Club de lecture 2016 - sélection 1

Cinq romans choisis par le club de lecture en janvier 2016

 otageintime

« Otages intimes » Jeanne Benameur – éd Actes Sud

Etienne, photographe de guerre, a été retenu en otage pendant plusieurs mois. Libéré, il retourne se ressourcer dans son village natal. Il reprend peu à peu pied dans la normalité mais reste hanté par des images traumatisantes qui révèlent les blessures laissées par sa captivité. Le livre suit le chemin de cet homme vers sa reconstruction. Le retour à une réalité apaisée, Etienne le fait dans la simplicité du quotidien, en premier lieu avec sa mère, cette petite femme accrochée à sa terre, étrangère à toute idée de voyages qui autrefois ont coûté la vie à son mari. Il le fait également avec l’aide d’Enzo et de Jofranka, ses amis d’enfance qui ont suivi leur propre voie, lui ébéniste resté au village, elle avocate à la Haye. Unis par un indéfectible attachement, les quatre entretiennent avec la nature et la musique un lien essentiel qui leur permet à la fois de se retrouver et de se libérer, des autres mais aussi d’eux-mêmes. En sondant ces êtres dans leur profondeur, leur vérité intime et parfois secrète est mise au jour. Porté par une écriture et un style très personnels, ce livre magnifique explore dans l’humain sa dimension tragique, sa capacité d’amour et son besoin de liberté. Lisez ce roman puissant, magique et bouleversant. PS

 

 lasplendeurdanslherbe

« La splendeur dans l'herbe » Patrick Lapeyre – éd POL

Sybil et Homer ne se rencontrent que pour parler de leurs conjoints respectifs, partis refaire leur vie ensemble. Ces époux adultères sont au départ le seul ciment de leur relation qui peu à peu prend la forme et la consistance d’une histoire d’amour. Le roman raconte avec une infinie délicatesse l’évolution de cette relation, longtemps restée chaste malgré la présence d’un désir commun, lui ajournant sans cesse par ses atermoiements le moment de son accomplissement. Afin de mieux cerner les contours d’Homer, l’auteur remonte à l’enfance en mettant en scène Ana, sa mère, personne fantasque, à la fois étouffante et distraite. Aucun pathos lié à cette évocation, juste un éclairage sur un homme qui se complaît davantage dans l’attente que dans l’action. Tout dans ce livre est subtil, y compris les pointes d’humour sur les hésitations d’Homer. PS

 

ladoublure

« La doublure » Meg Wolitzer - éd Rue Fromentin

Joseph Castelman, écrivain célèbre appelé Joé, se rend à Helsinki avec sa femme Joan pour y recevoir un prestigieux prix littéraire. Dès les premières lignes, on apprend que Joan a décidé de quitter son mari. Commence alors le récit de quarante ans de vie commune, construit sous la forme de flash-backs où tout est reconsidéré, analysé et commenté avec lucidité et subtilité. C’est donc un livre sur le mariage où s’expriment venin, rancune, fiel et colère mais c’est aussi une peinture féroce sur les milieux intellectuels avec à la clé, quelques savoureuses caricatures. La narratrice nous dévoile également, non sans une certaine dose d’humour, sa vision de la société américaine dans les années soixante et la position de la femme, reléguée au rôle d'éternelle figurante. Le lecteur est tenu en haleine jusqu’à la toute fin du roman où le secret liant les deux époux est révélé. Ce livre féministe, vif et incisif est haletant de la première à la dernière page. C’est un pur régal. IM

 

envoyeespeciale

« Envoyée spéciale » Jean Echenoz – éd de Minuit

Avec « Envoyée spéciale », Jean Echenoz renoue avec la veine de ses romans d’espionnage comme Cherokee ou Lac. Constance jeune bourgeoise oisive se trouve embarquée à son insu par un quarteron de Pieds Nickelés dans une rocambolesque mission la menant du cimetière de Passy à la Corée du Nord en passant par la Creuse. Mais l’intrigue a peu d’importance, tout l’attrait du livre réside dans la façon qu’a Echenoz de nous conter ses aventures et celles de son entourage (un ex-mari ancienne star de la chanson et son parolier mélancolique, un avocat véreux et ses assistantes dévouées). Echenoz prend le lecteur à témoin, installe avec lui une connivence malicieuse, le rend complice des rebondissements de l’intrigue et de ses inénarrables digressions. On retrouve le style Echenoz, brillant : de la Haute-Couture ! C’est un roman haletant, désopilant, loufoque, jubilatoire à lire absolument. CG 

