Les romans choisis par le club de lecture en mars-avril 2015

 

"La route de Beit Zera" Hubert Mingarelli - éd Stock

 la route de Beit Zera

Hubert Mingarelli est un auteur rare qui, sous une apparente simplicité évoque les conflits qui ravagent les vies humaines. Hubert Mingarelli n’écrit pas sur les guerres mais autour des guerres et sur l’intime des hommes dans les conflits. Un style resserré, une écriture visuelle qui décrit minutieusement les gestes du quotidien, les tensions et les affections qui minent en silence ses personnages. Stephan a pour seule compagnie une vieille chienne, il vit à l’écart de la ville et fabrique des boîtes en carton pour le compte d’un ami. Tous les jours, il écrit à son fils Yankel qui a fui le pays et vit en Nouvelle Zélande. Chaque soir un jeune garçon lui rend visite. Peu enclins à entrer en conversation, l’homme et l’enfant vont engager une relation sans paroles. Ils vivent en Israël près de la ville de Beit Zera. Le conflit israëlopalestinien a façonné leurs vies, un conflit jamais évoqué mais qui apparaît par petites touches. Cette guerre larvée les condamne à l’attente, à la solitude, au silence et au mutisme. J’aime depuis toujours les intonations feutrées et hésitantes de la voix d’Hubert Mingarelli. Il n’interroge pas l’histoire, il constate, raconte et témoigne de la condition d’humain en évitant la démesure ou l’allégorie pour demeurer au plus proche de l’instant.SL

 

"Les quatre saisons du citronnier" Souad Benkirane - éd Kathala

 

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A l’occasion d’un séjour chez sa petite-fille, tandis qu’une tempête de vent chaud fait rage à l’extérieur, une vieille marocaine, Morjane passe sa vie en revue. Au début du XXe siècle, à l’âge de 7 ans, elle a été enlevée à sa famille dans un village. Elle sera vendue plusieurs fois et à l’adolescence entrera au harem d’un riche marchand de Fez qu’elle réussira finalement à quitter. Ce premier roman de Souad Benkirane, nous livre avec pudeur et justesse la vie de Morjane au milieu de ce monde complexe des épouses, concubines et esclaves avec ses règles et ses luttes de pouvoir. Grâce à son intelligence, elle parvient à tirer un enseignement de toutes ses expériences bonnes ou mauvaises. Ce riche témoignage est particulièrement agréable à lire en raison d’une écriture lumineuse et poétique. SF  

 

"Vernon Subutex" Virginie Despentes - éd Albin Michel 

 

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Vernon Subutex, c’est le personnage central du roman, un ancien disquaire, fin connaisseur de rock, dont la boutique ferme alors qu’il a une quarantaine d’années. A partir de là, sa vie sombre lentement et à 50 ans, il finit dans la rue. Le livre raconte l’histoire de cette dérive. J’ai été complètement embarquée par ce roman, par son rythme, sa férocité et l’habileté de sa construction. On découvre ainsi, au gré des errances de Vernon et de ses hébergements successifs, des personnages et des milieux tout à fait incroyables qui sont décrits de manière très vivante. L’auteur n’épargne personne, le verbe est dur et acerbe, mais les portraits restent nuancés. Je trouve à ce titre sa démarche plutôt d’ordre anthropologique avec, retranscrit dans un style vif et alerte, l’objet de ses observations. J’attends le prochain volume avec impatience. PS  

 

"Je vous écris dans le noir" Jean-Luc Seigle - éd Flammarion

 

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« Aujourd’hui je me dis, en repensant à ce journal intime, que c’était surtout écrire qui m’intéressait. Ecrire m’obligeait à me dire la vérité…Je rêve de lumière avec toi, de grand jour, mais j’écris dans le noir. » p177. Essaouira 1963, Pauline Dubuisson rencontre Jean, il la demande en mariage. Mais Pauline a tué et a été tondue et violée après la guerre. Pauline écrit son journal intime, mais elle révélera avec quelques mots son histoire à Jean. Elle se délivrera de cette vérité si écrasante, avec la peur tenace de perdre ce nouvel amour. Comment dire ce qui nous oppresse en permanence ? Comment dire Sa vérité et enfin alléger la fatalité des événements ? Jean Luc Seigle incarne Pauline, l’emploi de la 1ère personne nous permet d’être au plus près de Pauline et de ressentir la terrible injustice d’une femme victime des hommes. Ce livre est fort, beau, dense, ce portrait remarquable reste inoubliable. VHS  

 

"Les événements" Olivier Rolin - éd POL

 

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Le narrateur traverse la France dévastée par une guerre civile, diverses factions s’affrontent : les Zuzus, l’Aqbri (Al-Qaïda dans les Bouches du Rhône Islamiques) et la FINUF (Forces d’Interposition des Nations Unies en France). Les références aux récentes guerres civiles sont évidentes. Le narrateur affronte des situations improbables à l’issue toujours aléatoire parfois burlesque, le doute et l’incertitude sont permanents. La poésie est toujours présente dé- crivant un talus uniformément rouge de coquelicots, le chant des passereaux, le chatoiement d’un ruisseau ou d’une voie ferrée sans éluder le chaos de la guerre. L’humour est acide, ironique sur les idéologies, sans illusions sur leurs protagonistes, sévère pour les journalistes. Le style très « rolinien » par la précision topographique des lieux, est éblouissant, minutieux, limpide, la phrase proustienne. Ce roman pourrait être un reportage-fiction invraisemblable. C’est en fait, une réflexion désenchantée sur le monde actuel. CG  

 

La BD : "Le choix" Désirée et Alain Frappier - éd Karthala

 

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Le choix ! le MLAC le réclame, le MLF le porte en banderoles et Simone Veil le fait voter par sa Loi sur la dépénalisation de l’avortement grâce au soutien de quelques médecins, infirmières et militants de tous bords politiques et religieux. Aujourd’hui le livre de Désirée et Alain Frappier nous fait revivre les grandes tensions de l’époque autour du droit à la contraception et son corollaire l’avortement, jusqu’aux dernières convulsions de 2014 en Espagne avec le projet Gallardon, ministre de la justice qui démissionnera lorsque son projet de loi sera retiré ! Je considère ce livre comme un témoignage majeur sur la liberté de tous, des femmes à disposer de leur corps, et des hommes associés à ces évènements. Le récit est sobre, généreux, infiniment documenté, comme toujours chez les Frappier. Les dessins en parfaite harmonie avec les textes. J'ai été touchée autant par les mots, de jolies phrases, et les poèmes, en particulier celui de fin où jaillit le souvenir du bonheur fugitif du couple au travers d’un vieux filet de badminton, que par la profondeur des regards de Marie et Adam au moment de leur décision. C'est aussi un livre qui nous emporte dans un questionnement sur la laïcité au sein de notre société. J'ai adoré. ML  

 

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