"L'autre moitié de soi" Brit Bennett - éd Autrement

Brit Bennett, jeune auteure américaine du "Cœur battant de nos mères", qui a remporté le prix Lire du meilleur premier roman en 2017, revient avec "L’Autre Moitié de Soi", un roman sur la quête identitaire. Mallard, en Louisiane, est une ville fictive et fantôme, fondée en 1848 par Alphonse Decuir et peuplée par des générations de Noirs-Américains «  chacune plus claire que la précédente  ». Une ville pour des gens qui ne seront jamais blancs mais qui ne veulent plus être noirs. En 1938 naissent dans cette ville des jumelles, Stella et Desiree Vigne. Tirées à seize ans de l’école par leur mère pour faire le ménage chez de riches familles blanches, elles fuguent ensemble pour la Nouvelle-Orléans, où leurs chemins se séparent. Des années plus tard, Desiree revient à Mallard avec une petite fille à la peau très sombre. Stella, elle, a disparu depuis des années, de l’autre côté de la «  ligne de couleur  ». C’est Stella qui fait cette expérience en prenant un poste de secrétaire dans une entreprise qui la considère blanche, avant de grimper les échelons de la société en se mariant à un Blanc fortuné. Lorsque l’on retrouve ce personnage plus tard dans le roman, c’est d’abord sa solitude qui est marquante, sa peur constante d’être démasquée, de tout perdre, qui la pousse à couper tout contact avec sa famille et à entretenir une méfiance parfois virulente, envers les Noirs. Le roman s’inscrit dans l’héritage de la catégorie de la littérature américaine dite de «  passing  ». Elle explore cette action du passage de la ligne de couleur effectué par les Noirs-Américains dont la teinte de peau plus claire leur permet de passer pour blancs. Le genre explore les questions identitaires mais aussi l’aliénation et la dangerosité potentielle de cette action pour les passeurs, dans des sociétés qui séparent durement les Noirs des Blancs. Un roman exceptionnel.

Prochainement

Hommage à Joseph Ponthus

alaligne

Ceux qui, comme nous, ont eu la chance de découvrir en 2019 « A la ligne. Feuillets d'usine » et ont assisté ébahis à ce prodige, avoir sous les yeux un grand texte et en avoir la certitude, sont en état de sidération depuis l'annonce du décès de Joseph Ponthus, le 27 février à l'âge de 42 ans.

Nous souhaitons que toutes celles et ceux qui liront cet article se précipitent chez leur libraire afin de découvrir celui, qui en 250 pages, aura démontré ce que l'écriture peut faire passer de vie et d'émotion quand elle est juste, sans gras, rythmée et touche à l'essentiel. Quand par la grâce d'un regard singulier elle invente une langue qui parle à tout le monde. Nous avons assisté à ce miracle et nous souhaitons le partager avec vous. Ce texte composé de feuillets écrits au jour le jour en dit plus long sur la condition ouvrière au XXIème siècle en France que tous les essais de sociologie réunis. Parce que Joseph Ponthus ne trouvait pas de travail en Bretagne ou il avait rejoint sa compagne, il s'est inscrit en intérim et a immédiatement été engagé par des usines du secteur agroalimentaire, poissonneries industrielles et abattoirs, où il embaucha à toute heure du jour et de la nuit pendant deux ans et demi. La chaîne a été renommée « ligne de production », les contremaîtres sont devenus des « personnes ressources » et les ouvriers des « opérateurs de production » mais la pénibilité, les cadences, la souffrance physique n'en ont pas été atténuées pour autant. Alors pour supporter la répétition de ces rituels épuisants, l'ouvrier intérimaire Joseph Ponthus écrit tous les soirs, les mots, les images qui lui ont traversé l'esprit durant la journée. Ces feuillets d'usine deviennent un long poème en prose de 250 pages sans ponctuation qui raconte ce réel et le transforme en un texte qui a le pouvoir de faire surgir une émotion communicative qui plonge le lecteur dans cette autre réalité, la vie à la ligne sur les lignes de production.  Tout y est, au fil des pages du manuscrit, on découvre cet homme singulier, l'amoureux, le fils, le poète habité par les images, les mots des autres (Trenet, Cendrars, Dumas, Appolinaire, Aragon....) qui le sauvent de son quotidien et qu'il convoque sur la chaîne pour ne pas devenir fou. 

« Au fil des heures et des jours le besoin d'écrire s'incruste tenace comme une arête de poisson dans la gorge

Non le glauque de l'usine

Mais sa paradoxale beauté »

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