Club de lecture 2016 - sélection 2

Cinq romans choisis par le club de lecture en mars 2016

lechagrindesvivants  "Le Chagrin des vivants" Anna Hope. Pour ce premier roman à l’écriture très maitrisée, Anna Hope nous emmène à Londres pendant cinq jours du mois de novembre 1920. La capitale attend le retour du soldat inconnu, rapatrié des batailles du nord de la France, pour un hommage national. Au même moment à Paris, se déroulera la cérémonie à l’Arc de Triomphe. À Londres, trois femmes vont vivre ces cinq journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué, travaille au bureau des pensions de l'armée, Ada ne cesse d'apercevoir la silhouette de son fils pourtant tombé au front tandis qu’ Hettie, danseuse de compagnie le soir pour d’anciens soldats, doit supporter le désespoir de son frère, de retour du front. Loin d’être des privilégiées, ces trois héroïnes travaillent : petit à petit, se dessine donc le portrait de la société britannique, après la Première guerre mondiale. Très documenté, ce récit n’a cependant rien d’un exposé qui serait didactique. Le talent d’Anna Hope consiste en effet à faire vivre et parler ses personnages d’une façon si subtile et si contemporaine que le lecteur est d’emblée à leurs côtés et une fois le livre refermé, il ne les oublie pas. Ce premier roman est un coup de maître et on attendra avec impatience le second d’Anna Hope. M.D.

 larenverse  "La renverse" Olivier Adam. La renverse est la courte période de temps entre deux marées. Antoine, le narrateur, est figé dans cet état d’entre-deux depuis des années, depuis qu’il a quitté le domicile familial à 17 ans pour fuir un scandale politico sexuel impliquant sa mère. A la mort accidentelle du politicien au cœur du scandale, Antoine se replonge dans le passé et revient sur les détails de l’affaire. L’intérêt du livre n’est pas tant lié au fait divers qu’à l’attitude des parents d’Antoine face à l’évènement. Dans cette famille dominée par la mère, parfaite en apparence mais égoïste et dépourvue de sentiments maternels, les deux fils ont beaucoup souffert de parents centrés sur eux-mêmes, incapables d’aimer et de protéger leurs enfants. Le livre très convaincant, montre comment sous le voile de la perfection, une famille peut être dysfonctionnelle et destructrice. P.S.

 legrandmarin  "Le grand marin" Catherine Poulain. Dans ce premier roman largement autobiographique, Lily, une petite femme à la voix fluette, éprise d’espace et de liberté, quitte la France pour partager la vie des pêcheurs de morue et de flétans dans les eaux glaciales au large de l’Alaska. Elle se bat quotidiennement pour se faire admettre par ces hommes au parcours chaotique et douloureux qui n’empêche pas la tendresse. Des phrases courtes, souvent poétiques, nous permettent d’être dans l’histoire. Avec Lily, on vit la tempête, le froid, l’humidité, les nuits sans sommeil et les étapes dangereuses et rudes de la pêche. On vit aussi l’inactivité au port, en attente d’un nouvel embarquement, la recherche d’un hébergement précaire et les moments partagés dans les bars avec les autres marins. Aucun pathos dans ce récit de l’extrême, mais de la tendresse et beaucoup de poésie. Un livre magnifique.SF

 enattendantbojangles  "En attendant Bojangles" Olivier Bourdeaut. Le titre évoque une chanson de Nina Simone, sur laquelle Louise et Georges dansent inlassablement sous le regard ébloui de leur fils. C'est l'histoire de ce couple, de leur vie qu'ils ré-inventent chaque jour et transforment en un tourbillon de fêtes, de rires, d'amour et d'amitiés. On croise chez eux un grand oiseau exotique, appelé Mademoiselle Superfétatoire, des amis fantasques, noceurs et libres. Un enfant qui observe le balai des adultes et pour qui chaque jour est une fête. C'est un roman d'une poésie et d'une générosité rares, qui emporte loin, très loin parce que c'est l'histoire d'un amour absolu et fou que n'entrave aucun principe de réalité. Une énorme surprise littéraire, un cadeau exceptionnel fait aux lecteurs. Merci Olivier Bourdeaut, pour ce fabuleux premier roman qui procure un bonheur immédiat et sans limite. Prix du Roman des Etudiants France-Culture – Télérama mars 2016.S.L.

