtres sont devenus des « personnes ressources » et les ouvriers des « opérateurs de production » mais la pénibilité, les cadences, la souffrance physique n'en ont pas été atténuées pour autant. Alors pour supporter la répétition de ces rituels épuisants, l'ouvrier intérimaire Joseph Ponthus écrit tous les soirs, les mots, les images qui lui ont traversé l'esprit durant la journée. Ces feuillets d'usine deviennent un long poème en prose de 250 pages sans ponctuation qui raconte ce réel et le transforme en un texte qui a le pouvoir de faire surgir une émotion communicative qui plonge le lecteur dans cette autre réalité, la vie à la ligne sur les lignes de production.  Tout y est, au fil des pages du manuscrit, on découvre cet homme singulier, l'amoureux, le fils, le poète habité par les images, les mots des autres (Trenet, Cendrars, Dumas, Appolinaire, Aragon....) qui le sauvent de son quotidien et qu'il convoque sur la chaîne pour ne pas devenir fou. 

« Au fil des heures et des jours le besoin d'écrire s'incruste tenace comme une arête de poisson dans la gorge

Non le glauque de l'usine

Mais sa paradoxale beauté »

Lire la suite...

Connexion