"La vie parfaite" Silvia Avallone - éd Liana Levi

Silvia Avallone poursuit sa grande fresque sur l'Italie des années Berlusconi. Bologne et sa périphérie forment le décor de ce troisième roman. Adèle vient d'avoir dix-huit ans, elle vit dans la cité des Lombriconi, elle part accoucher seule, le père de son enfant est un petit voyou de la cité. Ce qu'elle sait des adultes qui l'entourent ne l'engage pas à imaginer un avenir radieux pour l'enfant à naître. Et elle n'arrive pas à décider si elle doit ou non le garder ou accoucher sous x. Autour d'Adèle gravitent d'autres personnages, des jeunes qui quels que soient les chemins empruntés, tentent de s'arracher à des parents abîmés par la vie. Silvia Avallone explore cet état si particulier, mêlé de peur et d'émerveillement qu'est la maternité mais revient toujours sur la ligne de démarcation sociale. Les violences faites aux femmes, la férocité de certaines « ce magma de sentiments viscéraux qui nous animent et nous échappent », les épouses humiliées, les compétitions entre femmes et un rapport aux hommes profondément marqué par l'acceptation de la domination. Elle interroge les lieux où l'on grandit, le déterminisme social, l'accès à la culture comme moyen d'émancipation. Les héroïnes de Silvia Avallone n'acceptent pas leur passé sur lequel ont pesées les fautes des autres, elles sont en guerre, elles ont la force de se mesurer à ce qui fait mal. Silvia Avallone est une des grandes voix du néo-réalisme italien actuel.

 

Prochainement

Hommage à Joseph Ponthus

alaligne

Ceux qui, comme nous, ont eu la chance de découvrir en 2019 « A la ligne. Feuillets d'usine » et ont assisté ébahis à ce prodige, avoir sous les yeux un grand texte et en avoir la certitude, sont en état de sidération depuis l'annonce du décès de Joseph Ponthus, le 27 février à l'âge de 42 ans.

Nous souhaitons que toutes celles et ceux qui liront cet article se précipitent chez leur libraire afin de découvrir celui, qui en 250 pages, aura démontré ce que l'écriture peut faire passer de vie et d'émotion quand elle est juste, sans gras, rythmée et touche à l'essentiel. Quand, par la grâce d'un regard singulier, elle invente une langue qui parle à tout le monde. Nous avons assisté à ce miracle et nous souhaitons le partager avec vous. Ce texte composé de feuillets, écrits au jour le jour, en dit plus long sur la condition ouvrière au XXIème siècle en France que tous les essais de sociologie réunis. Parce que Joseph Ponthus ne trouvait pas de travail, en Bretagne où il avait rejoint sa compagne, il s'est inscrit en intérim et a immédiatement été engagé par des usines du secteur agroalimentaire, poissonneries industrielles et abattoirs, où il embaucha à toute heure du jour et de la nuit pendant deux ans et demi. La chaîne a été renommée « ligne de production », les contremaîtres sont devenus des « personnes ressources » et les ouvriers des « opérateurs de production » mais la pénibilité, les cadences, la souffrance physique n'en ont pas été atténuées pour autant. Alors pour supporter la répétition de ces rituels épuisants, l'ouvrier intérimaire Joseph Ponthus écrit tous les soirs, les mots, les images qui lui ont traversé l'esprit durant la journée. Ces feuillets d'usine deviennent un long poème en prose de 250 pages sans ponctuation qui raconte ce réel et le transforme en un texte qui a le pouvoir de faire surgir une émotion communicative qui plonge le lecteur dans cette autre réalité, la vie à la ligne sur les lignes de production.  Tout y est, au fil des pages du manuscrit, on découvre cet homme singulier, l'amoureux, le fils, le poète habité par les images, les mots des autres (Trenet, Cendrars, Dumas, Appolinaire, Aragon....) qui le sauvent de son quotidien et qu'il convoque sur la chaîne pour ne pas devenir fou. 

« Au fil des heures et des jours le besoin d'écrire s'incruste tenace comme une arête de poisson dans la gorge

Non le glauque de l'usine

Mais sa paradoxale beauté »

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