Focus sur Marguerite Audoux

Lire et relire Marguerite Audoux : " Marie Claire " et  "l'atelier de Marie-Claire"


Ces deux romans retracent l'itinéraire d'une femme d'exception, écrivain et couturière, qui vécut entre le boulevard Raspail et le Boulevard du Montparnasse, rue Léopold Robert, entre 1910 et 1937

Elle reçut en 1910, pour son premier roman « Marie-Claire », le prix Femina.

« L'atelier de Marie-Claire », publié en 1920, raconte la vie d'une ouvrière Marie-Claire dans le quartier Montparnasse au début du XXème siècle. C'est un témoignage exceptionnel sur la vie des ouvrières dans les ateliers de couture à Paris et dans notre quartier en particulier.

« Certains textes ont le pouvoir de vivre et de toucher bien au delà de leur époque » ceux de Marguerite Audoux sont de ceux là.

 

                                                                                                livre MA

 

La vie de Marguerite Audoux se confond avec son oeuvre :


Marguerite Audoux naît à Sancoins dans le Berry en 1863. Après le décès de sa mère et le départ de son père, elle est placée dans un orphelinat religieux à Bourges jusqu'à l'âge de 13 ans.

M. Audoux évoque dans « Marie-Claire » ses années d'internat, où elle est exposée à la mesquinerie, la jalousie mais aussi à la bienveillance des soeurs. A 14 ans, elle est louée à un fermier du Cher pour garder ses troupeaux. Elle raconte ses débuts à la campagne, ses peurs d'enfant qui ignore tout de la vie rurale dans une ferme complètement isolée sans aucune distraction, hormis un vieil almanach qui deviendra son principal livre de chevet. Elle vit dans un dénuement total mais développe une sensibilité rare pour la nature, dont elle saura, plus tard, en écrivant sur ses cahiers, restituer la beauté. Elle possède aussi une forte intuition des êtres qu'elle croise et qu'elle sait décrire dans toute leur complexité. Ces talents d'observatrice conjugués au travail acharné et laborieux d'écriture qu'elle entreprend seule, malgré très peu de lectures, lui permettent de rédiger ces souvenirs d'enfance, de cette manière si personnelle. Certains auteurs citerons, Marcel Proust notamment, le cas Marguerite Audoux. Car on ne cesse de s'interroger sur le mystère de cet(te) écrivain qui construisit une oeuvre si riche et si originale.
Au début du siècle, elle a une quarantaine d'années, elle vit à Montparnasse. Elle rencontre un jeune employé des postes Michel Yell et son ami Charles-Louis Philippe (futur auteur du « Bubu de Montparnasse »). Ils veulent devenir écrivains et fréquentent des cercles littéraires où ils croisent Léon-Paul Fargues, Valéry Larbaud, Alain Fournier... Ce petit groupe accueille Marguerite Audoux. Quand ces jeunes auteurs découvrent les carnets qu'elle tient depuis de nombreuses années et qu'elle rédigeait « pour tromper l'ennui » dit-elle, ils pensent être en présence d'une oeuvre majeure qui ne demande qu'à être retravailler. Ce travail de réécriture et d'ajustement lui prendra quelques années, elle continue son métier de couturière et souffre d'une cécité partielle. Mais en 1910 le roman « Marie Claire » est lu par Octave Mirbeau, il l'impose en feuilleton à « La grande revue » et c'est Jean Giraudoux qui en écrira la préface pour la revue. Octave Mirbeau fait publié le texte intégral chez Fasquelle. Il se bat pour lui faire obtenir le prix Goncourt. Elle obtiendra le prix « Fémina vie heureuse ». 75 000 exemplaires seront vendus cette même année et les droits de traduction acquis par 7 pays.
Elle met dix ans à écrire son second roman « L'atelier de Marie-Claire » qui paraît en 1920. Le récit s'ouvre sur l'atelier où Marie-Claire / Marguerite Audoux travaille, avenue du Maine. Elle y décrit la vie d'un groupe d'une dizaine de couturières qui vivent dans le quartier. Elles logent au 6 ème étage dans des chambres sans chauffage, ni cuisine, ni sanitaire. Quand l'atelier de couture ne peut plus leur procurer suffisamment de travail durant la morte saison, elles vont à l'usine. Certaines sont emportées très jeunes par des maladies mal soignées. Cependant la force vitale qui anime ces jeunes femmes transforme parfois cette vie de labeur en une existence parfois joyeuse et lumineuse où la danse et le chant tiennent une grande place. On voit émerger dans ce roman toute une époque avec l'avènement du travail à façon, les modes changeantes, le goût du luxe qui touche toute la bourgeoisie parisienne.
C'est un témoignage exceptionnel sur la vie du quartier Montparnasse, dans les milieux ouvriers au tout début du Xxème siècle.
Ces ouvrières, qui habillent toutes ces femmes du monde ont de l'or au bout de leurs doigts. Certaines scènes de travail à l'atelier font penser à d'autres qui pourraient avoir lieu aujourd'hui dans des maisons de haute couture. Serge Lagerfeld contribua activement à la pose de la plaque perpétuant le souvenir de Marguerite Audoux au 10 rue de la rue Léopold Robert en 1998. Il rendit ainsi l'hommage de la profession à la couturière Marguerite Audoux.

