Focus sur l'écrivain : Valentine Goby

Voilà quelques années que Valentine Goby se consacre à des sujets difficiles, souvent vus et revus par les historiens, mais pour lesquels elle trouve toujours un angle d'attaque très personnel qui permet d'approcher ce que ses personnages ressentent au plus profond d'eux mêmes. C'est une écriture incarnée, précise, dérangeante car elle nous fait toucher à des blessures profondes et inaltérables.

                                          celui qui touche                        Lchappe

Dans « L'échappée », qui se déroule aussi durant la seconde guerre mondiale, Valentine Goby décrit l'humiliation des femmes pourchassées à la libération pour leurs amours interdites.
« Qui touche à mon corps, je le tue » est un roman sur l'avortement dans les années 40. «Banquises » aborde le thème du deuil impossible quand disparaît, sans laisser de trace, un proche. Valentine Goby s'engage toujours à rechercher dans le vécu intime où se nichent réellement les coups portés par l'adversaire.
Depuis 2002, Valentine Goby compose simultanément une oeuvre importante pour la jeunesse. 

 

                                                                             kinderzimmer

« Kinderzimmer » est un grand roman d'apprentissage et d'éveil à la condition humaine. Valentine Goby dit dans un entretien :« ces femmes entreprennent le travail de la vie pour ne pas mourir avant la mort ».

Depuis plus de trente ans, Suzanne Langlois, se rend dans les lycées et raconte son histoire, les faits, les dates en commençant toujours son récit par « nous marchons jusqu'au camp de Ravensbrück ».
Un jour une élève l'interpelle et lui demande comment elle savait que le camp était celui de Ravensbrück. Le trouble la saisit et elle réalise qu'elle ne savait rien, car l'histoire alors n'avait pas été écrite. C'est de cette totale ignorance que Valentine Goby s'empare pour raconter l'histoire de Suzanne Langlois, renommée Mila, et qui arriva enceinte, au printemps 1944, dans un camp de travail pour déportées politiques. En toute fin du roman, il y a cette phrase qui cerne la mission dont s'est investie Valentine Goby : « Il faut des historiens, pour rendre compte des événements, des témoins imparfaits qui déclinent l'expérience singulière, des romanciers pour réinventer ce qui a disparu à jamais, l'instant présent ».

Valentine Goby s'applique à rendre présent le passé, elle revient au point de départ, l'arrestation, le camp de transit et l'arrivée en Allemagne où tout commence mais où rien n'est reconnaissable parce qu' il n'y a plus de repères possibles et que tout doit être réinventé pour survivre : apprendre à se blottir auprès de l'autre sur la paillasse pour se réchauffer, éviter de respirer dehors quand il fait trop froid... elle re-part de zéro, à une époque d'avant le langage car il faut apprendre la langue du camp et elle doit interroger en permanence son corps pour survivre.
Le récit est au présent afin de ne pas devancer son personnage qui avance dans le tunnel de la mort mais qui grâce à un pari fou « Le chien n'a pas mordu » ne succombera pas à la tentation d'en finir plus tôt comme d'autres prisonnières. Et c'est aussi là, la grande maîtrise de ce roman qui ne tombe jamais dans « l'angélisme » ou le « pathos » mais où s'incarnent, de façon très subtile, ce que certains appelleraient des signes du destin ou d'autres une énergie vitale, des événements qui auraient pu mal tournés mais qui permettent de survivre pour alimenter cette résistance au jour le jour.
Comment expliquer cet élan de vie alors que ces femmes traversent les ténèbres et s'acheminent en toute conscience vers la mort. Elles semblent prendre la vie comme un devoir ou un don qu'il faut honorer et elles retissent chaque jour le fil de leurs très faibles existences par petites touches en se donnant des missions héroïques : trouver les moyens d'alimenter les nourrissons en leur trouvant des mères de substitution quand le lait se tarit... alors que l'âge moyen de survie dans la kinderzimmer n'excède pas trois mois. Ces quelques heures de plus ravies à la mort leur redonnent cette dignité perdue et anéantie par la loi du camp, c'est aussi une résistance à l'ennemi alors que même au plus proche de la fin du conflit, elles ne pensent pas survivre.

Valentine Goby a rencontré les descendants de quelques survivantes de Ravensbrück, ce livre s'inspire d'histoires vécues. Elle ne met pas de côté l'après. La sortie du camp et le long chemin du retour durant lequel il faudra continuer à tenir la mort à distance, la vie qui reprend à Paris pour Suzanne Langlois, la confrontation avec sa famille qui s'interroge sur les origines de l'enfant qu'elle ramène avec elle. Elle taira comme tant d'autres l'inénarrable et l'indicible. Elle portera comme l'héroïne de « L'échappée » les stigmates de cette expérience humaine du rien et de la chute.

 

Prochainement

Rencontres en juin. 

gloriasteimen

Mercredi 6 juin à 20h : Soirée consacrée à Gloria Steinem, la plus célèbre des féministes américaines. "Actions scandaleuses et rébellions quotidiennes", vient de paraître aux Editions du Portait. Ce recueil de 26 textes, jamais traduits en français, retrace quinze années de la vie de Gloria Steinem, passées à défendre l'égalité homme-femme. Une personnalité exceptionnelle à découvrir avec Rachèle Bevilecqua, qui est à l'origine de la traduction et de la publication de ce livre majeur.

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Mercredi 20 juin à 20h : "Le Paris de François Truffaut" nous sera révélé par Philippe Lombard, auteur chez Parigramme d'un livre consacré au cinéaste et à sa ville. Une évocation en textes et en images des lieux de tournage chers au cinéaste, que nous revisiterons avec l'auteur le temps d'une soirée. Soirée cinéphiles. Venez révisez vos classiques.

Pour assiter à ces soirées, inscrivez-vous par mail ou tél, ou passez nous voir, nous vous inscrirons.

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