Focus sur l'écrivain : Raymond Carver

"Ciseaux", troisième roman de Stéphane Michaka, paru au mois d'octobre 2012 chez Fayard, est une mise en scène épistolaire unissant les destins et les états d'âme de Raymond, écrivain rongé par l'alcool et par une vie écrasante, de sa femme Maryann, d'un certain Douglas, éditeur intéressé par le travail du premier, et de Joanne, une poétesse en devenir.


Ce récit ne se révèlerait que « passionnant » si on ne s'en tenait qu'à sa dimension littéraire, mais le fait qu'il soit inspiré en partie par la vie de Raymond Carver et de personnes ayant gravités autour du novelliste donne également une dimension documentaire à ce livre, ce qui est l'occasion pour nous de nous (ré)intéresser aux écrits de celui qui fut nommé par certains journalistes, à la fin de sa vie, le « Tchékhov » américain.


Raymond Carver, né en 1938, ne fut, jusqu'à la fin des années 1970, qu'un écrivain au succès confidentiel, surtout connu pour la publication de nouvelles dans la revue Esquire, ainsi que pour celle d'un recueil, intitulé "Tais-toi, je t'en prie". Pourtant, la parution en 1981 de "Parlez-moi d'amour" aux États-Unis va radicalement changer la donne : il va ainsi passer, en l'espace de quelques mois, du statut de quasi-anonyme à celui de superstar des lettres américaines. Il est recouvert de prix, occupe des postes honorifiques à la faculté, et exercera une grande influence sur une génération entière d'écrivains ( Richard Ford et Jay Mcinerney par exemple). La « victoire » a pourtant un goût amer pour Carver : les nouvelles qui lui ont apporté la reconnaissance ne sont pas tout à fait les siennes. Le novelliste a certes officié à l'écriture, mais c'est Gordon Lish (le fameux « Ciseaux » du roman de Michaka), éditeur de son état qui, voyant en cet écrivain de l'ombre un diamant littéraire « brut », va se charger de donner à ses histoires des contours qui en font presque tout autant son œuvre que celle de Carver. Le travail éditorial de L'olivier, via la parution de "Débutants", manuscrit original - inédit à ce jour - de "Parlez-moi d'amour", permet de rendre compte au lecteur des différences notoires entre le Carver « brut » et le Carver « sous contrôle Gordon Lish ». Ainsi, des nouvelles se sont vues amputer jusqu'aux trois-quarts,des titres ont été modifiés, ainsi que certaines chutes. L'éditeur Lish coupait dans les phrases de Carver, y chassant toute trace de sentimentalisme, recherchant une écriture plus sobre, moins ronde, comme désaffectée. Si le procédé se discute ( à ce propos, lire la lettre de protestation qu'adressa l'écrivain à son éditeur dans le recueil Débutants), force est de reconnaître que le travail de Gordon Lish a contribué à donner cette justesse si particulière au nouveau maître de la nouvelle américaine.
Dans les années qui suivirent, l'écrivain, grâce à la reconnaissance dont il jouit, possèdera le final cut sur ses parutions, notamment pour "Les Vitamines du bonheur", son chef d'œuvre paru en 1983. Une véritable ode à la nouvelle en même temps qu'un jallon l'emmenant vers d'autre cieux, ou l'art et la manière façon Carver de vous bouleverser avec une somme de détails et de vies apparemment sans histoires.
A signaler que les éditions de L'olivier ont entrepris, depuis 2010, l'édition ou la réédition en français de l'œuvre de Raymond Carver. agrémentée de documents inédits.


Parution en collection Points, aux éditions du Seuil, à partir de fin Février 2013.

 

Prochainement

 

Jeudi 15 février à 20h, nous recevrons Jean-Luc Coatalem. 

Une soirée sous le signe de la passion et du voyage, sur les traces de Paul Gauguin et Victor Segalen.

Jean-Luc Coatalem nous entraînera, dans son sillage, sur les pas de ces deux grands voyageurs qui ne cessent d'alimenter son imaginaire et qui ont modifié et enrichi notre vision du monde. 

 

"Mes pas vont ailleurs", publié à la rentrée 2017, a été couronné par le Prix Femina Essai et par le Prix de la Langue française.  

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