 

histoiredeleviolence

« Histoire de la violence » Edouard Louis – éd du Seuil

Ce livre ouvre tant de pistes de réflexion qu’on n’en a jamais fini la lecture. Comment et pourquoi un individu peut-il devenir violent au point de violer et assassiner à l’occasion d’un simple vol de portable ? Quel rôle jouent les origines, l’enfance, la pauvreté ? L’auteur qui est ici la victime, avec son passé de petite délinquance, n’a-t-il pas sa propre responsabilité dans la genèse de cet acte. Peut-il ressentir une certaine indulgence pour l’agresseur et hésiter à porter plainte ? Est-il possible d’être compris de la police, des médecins ou de quiconque lorsqu’on expose des faits aussi intimes ? En écrivant ce livre, l’auteur choisit pourtant de raconter cette violence, comme une thérapie. Un habile dispositif narratif lui permet de faire décrire par sa sœur le déroulement des faits, dans un langage populaire qui contraste avec la maîtrise de l’écriture du reste du livre. Ni jugement, ni indécence, c’est un livre fascinant. MM

ladamededamas

"La dame de Damas" JP Filiu et C. Pomes - éd Futuropolis

Témoignage d'une histoire immédiate qui nous laisse bouleversés, un récit documenté sans concession et de cela aussi on en sort écorchés, peu de chose, eu égard aux atrocités subies par ce peuple qui souhaitait une révolution pour la liberté de vivre, un rêve confisqué par les intérêts de puissants ou le désintérêt des puissances. Le texte est servi par un dessin sépia dont la rondeur en coup de poing nous renvoie la violence des événements tout aussi douloureux d'incompréhension. L’expression désespérée et brutale des portraits témoigne  de la détermination du peuple à obtenir par la non violence l'espoir de vivre mais elle sera reprise par des guerriers de tout poil pour imposer d'autres desseins. Dans ce tumulte, comme l'herbe qui pousse entre deux pavés, il y aura place à une histoire d'amour tout aussi violente et tout aussi impossible. Le peuple demandait des réformes, entre autres l'abolition de la loi martiale en vigueur depuis 50 ans, la réponse fut 200 000 morts, l'immigration massive et le chaos que l'on connaît. ML

Prochainement

lombredelalune

Agnès Mathieu-Daudé, jeudi 7 décembre à 20h.

Agnès Mathieu-Daudé présentera "Un marin Chilien" et "L'ombre de la lune". Des héros presque ordinaires projetés hors de leur cadre, dans une succession d'événements invraisemblables. Il était une fois, Alberto un géologue chilien parti observer une irruption volcanique en Islande. Parce qu'il a bu un café chez la belle Thorunn il se retrouve, à son insu, propriétaire d'une conserverie de poissons hors d'usage. Blanche, trentenaire un peu guindée, travaille dans un musée, fan de football et de peinture, elle convoie une oeuvre de Goya pour une exposition au Prado. Elle se retrouve aux prises avec la mafia chinoise et bientôt fortement éprise d'Attilio, ex-mafieux sicilien qui a repris du service. Mais où vat-elle chercher tout cela ? Laissez-vous porter par les histoires insensées d'Agnès Mathieu-Daudé qui excelle dans la mise en scène de rencontres improbables en se jouant du choc des cultures avec ingéniosité et élégance. Rares sont les auteurs qui nous embarquent, dès les premières lignes, dans des récits apparemment loufoques et débridés mais qui en disent plus long qu'il ne paraît, sur la tentation romanesque tapie en chacun de nous. Deux contes pour adultes qui débordent d'énergie, deux remèdes à la mélancolie hivernale, à lire sans attendre et amicalement prescrits par votre libraire.

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