Les romans choisis par le club de lecture janvier-février 2015

 "Pain, éducation et liberté" Petros Markaris - éd Seuil

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Chaque jour, ‘’ la situation de la Grèce’’ revient  dans toute la presse, comme une rengaine, sans que nous comprenions ce que vivent les Grecs. L’enquête du commissaire Charitos  sur un meurtre nous plonge instantanément dans la réalité grecque. Ce livre, plein d’humour, est un kit de survie en territoire grec. On voit l’ingéniosité prendre le pouvoir à tous les étages : les jeunes diplômés financent des asiles pour retraités et pour SDF en dealant de la drogue, les femmes prennent en main la vie domestique en réinventant l’ancestrale soupe de haricots  pour toute la famille, les vieux sont enrôlés pour divers services plus ou moins légaux (gardes du corps, guetteurs, agents de renseignements). Livre passionnant et très bien écrit par le scénariste de Théo Angélopoulos, sorti un an avant la victoire du parti d’extrême gauche de Syriza.  Ce roman policier de Petros Markaris , « Pain, éducation, liberté » devrait être envoyé à tous les membres de la commission européenne. La vie à la grecque est un défi à ‘’ l’esprit allemand ‘’.  F.G.

"Americanah" Chimamanda Gnozi Adichie - éd Gallimard

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Ifemelu est le personnage féminin central du livre. Elle part étudier aux Etats-Unis où pendant 11 ans, elle vit, aime et travaille en animant un blog sur le thème de la race. De retour au Nigéria, elle renoue avec Obinze, autre personnage important du roman, qui fut son amour de jeunesse. Americanah est porteur des thèmes chers à l’auteur : la condition des noirs aux Etats-Unis, le statut précaire des immigrés africains quel que soit le pays où ils choisissent de vivre, les coiffures des femmes noires comme l’expression de leur identité et enfin,  l’attachement profond et viscéral au Nigéria. Cet ample roman compose avec Ifemelu, un magnifique portrait de femme qui affirme avec conviction et irrévérence sa ‘’négritude’’. Elle se définit comme une africaine qui aime les Etats-Unis mais qui reste avant tout proche de son pays par le cœur. PS

"Comment les grands de ce monde se promènent en bateau" M. Sadler - éd Flammarion

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Dans ce premier roman, Mélanie Sadler, imagine une intrigue rocambolesque. A partir d’un détail graphique insolite découvert par hasard sur un vieux parchemin, un professeur d’histoire argentin à la retraite, J. L. Borges, et un de ses collègues stambouliotes joignent leurs efforts pour, tels des détectives, essayer de confirmer ce qu’ils croient être une supercherie majeure de l’histoire du XVIème siècle. Le lecteur passe de l’empire Aztèque lors de l’arrivée de Cortés à l’empire ottoman sous le règne de Soliman le Magnifique. Il est tenu en haleine tout au long de ce récit plein d’humour, parsemé de nombreux clins d’œil et s’appuyant sur une connaissance approfondie de la littérature en général et hispanique en particulier. Un court roman d’aventure, original, drôle et très divertissant. SF

"Hérétiques" Leonardo Padura - éd Métaillé

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Ce livre m’a séduite par l’intérêt et la diversité des sujets traités, tous parfaitement documentés historiquement. Le récit très vivant nous fait partager la vie de la communauté juive dans les années 30 à La Havane et de ceux d’entre eux qui partiront finir leur vie et faire souche à Miami ; la vie des cubains  (compatriotes de l’auteur), farniente, terrasses, palabres et…rhum. Toujours à Cuba, nous découvrons les bandes de jeunes marginaux qui se sont créés dans les années 2000, en particulier les « emos » dont la philosophie de vie est la dépression. Au milieu du livre nous remontons le temps pour vivre à Amsterdam  en 1640/60, surnommée la nouvelle Jérusalem tant les juifs y vivaient sereinement. Nous y sommes aux côtés de Rembrandt, le Maître, et y suivons un jeune juif qui devient son élève,  tourmenté par  les interdits de sa religion en termes de représentation humaine et qui s’opposent à sa passion pour la peinture. Une intrigue savamment construite autour d’un tableau de Rembrandt,  propriété d’une famille juive polonaise, qui disparait à Cuba en 1939 et réapparait en 2007 dans une salle de vente à Londres  relie les trois parties de ce livre qui pourraient être lues indépendamment. Ceux qui font le choix de vivre libres ne risquent-ils pas d’être rejetés comme hérétiques, telle est une des nombreuses questions philosophiques proposées à notre réflexion. MM

"Les arpenteurs" Kim Zupan - éd Gallmeister

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Aux deux extrémités de la société, John Gload carrière de tueur au sang froid romantique, prisonnier en attente d'un procès, et Valentine Millakami policier et gardien,  jeune marié amoureux et candide. Les raccourcis entre eux: : un même drame familial à la préadolescence, un même milieu rural, une sensibilité identique  à la nature, vont créer le  lien. Le policier se défendra d’y prêter attention pour mener avec lucidité son enquête, mais sera utilisé par le tueur, pour favoriser la confidence et alléger le poids d’un lourd parcours. Il aura une sympathie pour ce jeune policier, nuit après nuit scrutera l'âme de Val, le protégera de lui-même, de sa vie amoureuse et de sa hiérarchie.  Peu à peu Val  devient le prisonnier moral de John. Même ses promenades nocturnes dans sa montagne ne parviendront plus à le libérer  de cette emprise qui l’enfermera dans les pensées de l'autre. L'écriture est magnifiée par la description d'une nature rythmée à la lenteur des jours, déchirée entre senteurs et gris nuancés, traversée de violences violacées. Le dénouement sera inattendu mais pas si surprenant ! ML

La BD : "Ulysse, les chants du retour" Jean Harambat - éd Actes Sud BD

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Jean Harambat convoque, pour le retour d'Ulysse sur sa terre natale Ithaque, un historien anthropologue Jean-Paul Vernant et son petit fils Juliu en promenade sur les plages bretonnes et son élève François Hartog historien en conflit sur la complexité successorale du fils d’un Père disparu et toujours vivant, un journaliste-humaniste Jean Paul Kauffmann qui en connaît un bout sur la disparition sans mort, un cinéaste Pasolini en repérage pour son film "Ulysse", une égyptologue Jacqueline de Romilly préférant  l'Iliade a l'Odyssée, le bibliothécaire d’ Ithaque qui mettra la clef sous la porte. Tous ces invités vont se fondre dans la légende et l'auteur dressera une fable moderne aux arguments mythologiques, du questionnement sur la vie, les ambitions, les amours et la mort, fin inéluctable avant laquelle s'impose la réappropriation du passé, et du soi. Le chant d'Homère est présent, renforcé par un dessin issu des fresques grecques, une île brumeuse que ne reconnait pas Ulysse, des objets antiques, des coutumes paysannes au tracé primitif, la chorégraphie des combats et des scènes de chasse. Les retrouvailles du père du fils en ombres chinoises. La nuit projette sa lumière blafarde sur le palais qu’Ulysse reprendra aux prétendants. Enfin le dernier désir d’Ulysse, séduire sa Penelope toujours belle, amoureuse peut être (!) de l'homme qui l'abandonna ainsi que leur enfant pour d'ambitieuses conquêtes en terres éloignées.  La fin nous révèle « ..une réalité qui ne peut se fondre dans la poésie, qui transforme, déforme pour nous faire voir une vérité et une beauté supérieures», face à la plage de Leucate ! ML

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