 illettré   « Illettré » : le beau et poignant roman de Cécile Ladjali est centré sur le combat de Léo contre son illettrisme, handicap invisible qui l’isole totalement. Léo ne peut pas « lire un courrier, lire les pancartes à l'usine ce qui lui éviterait de passer sous un rouleau compresseur, (..), faire ses courses sans acheter toujours la même chose (…), lire le nom des stations de métro, lire le nom des rues, (..)». Il tombe amoureux de Sybille, l’infirmière qui le soigne après un accident du travail, il voudrait lui déclarer son amour mais les mots - comme les lettres -restent bloqués, il est condamné au silence, à la solitude. Même si le style est parfois difficile, l’auteure nous livre une belle réflexion sur la dignité et l’estime de soi difficiles voire impossibles quand on souffre de ce handicap douloureux, qui souvent confine à la honte et qui est plus fréquent qu’on ne croit (2,5 millions de personnes en France). CG

cahierdesther"Les cahiers d'Esther" Riad Sattouff. L'auteur qui a gardé son âme d'enfant, nous plonge avec humour et tendresse dans ce monde tout en naïveté et réalisme, dessins expressifs, futés dans le mouvement continuel d'une petite fille de 10 ans, Esther, qui s'intéresse à tout avec un avis sur tout, enfin..."je crois" dit-elle ! Une enfance 2016, la maison de poupée sans poupée, le monde merveilleux de Disney, version « vraie vie »,  tout dans le réel, le fun de stars, beauté viatique de réussite, corps expressif, voix qui sert la mélodie d’amour. L'homme fort c'est son père, un peu "beauf ", l'appelle sa princesse, ses bras sont le refuge qui  protège ! Sa mère, elle, est "sympa", assure le temporel ! Avec ses copines, jouent au papa et à la maman, sans papa, les mamans gardent les bébés, elle est l'ado, achète les fringues et défile avec grâce. Touches subtiles sur les événements, des plus drôles au plus tragiques. Esther les survole, leur fait une place dans son quotidien ou les transforme en rêves. Son drame, pas d’Iphone avant l’entrée en CM2 ! Ses peurs, les mouches. Mais Esther c'est une vraie nana "peur de rien". ML

 

Prochainement

Rencontre avec J.B. Andrea.

Un premier roman bouleversant.

Mardi 17 octobre à 20 h.

mareine

Ce roman magnifique, singulier et inclassable, est une des plus belles découvertes de la rentrée littéraire.

Jean-Baptiste Andrea, célèbre l'enfance à travers la voix et la pensée d'un garçon de 12 ans qui souffre de troubles psychiques qui l'isolent et brouillent parfois sa perception de la réalité.

Depuis que son père lui a offert un blouson publicitaire de la marque Shell, il se fait appeler Shell. Il vit dans la vallée de l'Asse avec ses parents qui tiennent une station service. Quand il comprend qu'il sera bientôt placé dans un institut spécialisé, il fugue dans la montagne et va vivre tout un été, livré à lui-même.

Pour Shell, ce n'est pas une fuite, c'est le chemin qu'il doit prendre pour s'émanciper et devenir un homme. Il rencontre Viviane, elle apparaît comme un enchantement sur son chemin. Intrépide, effrontée, Viviane devient une compagne de jeu qui impose ses règles avec détermination. Elle sera sa "Reine". A ce titre, Shell ne pourra rien lui refuser et elle pourra tout lui demander.

Ces jeux innocents, fondés sur des défis enfantins, prennent parfois des tournures inquiètantes. Mais l'histoire appartient à Shell. C'est lui qui raconte, avec sa manière si singulière de considérer ce qui lui arrive.

 

Lire la suite...

Connexion