 

Marguerite Audoux et ses contemporains

Octave Mirbeau préfaça le roman « Marie-Claire » lors de sa parution aux éditions Fasquelle en 1910. Voici quelques extraits tirés de l'éloge qu'il rend à l'auteur et qui révèlent plus encore les qualités de cette oeuvre.

« Marie-Claire est une oeuvre d'un grand goût. Sa simplicité, sa vérité, son élégance d'esprit, sa profondeur, sa nouveauté sont impressionnantes. Tout y est à sa place, les choses, les paysages, les gens. Ils sont marqués, dessinés d'un trait, du trait qu'il faut pour les rendre vivants et inoubliables...et l'on sent bien passer la phrase des grands écrivains : un son que nous n'entendons plus, presque jamais plus, et où notre esprit s'émerveille. »
« Pas de sordide comme chez Zola ou d'hyper-réalisme. C'est la vie qui est décrite, une vie vécue et non imaginée par les écrivains bourgeois qui s'étaient au 19ème siècle penchés sur le sort des petites gens des villes et des campagnes. »
« Chez l'auteur de Marie-Claire, le goût de la littérature n'est pas distinct de la curiosité supérieure de la vie, et ce qu'elle s'amusa à noter, ce fut, tout simplement, le spectacle de la vie quotidienne, mais encore plus ce qu'elle imaginait, ce qu'elle imaginait de l'existence des gens rencontrés. Déjà, ses dons d'intuition égalaient ses facultés d'observation. »
« C'est ce sens inné de la langue qui lui permet non pas d'écrire comme une somnambule, mais de travailler sa phrase, de l'équilibrer, de la simplifier, en vue d'un rythme dont elle n'a pas appris à connaître les lois mais dont elle a dans son sûr génie, une merveilleuse et mystérieuse conscience »
« Elle est douée d'imagination, mais entendons-nous, d'une imagination noble, ardente et magnifique, qui n'est pas celle des jeunes femmes qui rêvent et des romanciers qui combinent. Elle n'est ni à côté ni au delà de la vie ; elle semble seulement prolonger les faits observés, et les rendre plus clairs. Si j'étais critique, ou, Dieu ne plaise, psychologue, j'appellerais cette imagination une imagination déductive. »
« Lisez Marie-Claire... et quand vous l'aurez le, sans vouloir blesser personne, vous vous demanderez quel est parmi nos écrivains.... celui qui eût pu écrire un tel livre, avec cette mesure impeccable, cette pureté et cette grandeur rayonnantes »

Prochainement

lombredelalune

Agnès Mathieu-Daudé, jeudi 7 décembre à 20h.

Agnès Mathieu-Daudé présentera "Un marin Chilien" et "L'ombre de la lune". Des héros presque ordinaires projetés hors de leur cadre, dans une succession d'événements invraisemblables. Il était une fois, Alberto un géologue chilien parti observer une irruption volcanique en Islande. Parce qu'il a bu un café chez la belle Thorunn il se retrouve, à son insu, propriétaire d'une conserverie de poissons hors d'usage. Blanche, trentenaire un peu guindée, travaille dans un musée, fan de football et de peinture, elle convoie une oeuvre de Goya pour une exposition au Prado. Elle se retrouve aux prises avec la mafia chinoise et bientôt fortement éprise d'Attilio, ex-mafieux sicilien qui a repris du service. Mais où vat-elle chercher tout cela ? Laissez-vous porter par les histoires insensées d'Agnès Mathieu-Daudé qui excelle dans la mise en scène de rencontres improbables en se jouant du choc des cultures avec ingéniosité et élégance. Rares sont les auteurs qui nous embarquent, dès les premières lignes, dans des récits apparemment loufoques et débridés mais qui en disent plus long qu'il ne paraît, sur la tentation romanesque tapie en chacun de nous. Deux contes pour adultes qui débordent d'énergie, deux remèdes à la mélancolie hivernale, à lire sans attendre et amicalement prescrits par votre libraire.

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